E.coli : quand la panique l'emporte sur la raison en Europe

Article publié le 8 juin 2011
Article publié le 8 juin 2011
Alors que la bactérie E.coli a d’ores et déjà entraîné la mort de 24 personnes et que la consommation de légumes continue de chuter, la presse européenne critique la rigueur du principe de précaution. Et appelle à un traitement plus serein de l’épidémie.

Libération – France : Ne pas céder à la panique

D'après les analyses de mardi, les concombres espagnols sont bien porteurs de la bactérie E.coli mais pas dans sa variante mortelle. Les accusations prématurées de la semaine dernière contre les concombres espagnols témoignent d'une hystérie contre-productive, estime le quotidien de centre-gauche Libération : « Nos sociétés obsédées par le principe de précaution veulent vivre sans risque aucun. La contamination par la bactérie E.coli apparaît dans ce contexte d'autant plus incongrue. Elle n'en est pas moins scandaleuse. Les autorités allemandes vont devoir s'expliquer sur l'incrimination hâtive et apparemment infondée des légumes bio espagnols, alors que la contamination pourrait provenir de leur propre pays. Ce sont leurs experts qui ont contaminé l'Europe et entretenu la peur des légumes, au risque de mettre à bas toute une filière. Le soupçon ne peut s'ériger en politique de santé publique. Il entretient la panique alors que les consommateurs ont besoin d'être éclairés et informés. Cette politique de la psychose est dévastatrice pour l'économie, mais plus encore pour la santé. » (Article publié le 01.06.2011)

Hospodářské noviny - République tchèque: Le dogme du principe de précaution

Les concombres espagnols ne sont pas responsables des entéropathies potentiellement mortelles, mais les mises en garde prématurées contre ces légumes ont causé des dommages considérables aux cultures, constate le journal économique Hospodářské noviny : « Nous ne savons pas ce qui a déclenché l'épidémie. Mais nous connaissons déjà les victimes de cette affaire : l'Espagne, les concombres et le bio. Les salades de concombres sont bannies de la carte partout en Europe, presque plus personne n'achète de légumes en provenance d'Espagne et le mot bio est associé aux bactéries. Mais est-ce raisonnable de prendre le risque de tels dommages au nom du principe de précaution ? Un simple soupçon entraîne des problèmes économiques sérieux et menace les exportations d'un pays de 40 millions de personnes. Et il s'avère alors que le soupçon était injustifié. … Il est légitime de s'inquiéter pour la santé des êtres humains. Mais notre précaution est exagérée. La peur nous menace plus que le risque réel. » (Articlepublié le 01.06.2011)

ABC– Espagne : Les Allemands doivent s’excuser

Les autorités allemandes devraient d'abord chercher les causes de l'épidémie dans leur propre pays, demande le quotidien conservateur espagnol ABC : « Malgré la rectification d'hier, les autorités allemandes ont accusé sans preuve pendant plusieurs jours les produits espagnols d'être responsables de l'infection. Cette attitude présomptueuse nécessite plus que de simples excuses, d'autant que les torts causés sont irréversibles. Les Allemands doivent rattraper ce qu'ils auraient dû faire dès le départ : enquêter pour savoir comment la contamination aurait pu se produire lors du transport ou dans le pays de destination, et reconnaître le cas échéant leur propre responsabilité, dont ils ont voulu se décharger sur le dos de l'Espagne. Lorsque l'Allemagne a sonné la charge, le gouvernement espagnol est resté perplexe et passif parce que le Premier ministre et les ministres sont trop occupés par les problèmes internes des socialistes et n'ont pas le temps de veiller à l'intérêt général. » (Article publié le 01.06.2011)

De Morgen – Belgique : une société dictée par la peur

Depuis le déclenchement de l'épidémie d'E.coli en Allemagne, les producteurs de concombres belges subissent eux aussi de lourdes pertes. La peur prend le pas sur la raison, déplore le quotidien de gauche De Morgen : « Dans cette société régie par la peur, où le marketing et les médias veulent nous faire croire que nous pouvons nous prémunir contre les moindres maux, insécurité, maladies et dangers en achetant le bon médicament et en plaçant suffisamment de policiers dans la rue, la voie de la science est devenue tout à fait insignifiante. L'analyse n'est plus rationnelle mais émotionnelle voire hystérique. … Quiconque connaît la psychologie des masses liée à la peur sait qu'aucune importance ne sera accordée à l'information la plus récente : il semble que la bactérie ne provienne pas de concombres espagnols. Son origine reste un mystère. Malgré tout, la traditionnelle salade de concombres sera absente des barbecues de ce week-end prolongé. Alors que nous savons qu'il n'y a aucun danger. Mais il ne faut prendre aucun risque, n'est-ce pas ? » (Article publié le 01.06.2011)

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Photos : Gurke (cc)Pierre Marcel/flickr; Video ©BFMTV/ Youtube