Dumitru Butan : « Pour sortir de la crise je propose un plan national de reconstruction écolo de logements »

Article publié le 28 mars 2009
Article publié le 28 mars 2009
Même si les dernières prévisions internes chez Les Verts européens sont plutôt prudentes à l’égard de la possibilité d’augmenter leurs sièges grâce aux pays de l’Est, la crise pourrait pousser vers leur camp des électeurs las de la corruption ou le modèle de croissance libérale. Les Verts dans l’Este sont tout petits, mais ils existent.
La crise économique réveille la conscience écologique dans les pays ex communistes et leur première vraie épreuve c’est les élections européennes. La Roumanie sera un de leurs champs de bataille.

En Roumanie il existe des mouvements écologistes depuis 1991, mais ce n’est qu’en 2006 que naît Partidul Verde (Le Parti Vert), dont le vice-président, Dumitru Butan, affirme être le seul parti roumain clean et sans soupçon de corruption. Aux dernières élections parlementaires roumaines, en décembre 2008, ils ont obtenu 1,2% des voix, mais sont restés en dehors de la chambre des députés car le système électoral roumain privilégie les grandes formations politiques en imposant un seuil minimum de 5% de voix pour pouvoir accéder à la chambre basse, le pourcentage le plus grand dans l’Union avec celui de l’Allemagne, la France, la Hongrie, le Royaume Uni, l’Autriche et la Slovénie. « Une décision délibérée », dénonce Butan, « c’est une autre façon de plus de matérialiser la corruption : nous devons même recueillir 250 000 signatures citoyennes pour nous présenter aux élections, ce qui implique un effort économique gigantesque pour nous ».

Que changerait votre présence dans le parlement roumain ?

Une présence des Verts dans le Parlement roumain briserait tous les vieux concepts politiques et menacerait le système de corruption.

Comment vous l’expliquez ?

Et bien parce que les autres partis devraient arriver a des accords en passant par nous.

Y a-t-il des partis libres de corruption en Roumanie ?

Le problème est systémique. On ne peut pas exister politiquement en dehors de la corruption. Elle est institutionnalisée. C’est un fait auquel on se confronte tous les jours.

Donc, si votre parti obtient plus de soutien, tôt ou tard il souffrira des épisodes de corruption en son sein…

En effet. C’est une situation commune à tous les pays périphériques de l’UE, même si la Roumanie et la Bulgarie en pâtissent d’avantage...

Pourquoi les partis écologistes sont si faibles dans les pays de l’Est et notamment en Roumanie ?

Parce qu’on est clean et honnêtes. On n’est pas financés par des millionnaires. En Europe de l’Est on ne peut pas faire de la politique sans argent. Par exemple, en Roumanie, pendant les élections, pour apparaître dans la télévision publique il faut payer mille euros la minute. Il ne nous reste donc que deux options : ou bien on s’organise avec nos petits moyens, ou bien on vend notre indépendance à de puissants groupes d’intérêt privé.

Ce n’est donc pas un problème de manque de conscience écologique ?

Pas du tout, les roumains en sont très conscients. À cause de la crise ils se rendent compte de plus en plus de la nécessité de changer notre modèle de consommation et de production. Passer de croître 8% à décroître 4% en un an a fait que les gens se posent la question de si notre modèle pour atteindre le niveau de développement occidental est correct. Ceci coïncide avec le fait qu’aucun des partis au parlement ne propose une solution pour sortir de la crise, ils tournent autour de la question sans l’aborder comme il faut, à sa racine.

Quelle serait la bonne solution ?

Le Green New Deal proposé par les Verts européens.

Oui, mais comment remettre la machine économique en marche ?

Au lieu de gaspiller l’argent à maintenir la valeur de notre devise, on devrait l’employer dans des investissements à trace écologique. Écoutez, en Roumanie il y a 7 millions de personnes qui habitent dans des appartements construits pendant l’ère communiste : notre proposition principale consisterait à mettre en marche un plan national de reconstruction de ces appartements sous des critères écologiques. C’est à dire, des critères d’isolement thermique, de récupération d’eaux et de chaleur, ainsi que d’efficacité énergétique pour éviter, entre autre, de dépendre en grande mesure des puissances qui nous fournissent le gaz, comme la Russie. Cette mesure serait d’une efficacité absolue : en deux mois on créerait des milliers d’emplois dans tout le pays et on moderniserait les industries auxiliaires dépendantes de la construction.

Quels sont les changements que vous proposez dans le modèle de consommation ?

En Roumanie, ainsi qu’en Europe, on consomme plus de ce qu’on produit et nous importons plus de ce que nous exportons. Il faut finir avec ces énormes chariots dans les supermarchés. Nous devons prendre conscience que nous devons consommer de façon moins compulsive, moins dépendante de ce que nous ne produisons pas. Les nouvelles générations se rendent compte et cela nous incite à penser que nous obtiendrons un soutien croissant dans les prochaines années.

Bloque comunista BucarestOù obtenez vous la plus part de vos soutiens ?

Notre électorat est essentiellement urbain, pour l’instant. Il est vrai que le monde rural contient beaucoup de potentiels électeurs verts, mais nous ne disposons pas de moyens suffisants pour étendre notre campagne dans toutes les zones du pays. (Photos : )