Écosse : réflexions post-referendum 

Article publié le 25 septembre 2014
Article publié le 25 septembre 2014

Si le OUI ne l’a pas emporté au referendum écossais, celui-ci aura néanmoins permis à une nouvelle génération de prendre en main son avenir politique.

Jeudi 18 septembre, après deux ans d’une campagne difficile pour les deux camps du débat, les électeurs écossais ont voté contre l’indépendance. Si les résultats n’étaient pas aussi serrés que ce qui avait été annoncé par les sondages, une forte minorité – près de 45 % – a été convaincue par les arguments des partisans de l’indépendance.

Le taux de participation étant de 84,59 %, cela signifie que 1,6 million de personnes ont voté en faveur de l’indépendance. Ainsi, malgré la large victoire des anti-indépendantistes, la confiance dans le cadre politique du Royaume-Uni et la politique de Westminster demeure fragile.

Qui trouvons-nous dans ces 45 % ? Et pourquoi ont-ils voté de la sorte ? Si l’on tient compte des données obtenues grâce au sondage post-referendum de Lord Ashcroft, les résultats sont encourageants pour l’engagement politique futur, ce qui irait à l’encontre de la tendance générale concernant l’apathie des électeurs à travers l’Europe. Si l’on tente alors de favoriser cet engagement, celui-ci ne sera pas non plus sans conséquence pour la politique européenne. 

45 % sont pragmatiques

Parmi ceux ayant voté OUI, 74 % ont déclaré que leur désaccord avec la politique de Londres constituait une raison prépondérante ; pour eux, la raison n’était ni d’ordre nationaliste ni d’ordre économique. Plus de la moitié d’entre eux ont fait leur choix moins d’un an avant le referendum.

En revanche, les défenseurs de l’Union étaient surtout concernés par la question monétaire et voulaient conserver la livre. Par ailleurs, 72 % d’entre eux disent avoir pris leur décision plus d’un an avant le vote ou avoir toujours su comment ils voteraient.

45 % sont jeunes

La différence des intentions de vote entre les générations était très marquée : 73 % des 65 ans et plus ont voté NON tandis que 71 % des 16-17 ans, qui votaient pour la première fois, ont montré leur large soutien à l’indépendance. L’autorisation de voter pour les 16-17 ans a d’ailleurs fait débat.

Samedi, la campagne en faveur du OUI, Yes Scoltand, a en outre indiqué sur les réseaux sociaux que, dans les 48 heures suivant le referendum, les trois partis politiques (le Parti national écossais, le parti des Verts et le Parti socialiste écossais) qui soutenaient l’indépendance ont gagné près de 5 800 nouveaux membres. La participation à l’avenir de l’Écosse ne fait que commencer.

Les gens s’engagent quand ils peuvent faire entendre leur voix

Pour l’Écosse, la participation électorale s’avère historique. Notons que la participation aux referendums sur l’indépendance a toujours été très élevée, elle a par exemple atteint 93,5 % lors du referendum de Québec en 1995. Les gens s’engagent généralement davantage lorsqu’ils se rendent compte qu’ils peuvent engendrer des changements réels et durables.

Le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) a vu son soutien fortement augmenter lors des dernières élections européennes. Ses arguments : la perception d’une perte de souveraineté et le manque de démocratie due aux institutions européennes ouvertement bureaucratiques.

La montée de l’UKIP est la preuve d’un large déficit démocratique entre les institutions européennes et les citoyens. Dans une lettre ouverte adressée au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le rédacteur-en-chef de New Europe a affirmé qu’il était nécessaire pour l’Europe de résoudre ce problème. « Ouvrez l’Europe à ses citoyens. Les fonctionnaires de tous grades doivent cesser de se cacher des citoyens et de la presse… ils doivent s’ouvrir aux gens. »

Si l’Europe arrive à tirer des leçons de ce referendum et faire en sorte de s’engager de manière plus directe auprès des citoyens des États membres en communiquant ses objectifs et ses valeurs, il sera alors possible de développer un intérêt politique jeune et pragmatique pour parvenir à créer une société européenne plus démocratique.