Éco-quartiers à Strasbourg : l'architecture durable et son lot d'échos

Article publié le 7 juillet 2011
Article publié le 7 juillet 2011
Réduire, recycler, réutiliser. Strasbourg applique à la lettre la loi des 3R du recyclage. Ses habitants s’en rendent bien compte, entre les centaines de fleurs qui surveillent la ville jour et nuit depuis les balcons et les constructions urbaines vertes. L’identité de Strasbourg, maintenant, c’est aussi cela : le développement durable dans les constructions et une conscience citoyenne écolo.

Si l’on se demande encore s’il existe une architecture durable, Strasbourg est une des meilleures représentantes d’une réponse par l’affirmative. Soucieuse de l’origine et de la nature des matériaux, cette architecture cherche à réduire au maximum les impacts qu’elle occasionne sur l’environnement. Pour certains, c’est tout à fait neuf, pour d’autres, un facteur depuis longtemps pris en compte qui a seulement changé de nature. C’est en tout cas l’avis de Christian Plisson, président de la Maison européenne de l’architecture : « le durable est maintenant une mode, cela n’empêche pas qu’il y ait des architectes vraiment engagés. » Selon le professionnel, « les architectes qui font bien leur travail essaient de construire de manière soutenable », ajoutant que depuis plusieurs années, il y a une plus grande préoccupation pour ce sujet.

L’architecture de pair avec l’économie

La question n’est pas simplement architecturale, elle est aussi économique. Plisson affirme que les acheteurs sont maintenant attentifs à ce genre de questions, ce qui suppose qu’il y ait des architectes plus impliqués. De fait, ils « sont plus vigilants dans le choix du matériel », même si, comme toujours, « certains ne respectent pas les règlementations », qui sont de plus en plus exigeantes, surtout en matière énergétique.

Ils peuvent suivre une nouvelle licence en "éco-construction"

Les universités aussi sont conscientes du fait que l’urbanisme doit s’adapter aux nouvelles exigences. L’École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg a introduit parmi ses plans d’études une nouvelle licence intitulée « Construire écologique », qui offre des perspectives nouvelles à des étudiants spécialisés dans l’éco-construction. Laura, étudiante en troisième année d’architecture, affirme que certains de ses cours mettent particulièrement l’accent sur la construction durable. Elle croit de plus que ces nouvelles approches architecturales sont viables sur le marché : elle prend l’exemple du Danemark, un pays en avance sur ce type de questions. « On a beaucoup à apprendre sur la réutilisation et la réhabilitation de matériaux », dit-elle.

La durabilité faite art

Sur le recyclage et la réutilisation, les artistes de La Semencerie en connaissent un rayon. Ils ont réussi à transformer un immeuble abandonné en un lieu où l’art s’écoule par tous les murs. Comme l’explique un de ses fondateurs, Nicolas Roulleau, l’objectif était de trouver « un local qui soit une base pour expérimenter et commencer à travailler. »

Le recyclage de matériaux est le dada de ces artistesIl nous accueille dans son petit atelier, auquel nous accédons par des des escaliers, pas fait pour les froussards. « Je me souviens bien du jour où nous sommes entrés ici. Ça a été dur. On était en avril, il n’y avait pas d’électricité ni d’eau. Il y avait beaucoup de chose à arranger », commente-t-il, nostalgique. Son imagination dans la récupération et le traitement des vieux matériaux a donné lieu aux différents ateliers qui composent aujourd’hui le navire. Les donations de particuliers, de plus en plus nombreuses, forment la base d’un travail regroupant maintenant une quasi trentaine d’artistes. Le résultat est montré dans quelques expositions temporaires auxquelles assiste « un public hétérogène : le voisin, des familles, un homme politique qui passe par hasard dans le coin », explique Nicolas. Son plus grand espoir : que le propriétaire de l’immeuble, qui essaie de le vendre depuis vingt ans, ne trouve pas d’acheteur.

Eco-Quartiers: un projet de vie

Un éco-quartier c'est « une partie de la ville qui intègre la notion de développement durable et qui se construit avec l’aide des futurs habitants »

D’un édifice réhabilité à un autre, construit à l’image de ses habitants. Les maisons à colombages du vieux Strasbourg cohabitent depuis peu avec de nouvelles propositions d’architecture durable, comme les éco-quartiers. Les intéressés doivent savoir que dans ce type de bâtiment, il y a « une architecture ambitieuse et une vie participative. » En clair, il faut être disposé à se retrousser les manches et à mettre les mains dans le…ciment.

François Desrues, vice-président d’Eco-quartier Strasbourg, et un des concepteurs du projet, fait partie de ces citoyens qui considèrent nécessaire le « changement de mode de vie ». À travers des réunions périodiques, ce groupe, qui s’est inspiré de modèles allemands, a réussi à ériger à Strasbourg le premier immeuble de la décennie 2000 construit au rythme de la durabilité et de la participation. Comme l’explique Desrues, un éco-quartier est « une partie de la ville qui intègre la notion de développement durable et qui se construit avec l’aide des futurs habitants ». En tout, dix familles cohabitent dans l’édifice. Leurs appartements, dont la luminosité nous conduit mentalement à un pays nordique, associent plusieurs facettes du durable : ils consomment peu d’énergie, disposent de panneaux solaires, et utilisent le bois plus que tout autre matériau. « On utilise toutes les innovations existantes en architecture », affirme Desrues.

Il n'y a pas de cloison entre les terrasses pour établir plus de convivialité entre voisins

Mais il ne faut pas oublier que dans un éco-quartier, il faut aussi prendre en compte la dimension participative. Plusieurs salles communes situées au rez-de-chaussée de l’immeuble servent comme espace de rencontre pour les voisins qui se réunissent au moins une fois par mois. L’architecture, en effet, « se met au service de la vie collective. » Vivre dans un éco-quartier, « c’est presque un mode de vie. » Et tout cela est possible sans payer de grandes quantités d’argent. Desrues fait un appel aux jeunes pour qu’ils s’intéressent à ce type de projets. Actuellement, deux appartements de l’immeuble sont en location. Quant à ceux qui préfèrent acheter, le mètre carré avoisine les 2 800 euros, soit 200 euros de moins que ce qui se paye, selon Desrues, dans tout autre immeuble de Strasbourg.

En France, on compte près de 200 projets similaires aux éco-quartiers strasbourgeois, une ville qui s’est érigée en exemple des nouveaux modèles urbains. Jusqu’à devenir la première éco-ville du monde ?

Remerciements à l’équipe de cafebabel Strasbourg, spécialement à Tania, pour sa collaboration et ses sages conseils.

Cet article fait partie du projet Green Europe on the ground 2010-2011, une série de reportages réalisés par cafebabel.com sur le développement durable. Pour mieux connaître le projet, Green Europe on the Ground.

Photos: Une (cc) clarapeix/flickr; texte: page Facebook officielle de l' Ecole d'architecture Strasbourg, © Cristina Cartes