Économie : à quand le mariage avec l’UE ?

Article publié le 25 mai 2004
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Article publié le 25 mai 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’intégration économique entre Ankara et Bruxelles est difficile, mais pas impossible. A certaines conditions…

Comment se porte l’économie turque ? Ces derniers temps les commentaires positifs abondent. Après la terrible crise financière de 2001, le géant anatolien a traversé deux années successives de forte croissance (7,8% en 2002 et 5% l’an dernier) qui ont fait passer le PIB par habitant à 7 000 dollars. En effet, à partir de 2001, le Fonds monétaire international (FMI) avait accordé un grand nombre de prêts à répartir sur un programme de réforme triennal placé sous le signe des dogmes de la privatisation : contrôle des dépenses publiques et lutte à l’inflation.

Si la PAC débarque en Anatolie

Pourtant, il reste de nombreux problèmes. Tout d’abord, malgré une croissance soutenue, 28% de la population turque est pauvre. Ensuite, le secteur agricole demeure central. Certes, ces dernières années, son poids dans l’économie turque a diminué pour ne plus représenter que 20% du PIB. Il continue néanmoins d’employer 25% des hommes et jusqu’à 60% des femmes. Il faudra tenir compte de cet élément si, par exemple, un jour la Turquie devenait bénéficiaire des fonds de la Politique agricole commune (PAC). Surtout si l’on prend en considération le fait que 36% des agriculteurs sont pauvres.

Finalement, un autre problème concerne plus précisément ladite croissance qui, selon les prévisions de The Economist, devrait ralentir à cause d’une diminution de la formation de capital fixe (stock) et de la faible performance du commerce extérieur.

La faiblesse des exportations turques oblige en fait la banque centrale à procéder à d’importantes dévaluations de la lire pour augmenter sa compétitivité par rapport à l’UE (à qui sont destinées 53% des exportations turques). Certes, ces dévaluations ont fait passer le déficit courant de 5% du PIB en 2000 à environ 1% en 2003, mais ces mesures sont tout de même difficiles à soutenir dans le cadre de la lutte à l’inflation, pilier de la politique économique du FMI et de la Commission. Notons simplement que la Turquie s’est donné beaucoup de mal pour ramener le taux d’inflation de 65% en 1999 à 20% en 2003 : un grand pas, mais qui n’est que le premier si l’on se conforme à l’objectif des 2% fixé par la Banque centrale européenne (BCE).

Et dans les bazars d’Istanbul…

Il faut donc trouver une solution pour soutenir la croissance sans produire d’inflation afin d’éviter de futures crises comme celles de 1999 ou 2001. Les secteurs en progression sont ceux des biens de consommation et, surtout, celui des services, où le tourisme représente presque un cinquième du PIB total. Il est donc fondamental de regagner la confiance des touristes occidentaux depuis les attentats d’Istanbul en 2003, mais stratégiquement il vaut peut-être mieux promouvoir l’image du chef d’entreprise et du produit turc à l’étranger. Selon le centre d’études turques d’Essen, en Allemagne, la contribution des immigrants turcs en Europe au PIB européen est proportionnelle à celle de la moyenne des Européens, donnée très révélatrice des compétences d’un peuple intelligent, inventif et habile, doté d’un fort penchant pour le service à la clientèle, comme peut en témoigner n’importe quel brave touriste qui est passé par les bazars d’Istanbul ou des autres villes turques, petites et grandes.

Miser sur l’éducation et convaincre le FMI

Le potentiel des travailleurs et chefs d’entreprises turcs peut émerger par le biais de considérables investissements dans le secteur éducatif et une politique d’encouragement au développement engageant aussi les femmes, qui sont encore tenues à l’écart, du moins dans les campagnes. Ceci peut contribuer à ramener l’inflation à un seul chiffre, en relançant les exportations et en consolidant les finances publiques.

La marge d’action pour le gouvernement turc est pourtant très étroite. Le FMI contrôle les programmes du gouvernement, et de ses appréciations dépend le versement plus ou moins important de ses fonds. Avec un déficit financier annuel s’élevant à environ 10% du PIB, la dette turque change constamment de créancier, transférée par le FMI d’investisseurs nationaux à d’autres, étrangers. En 2002, les dépenses pour le service de la dette représentaient 45% des dépenses totales du budget. Aujourd’hui, la dette publique turque atteint environ 90% du PIB, mais le paiement des intérêts grève lourdement les comptes publics.

La situation complexe dans laquelle se trouve la Turquie offre des possibilités de développement et de rapprochement au niveau de l’UE, mais probablement pas sur le court terme. C’est seulement lorsque les produits made in Turkey soutiendront de façon stable une consommation privée déjà dynamique, que pourra se faire à terme le redressement des finances publiques, nécessaire pour l’amélioration des conditions de vie d’un pays encore fondamentalement pauvre.