Durable, locale et appréciable : la révolution de la nourriture

Article publié le 27 novembre 2014
Article publié le 27 novembre 2014

Sans aucun doute, la nourriture est l'une des choses les plus importantes dans notre vie. Mais quel degré de relation entretenons-nous réellement avec notre nourriture ? Jusqu'à quel point savons-nous vraiment où et comment les produits que nous mangeons ont été produits ?

La nourriture peut paraître un sujet banal. Si vous vous rendez dans votre supermarché de quartier, vous le quitterez peut-être avec la sensation que ce dernier regorge d'une forte abondance de produits, qui est telle que vous ne prenez peut-être pas le temps de réfléchir à ce qui vous est offert ou à la façon dont cela est produit. Mais finalement, consommer de la nourriture est une affaire d'instinct. Vous avez faim, vous achetez quelque chose et vous le mangez. Affaire conclue. D'autre part, la nourriture est un sujet aux multiples facettes qui affecte non seulement l'environnement et notre santé mais aussi la relation avec un autre trait génétique simple qui est inhérent à chaque être humain : la capacité à reconnaître et à profiter d'une nourriture vraiment agréable.

Néanmoins, certaines personnes ont offert au sujet de la nourriture une seconde réflexion, après avoir été choquées par le manque de prévoyance général de la part de certains producteurs ainsi que par le manque d'intérêt de la part du grand public. Au cours des années 1970, les pesticides ont été introduits en masse dans l'agriculture au sein de toute l'Europe, ce qui a eu des impacts considérables sur l'environnement et la santé des gens. La surproduction agricole en hausse constante au cours des années 1980 est venue noircir le tableau. Par conséquent, l'Europe a été témoin de l'éclosion de mouvements dont le but était de promouvoir une relation plus saine avec l'environnement, fondée sur la dignité et le respect. En résumé, une symbiose durable entre les humains et la nature.

LEAF : Agriculture Intégrée

En fait, à quoi renvoie exactement le développement durable ? Ce terme prononcé de manière si aléatoire de nos jours ? En réalité, selon la définition classique du terme, le développement durable n'est pas envisageable sans que la responsabilité sociale, environnementale et économique ne soient soutenues. Ce concept tient donc sur trois piliers, et pour une organisation en Grande-Bretagne, il y en a même un quatrième : la responsabilité politique. LEAF (Linking Environment and Farming), un membre fondateur de EISA (European Initiative for Sustainable Development in Agriculture), est une organisation qui a vu le jour en 1991 afin de promouvoir l'Agriculture Intégrée. Ce système de gestion de l'agriculture a pour but de satisfaire les besoins humains en denrées alimentaires et produits textiles, d'accroître la qualité environnementale et les ressources naturelles dont dépend l'économie agricole, d'assurer la meilleure utilisation des ressources non renouvelables et des ressources présentes sur une exploitation agricole, et d'améliorer la qualité de vie des agriculteurs et de la société dans son ensemble. « Dès le tout début, il a été très important que nous ayons un vaste groupe d'organisations représentées au sein de notre comité LEAF afin de s'assurer de la construction d'un dialogue fort entre agriculteurs, écologistes et industriels », explique Caroline Drummond, présidente de LEAF. À la base, ce n'était pas facile de combler le trou entre ces différents secteurs, mais cela s'est avéré fructueux. « Des conceptions erronées préconcues et de mauvaises interprétations de toutes parts ont fait l'objet de discussions et des solutions pratiques ont été instaurées. » Grâce à un plaidoyer, à l'action sociale de terrain et à la mise en place d'un label LEAF Marque, l'organisation a réussi à s'assurer que l'agriculture durable reste respectueuse de l'environnement et soit en adéquation avec l'économie, tout en développant une relation directe entre les consommateurs et les agriculteurs. Ceci est essentiel dans un contexte mondialisé où des centaines de kilomètres peuvent entraver l'existence d'une telle relation. Open Farm Sunday, qui est l'une des initiatives de l'organisation relative à l'action sociale auprès du public, est un événement à vocation éducative qui est organisé une fois par an. Des agriculteurs répartis dans tout le pays invitent le grand public à venir visiter leurs fermes pour poser des questions et apprendre comment leur nourriture est produite. Au cours des neufs années d'existence de cet événement, plus d'un 1,25 millions de personnes y ont assisté. « En 2014, plus de 375 fermes ont ouvertes leurs portes à plus de 207 000 personnes du public, confie Drummond. C'est un véritable appel aux armes pour toute personne de l'industrie agricole, une belle opportunité pour les consommateurs, et principalement les familles, de découvrir l'histoire qui se cache derrière leur nourriture. Cela a vraiment aidé au soutien et à renforcer la compréhension et la confiance vis-à-vis de l'agriculture. »

