Du terrorisme et de la Guerre

Article publié le 19 février 2002
Publié par la communauté
Article publié le 19 février 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Ou pourquoi le terrorisme ne peut pas et ne doit pas être accepté comme la continuation de la politique par d'autres moyens.

Avec les attentats qui ont frappé New-York et Washington, beaucoup crurent que le fameux choc des civilisations prédit par Samuel Huntington était arrivé, tout en donnant à l'évènement des interprétations différentes. Pour certains, le bel occident jalousé pour ses richesses et sa puissance s'est vu attaqué par un peuple barbare (pour preuve, la condition des femmes dans ces pays) ; pour d'autres, c'est l'infâme occident qui est responsable de ce qui lui arrive par tout ce qu'il a fait subir aux pays pauvres (qui sème le vent récolte la tempête...).

Mais un réseau de terroristes ne constitue pas un Etat, encore moins un peuple. Dans ce cas précis, il s'agit d'un groupe de fanatiques religieux, et dans tous les autres de groupes d'extrémistes. Ce qui se joue depuis quatre mois n'est donc absolument pas un affrontement entre deux mondes, mais bien deux actes unilatéraux successifs, à savoir l'action du réseau terroriste d'Oussama Ben Laden, suivi de la réponse américaine.

Le terrorisme est une nouvelle forme de guerre, un moyen de faire de la politique, un moyen désespéré. Mais c'est un moyen que nous ne pouvons accepter. Nous pouvons le comprendre, mais non le justifier, et encore moins l'excuser. Le double attentat du 11 septembre (double car deux cibles ont été atteintes, mais n'oublions pas que quatre avions se sont écrasés ce jour là) a fait près de quatre mille morts ; on murmure que la riposte américaine en fera autant. Mais de ceux là on parlera peu. Non pas parce qu'ils sont loin, ou par esprit de vengeance, mais car la situation semble différente. Non que ces victimes soient moins importantes, car perdre la vie est toujours grave, quelque soit la manière, mais la culture occidentale fait qu'elles sont à nos yeux plus acceptables, car ce sont des victimes de guerre.

Tout est là. L'expression "victime de guerre" est communément employée, mais " victime de paix ", n'existe pas, car elle n'a aucun sens pour nous, européens. Or les actes de terrorisme tels que ceux du 11 septembre ont justement lieu en temps de paix. Et c'est pour cette raison qu'ils ont éveillé un tel effroi.

Une approche différente de la guerre

Il convient de revenir un instant sur notre passé historique, afin de mieux saisir les changements qui se sont opérés en matière de guerre. Jusqu'au vingtième siècle, la plupart des conflits entre Etats sur le continent européen concernait des conquêtes de territoire. Lorsque un territoire était litigieux, les deux pays concernés se déclaraient la guerre, réunissaient leur armée et commençaient à combattre. La guerre s'arrêtait quand une armée étant défaite, ses dirigeants s'avouaient vaincu. Les civils ne jouaient aucun rôle, et il était de mise de ne pas les impliquer (même si les entorses à cette règle étaient nombreuses). Il existait ensuite un certain code d'honneur : l'expression " Tirez les premiers, messieurs les Anglais " a bel et bien existé sur un champ de bataille ; lors de la première guerre mondiale, avec les débuts de l'aviation, une règle implicite voulait qu'on ne tire pas sur un avion ayant des problèmes mécaniques. De même, tuer un homme par derrière ou lorsqu'il était désarmé était à une époque le comble de la lâcheté (les Américains le savent bien, eux qui en ont abreuvé leurs westerns). Je parle des westerns, mais je pourrais tout aussi bien citer " Les sept samouraïs " de Kurosawa, car la dignité dans le combat n'est pas l'apanage des seuls Occidentaux. Je ne veux pas faire ici l'apologie de la guerre, loin de là. Je veux simplement démontrer qu'il fut un temps où il existait une certaine manière de se battre, auquel le terrorisme ne correspond pas. C'est pour cela qu'il nous choque tant. Car le seul but des attentats est de tuer le plus d'innocents possible afin de terroriser la population civile. L'absence de revendication ajoute encore au désarroi. C'est pour cela que je ne veux pas accepter ce mode d'action, et c'est pour cela que je refuse de trouver des circonstances atténuantes à ces actes.

Refuser " L'arme du pauvre "

Bien sûr, avec le développement de l'aéronautique, et l'amélioration des armes de guerre, la donne a été changée, et ce type de combat à la loyale est devenu obsolète. De plus, l'Occident dispose à présent de nouveaux moyens pour faire valoir ses intérêts sans avoir à recourir aux armes : moyens diplomatiques, politiques et économiques. On pourra penser que le terrorisme est alors l'arme du pauvre, les pays du Sud n'ayant pas les moyens de déclarer la guerre à un Nord surpuissant et ne pouvant recourir à l'arme politique ou économique. A ceux qui le pensent, je dirait que le terrorisme n'est pas une fatalité, encore moins une finalité. Beaucoup de groupes minoritaires n'ont pas recouru à ce geste. Ce n'est pas uniquement parce que le Pays Basque a des élans autonomistes que l'ETA commet des attentats, car la Catalogne connaît les mêmes élans et s'est toujours refusée à utiliser la violence. Citer le commandant Massoud comme exemple de non-utilisation de l'arme terroriste serait certes à la mode, mais je préfère parler du sous-commandant Marcos, qui a toujours revendiqué l'égalité des droits des minorités ethniques au Mexique. Or ce dernier, sans attentat, est monté en février dernier à la capitale Mexico où il a été reconnu par le gouvernement.

Dès lors que le terrorisme est à nos yeux inacceptable, par le caractère barbare qu'il suppose, que faire pour l'enrayer ? La guerre contre le terrorisme que l'Amérique a déclarée est certes nourrie de bonnes intentions, à savoir rétablir un espace de sécurité qui s'est avéré instable. Malheureusement, je doute qu'un pilonnage systématique soit une solution. Car les terroristes sont animés d'une haine intangible que l'usage des armes ne peut qu'alimenter. Demeure alors, à court terme, la solution d'une véritable diplomatie basée sur les négociations ; à long terme, surtout, faire en sorte que le terrorisme paraisse barbare à tous. Par un travail d'éducation. La propagation des droits de l'homme, l'apprentissage du respect d'autrui et de la vie de tout être humain. Apprendre que l'on peut se battre sans tuer, se battre en gardant un visage humain, et que si un combat est hélas inévitable, qu'il doit être mené avec dignité. On se fâche souvent contre les enfants qui " jouent à la guerre ", j'en viens à me demander s'ils ne sont pas moins navrants que des bambins, tels qu'on en montre au journal télévisé, déguisés en kamikazes avec une ceinture d'explosifs autour de la taille.