Echte brusseleir ? non, peut-être…plus vraiment

Article publié le 18 novembre 2008
Article publié le 18 novembre 2008
Article écrit par Joan Roels et Nicolas Naizy Les Marolles, quartier populaire de Bruxelles, subissent depuis plusieurs années des transformations qui leur enlèvent toute leur saveur.
Certains s’en plaignent, D’autres suivent de près le phénomène, l’étudient pour le comprendre, mais aussi pour tenter d’éviter un drame social qui coûterait plus cher qu’une rénovation réfléchie de ces quelques pâtées de maison.

Un marché, ses échoppes, ses habitués, tout ça au cœur de Bruxelles. Au premier coup d’œil, on remarque la forte présence de maraîchers issus de communautés immigrées. Les passants discutent, commentent le prix toujours trop élevé des marchandises. Ce quartier, c’est celui des Marolles. Ces quelques pâtés de maisons coincés entre la Bourse et la gare du Midi jouissent d’une symbolique forte au sein de la capitale belge. C’est le coin des echte brusseleir, ceux qui font partie du paysage bruxellois comme en font partie Manneken Pis ou l’Atomium. Les cafés sont les points de rencontres des gouailles du coin où l’on parle une langue que beaucoup ne comprennent plus. De vrais Melting Pot Cafés tout en bois et en zinc (ndlr : référence à la série TV de la RTBF).

Au milieu de ce marché, Marie, dite Mamie déplore : La mentalité des gens a changé. Il y en a des gentils mais avant c’était beaucoup plus gai. Depuis quelques années, le visage des Marolles se modifie. Avec le centre culturel Recyclart installé dans la triste gare de Bruxelles Chapelle, le théâtre des tanneurs véritable référence dans la capitale, et la rénovation du centre contemporain des Brigittines, le quartier prend évolue, ses habitants changent. Attirés par le développement de la culture mais aussi par ses bas loyers et sa situation centrale dans la ville, les jeunes diplômés s’y installent quelques années, le temps de démarrer leur nouvelle vie d’adulte.

maroles brigittine Ces arrivants fraîchement débarqués perturbent l’atmosphère marollienne qui a fait les beaux jours de l’image d’Epinal bruxelloise, si l’on en croit les habitants. Le quartier populaire est devenu branché et les loyers ont suivi la courbe de revenus moyens du quartier laissant sur la côté les anciens marolliens qui ne se sentent plus chez eux.

Dans dix ans, il n’y aura plus de quartier des Marolles, nous dit cette autre habitante. Le quartier sera véritablement mort poursuit-elle. Pour les plus vieux Marolliens, ces bobos (bourgeois-bohèmes) détruisent le visage du quartier : ils écrasent petit à petit les Marolles, et les obligent à déménager, comme ce fut le cas pour Mamie.

Une gentrification irrévocable

Pour aller où ? Selon Yves Rouyet, urbaniste, ils vont habiter beaucoup plus loin : à la Louvière, dans le Hainaut ou dans les derniers quartiers pauvres de Bruxelles, comme Schaerbeek et Molenbeek. Un phénomène connu, appelé embourgeoisement ou gentrification. Le phénomène de gentrification présente plus de problèmes que d’avantages. On ne peut avoir les bons côtés sans les mauvais, explique Mathieu de l’Institut de Gestion de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire (IGEAT). Vous avez un quartier populaire qui est approprié par une autre population. Cette appropriation se fait au prix d’une désappropriation parallèle de la population qui était là au début.

Une gentrification qu’on ne peut enrayer. Cette évolution de quartier se produit généralement suite à des politiques de rénovation des villes. Les rues autrefois laissées à l’abandon par les pouvoirs publics subissent un lifting de fond en comble qui attire des personnes aux revenus plus aisés. Il faut savoir pour qui et pour quoi on rénove, pointe M. Van Criekingen doctorant en gestion de l'environnement et aménagement du territoire à l'Université Libre de Bruxelles. La gentrification, c’est de la rénovation couplée à un remplacement de population. On déplace le problème, voire on l’aggrave. Pour les plus vieux habitants, ces bobos (bourgeois-bohèmes) détruisent le visage du quartier et les forcent à démanager dans des zones qui connaissent déjà des problèmes.

Manque de logements sociaux

Quelles sont les solutions alors ? Les spécialistes aimeraient que les politiques de rénovation incluent de vrais programmes d’accompagnement des populations en place ou qui encouragent la mixité sociale. Mais pour avoir un quartier vraiment mixte, il faudrait agrandir l’offre de logements sociaux. « Des buildings qui sont peut-être laids mais qui, au moins, proposent un toit, déclare Yves Rouyet. La ville de Bruxelles doit pallier ce manque depuis longtemps. S’il n’y pas une politique de logements sociaux qui accompagne le processus de gentrification, on va à la catastrophe, souligne M. Rouyet. Et comme à Bruxelles, la réalisation de logements sociaux est hypermarginale, pour ne pas dire quasiment nulle, on va vers des drames sociaux.

Faciliter les rencontres entre les différentes classes sociales, ouvrir la culture aux pauvres, c’est un véritable projet, enrichissant mais difficile. C’est ce que tente de faire le Comité Générale d’Action des Marolles (CGAM) en lançant des appels au monde politique qui reste silencieux à ce sujet, ou bien qui l’ignore. Ce groupe de Marolliens provoque le dialogue entre les différents groupes actifs au sein du quartier (plus de 100 à ce jour). Essayer de créer la mixité sociale : une réalité encore inconnue aujourd’hui, mais qui sait un jour…

Pour plus d’informations sur le CGAM et la coordination sociale des Marolles :

http://www.lesmarolles.be