Slow Food : C'est une question de plaisir

Une autre organisation qui fait parler d'elle est Slow Food. Bien que l'Europe soit l'une des cibles de l'organisation, elle compte également plus de 150 pays membres à travers le monde. En quelques mots, son but est d'encourager un réseau de systèmes alimentaires durables dans le monde entier. L'organisation est structurée en antennes locales qui se composent d'un minimum de cinq personnes, mais peut aussi atteindre n'importe où jusqu'à 100 personnes. Tous sont des bénévoles qui développent des initiatives alimentaires durables selon le contexte local dans lequel ils se trouvent, que ce soient des marchés de producteurs, des activités en lien avec les écoles locales, des événements publics ou l'organisation de dîners en commun. La plupart de ces bénévoles viennent d'horizons différents, ce qui, selon Marta Messa, agent de liaison européen chez Slow Food, démontre un réel changement du type et du nombre de personnes qui se préoccupent de ce qu'ils mangent. L'organisation, qui a vu le jour dans les années 1980 grâce à un petit groupe d'amis en Italie, est connue mondialement pour son engagement en faveur de la nourriture durable et pour trouver des solutions à nombre de controverses sur la nourriture. « Nous faisons face à de nombreuses controverses dans la mesure où nous abordons le sujet de la nourriture avec une vision à 360 degrés. En termes d'OGM, nous travaillons sur le terrain pour réveiller les consciences parmi les citoyens et les producteurs et leur expliquer pourquoi les OGM ne sont pas une bonne idée d'un point de vue environnemental, social, éthique et moral », déclare Messa. Toutefois, d'autres problèmes auxquels ils font face concernent le gaspillage alimentaire (un tiers de la nourriture produite dans le monde n'arrive même pas dans les assiettes des consommateurs) et l'accaparement de terres. « L'accaparement de terres est un phénomène par lequel de grandes multinationales achètent des centaines d'hectares de terre dans des pays où la règlementation nationale en termes de propriété et d'acquisition de la terre n'est pas forte. » Ces entreprises cultivent ensuite des produits qui sont clairement destinés à l'exportation, utilisés pour produire des biocarburants, ou utilisés pour la production d'aliments pour animaux au sein d'ateliers industriels. Par l'intermédiaire de ce processus d'accaparement de terres, les personnes qui vivent dans ces régions se retrouvent marginalisées et finissent par lutter pour l'accès aux ressources naturelles. C'est pourquoi l'un des concepts dont Slow Food fait la promotion est celui d « étiquette narrative »qui permettrait de porter à la connaissance du consommateur l'intégralité du processus de production. « Nous ne mettons pas en avant ce procédé d'étiquettes comme quelque chose d'obligatoire, mais nous le proposons en tant qu'alternative. Prenons pour exemple le fromage que vous avez entre les mains. Vous savez le type de lait qui a été utilisé pour produire ce fromage, où la vache a été élevée, ce qu'elle a mangé, l'espace qui a été mis à sa disposition, ainsi que le procédé de fabrication du fromage. C'est vraiment une façon honnête de vous dévoiler l'histoire qui se cache derrière le produit. » Parallèlement, ceci permettrait également d'informer les consommateurs si des moyens de productions controversés ont été utilisés. Alors, pourquoi est-ce si important pour les consommateurs d'être informés sur ce qu'ils mangent ? « En fait, c'est une question de plaisir », déclare Messa. « C'est un concept qui n'est probablement pas assimilé rapidement mais c'est quelque chose qui fonctionne bien d'après notre expérience. C'est une expérience partagée qui combine le plaisir d'une nourriture de bonne qualité et un engagement auprès de l'environnement et de la communauté. La convivialité de la nourriture et la joie d'être ensemble. »

Cela est inscrit dans notre ADN

Bien sûr, certains revendiquent le fait que l'argument en faveur d'aliments de haute qualité produits durablement est un argument élitiste car les suppositions émises veulent que ce soient uniquement les personnes avec assez de pouvoir d'achat qui peuvent se procurer de tels biens. Mais selon Messa, le plaisir d'apprécier de la bonne nourriture est ancré au plus profond de notre ADN. Même au sein des régions les plus pauvres du globe, il y a des traditions gastronomiques qui existent depuis des milliers d'années. Toutes reposent sur des produits qui poussent naturellement au sein de ces régions. Ainsi, si la capacité à reconnaître des aliments délicieux et de haute qualité est autant ancrée dans notre ADN que l'instinct simple de manger, il est donc clair que chacun d'entre nous devrait essayer, même à petite échelle, de développer une relation plus forte avec les aliments que nous mangeons. Ce qui, au final, a un impact sur nos relations non seulement avec les traditions et les agriculteurs locaux mais aussi avec l'environnement.