Du syndicalisme en Union Européenne : un thème inhabituel

Article publié le 17 mai 2010
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Article publié le 17 mai 2010
On parle souvent des orientations néolibérales de l’Union Européenne, du traité de Lisbonne, et de l’équipe dirigeante de la Commission européenne sous les commandes du Président Barroso, figure emblématique du néolibéralisme européen. Mais où est l'aspect social de l'Europe ?

syndicat.jpg Compte-rendu de la conférence du 14 avril 2010 au Bureau d’Information du Parlement Européen pour la France, à Paris: « Le dialogue social européen : quel rôle pour la confédération syndicale européenne et nationale dans l’information, la consultation, et la participation des travailleurs ».

Un nouvel aspect du syndicalisme : le dialogue social

Si la question sociale a toujours été abordée dans tous les traités constitutifs de l’UE, il a été dit que le Traité de Lisbonne donnait aux partenaires sociaux encore plus d’avantages. Qu’en est-il réellement ? Patrick le Hyaric, député européen GUENGL (gauche européenne) affirme que « le dialogue social est subordonné à la réalisation du marché intérieur, lui-même soumis à une compétitivité forte ». Il réaffirme également qu’il existe un manque de clarté sur le thème de la « flexisécurité », qui ne recouvre pas le même sens selon les États-Membres. On observe le même flou dans le Traité Constitutionnel Européen ou le Traité de Lisbonne sur les droits des travailleurs : y-a-t-il un droit de grève européen ? Donnons-nous aux syndicats la possibilité de jouer leurs rôles au niveau européen ? Force est de constater qu’aujourd’hui, l’absence de débat sur les salaires, la protection sociale et l’assistance sociale met à mal l’idée d’une Europe sociale.

Le dialogue social, une expression fourre-tout ?

Malgré cette notion inventée par Jacques Delors, qui a donné l’essor à de nouveaux concepts syndicaux, on observe qu’une culture syndicale manque à l’échelon européen, ce qui nuit forcement à ce dialogue. Aujourd’hui souligne Michel Guervalais (Secrétaire National chargé de l’Europe/International pour l’Union Nationale des Syndicats Autonomes), certains termes tels que « négociations collectives » et « partenaires sociaux » font débat. Les acteurs syndicaux et patronaux, les différences culturelles entre pays membres, des traités difficiles et ennuyeux, tout cela nuit au dialogue social européen, et instaure méfiance plutôt que confiance. A ce titre, Serge Leganoa (Secrétaire Général de la Fédération des Employés et Cadres à la CGT-FO), estime que la question sociale est liée à une capacité politique d’influer sur le cours des choses. Les décideurs politiques et économiques n’hésitent pas à déconnecter le dialogue social du domaine économique en période de crise. Les thèmes abordés doivent maintenant se recentrer sur le dialogue social et non sur les enjeux liés aux entreprises. Sans forcément condamner la diminution effective ou ressentie du dialogue social au sein des institutions européennes, Patrick Le Hyaric explique : « le marché unique a aidé le dialogue social mais nous sommes maintenant retombés dans une Europe intergouvernementale. Les partenaires sociaux et les syndicats doivent faire pression sur le patronat pour relancer le dialogue social. Sans Europe sociale, il n’y a pas d’Europe », ajoute t-il.

palais_de_l_europe.jpgLa Confédération Européenne des Syndicats (CES), une machine à recentrer ?

Les syndicats ont toujours eu un discours radical dans le but d’obtenir des acquis sociaux et faire reconnaître le droit des travailleurs. Depuis 1973 (fondation de la CES), 36 syndicats représentés expérimentent ce fameux dialogue social. Selon Corinne Gabin, chercheur à l’Institut de Sociologie à Bruxelles, la CES était traditionnellement hostile à la façon dont s’était construite la CEE puis l’UE. Elle a d’abord accepté le dialogue social proposé par Jacques Delors à la Commission : la flexibilité en échange d’une dé-radicalisation de la CES envers le processus néolibéral de la construction européenne. Seulement, ajoute-t-elle, « Delors a bâti l’Union économique et monétaire mais pour l’emploi et le social, revenez plus tard ! » Les anciens dirigeants socialistes de la CES ne s’en sont pas remis et en 1991, l'arrivée du social-démocrate Gabolio change la nature et le discours de la CES. C’est à ce moment là que, d’un discours « classique » syndical d’opposition, la CES est passé à un accompagnement des travailleurs basé sur des thèmes plus neutres qui ont essaimé dans les centrales syndicales nationales : la formation, la fléxi-sécurité, et le fameux dialogue social. C’est notamment dans cet esprit que la CGT intègre la CES en 1999, parrainée à l’époque par la CFDT. Toujours selon Corine Gobbin, « quand la CGT a intégré la CES, la FTBG (principal syndicat belge) a espéré une poussée vers la gauche. Mais Joël Décaillon, représentant de la CGT était prêt à tout avaler pourvu que ça soit estampillé « Europe ». On observe donc un recentrage de la CGT, dû à son européanisation au sein de la CES, tendance largement partagée par la plupart des autres syndicats de l’UE.

Une dépendance grave envers la Commission

D'autre part, il est avéré qu’aujourd'hui, les contributions des organisations syndicales sont d'un montant faible et ne lui permettent pas de se doter de structures efficaces ou d'organiser des rassemblements syndicaux d'envergure. Cette faiblesse structurelle de la CES se double d'une dépendance à l'égard de la Commission qui contribue largement à ses frais de fonctionnement en lui allouant des fonds et en permettant la publication et la diffusion de ses rapports, par le biais de l'Institut Européen des Syndicats. Sur le plan institutionnel, l'action de la CES est aussi très largement encadrée par la Commission qui est seule juge de sa représentativité et possède le monopole des propositions débattues. C'est dans ce contexte que le combat syndical survit, au sein d’une Europe de plus en plus contestée, capable d'imposer des mesures drastiques au peuple grec, et pilotée par des commissaires à la mauvaise réputation. Quelle place existe-t-il aujourd'hui pour une meilleure conduite de la stratégie syndicale à l'échelon européen ?

Henri Lacour

Photos: Une ©Pauline Vernin/flickr ; palais de l'Europe ©Coucil of Europe/flickr