Du Pôle Sud à Paris à vélo

Article publié le 5 février 2016
Article publié le 5 février 2016

En novembre 2015, des gens du monde entier sont venus assister aux débats de la COP21 à Paris. Pour certains, le trajet a clairement été plus long. Daniel Price, directeur du projet « Pole to Paris », a pédalé de l'Antarctique jusqu'à Paris. Après avoir parcouru 10 000 km, nous l'interviewons pour découvrir pourquoi.

Chacun sait que le fait de se déplacer en vélo pour échapper à la cohue quotidienne du métro peut aider à réduire son empreinte carbone. Toutefois, pour Daniel Price, le trajet a été plus long que prévu - environ 10 000 kilomètres depuis le cercle antarctique. L'année dernière, il  a entrepris de pédaler à l'autre bout du monde, depuis le pôle Sud jusqu'à Paris pour l'événement de la COP21.

Plus qu'un « type cinglé en vélo »

Daniel est le directeur du projet Pole to Paris, qui consiste en deux voyages incroyables, chacun depuis l'autre bout du monde. Sa mission personnelle : traverser en vélo 19 pays différents pendant sept mois.

« Le projet est né d'une frustration », explique t-il. En évaluant les effets du réchauffement sur la mer de glace en Antarctique, il a décidé d'agir. « Je me suis impliqué de plus en plus dans le changement climatique lorsque j'ai réalisé à quel point le fossé entre la société et la science était important. Si un grand nombre de personnes comprenaient la gravité du problème, on en viendrait à espérer que nos politiciens soient plus vivement amenés à résoudre celui-ci. » 

Lorsqu'il a soumis sa thèse en 2014, il a décidé de se mettre en selle pour faire quelque chose à ce sujet. Daniel a travaillé avec une équipe de huit bénévoles qui ont soutenu son incroyable voyage  – et aussi celui de son co-directeur Erlend Moster Knudsen, dont le défi a été de rejoindre Paris depuis l'Arctique en courant. Ensemble, ils ont cherché à éveiller les consciences sur la situation critique de la planète en courant (et en pédalant) jusqu'à la COP 21.

« L'autre point au sujet du changement climatique est que pour beaucoup, cela est chiant à mourir », admet Daniel, lorsque je lui demande pourquoi ils ont choisi de relever un tel défi. « Je me suis dit que les voyages étaient un moyen efficace pour amener les gens à s'engager. S'ils n'étaient absolument pas intéressés par le changement climatique, ils pourraient au moins dire : "Regarde un peu, y a ce cinglé sur son vélo ! Peut-être qu'alors, ils en viendraient à parler du problème, ou lire un article dans le journal"».

Toutefois, le véritable périple vers Paris a commencé longtemps avant même qu'il ne commence à pédaler. Il a toujours eu un fort attachement à la mer - étant enfant, il faisait de la voile avec son père - mais le rôle du climatologue n'a jamais été un rêve de toute une vie. 

« Quand j'étais jeune, je voulais devenir pilote de chasse ! » explique t-il. « J'ai piloté au sein d'un escadron des Cadets de l'aviation londonienne. » Son intérêt a décliné après être parti au Pays de Galles, et puis la seconde guerre du Golfe y a mis fin définitivement. Il s'est retrouvé à travailler pour l'institution royale nationale des bateaux de sauvetage –reprenant sa passion pour l'océan – avant d'obtenir un diplôme de géographie maritime à Cardiff. Dès lors, sa passion l'a mené aussi loin qu'il le pouvait : Christchurch, Nouvelle-Zélande – une des principales plateformes permettant aux scientifiques d'accéder à l'Antarctique. 

Vas-y, ne t'arrête pas de pédaler

Quand on passe plus de six mois à pédaler, on ramène avec nous des moments inoubliables, le plus mémorable pour Daniel a été celui de Jakarta. Plus de 500 compagnons de course se sont joints à lui pour un événement exigeant une action du gouvernement indonésien sur le climat. Ce n'était qu'une des dizaines de négociations qu'il a menées à travers les deux hémisphères. « Cela a été plutôt sympa de relever le défi physique, et essayer ensuite de réaliser le projet sur la route », admet-il. « Ce qui est le plus difficile, c'est de rentrer chaque soir et de faire en sorte que les choses aillent dans la bonne direction. »

Prochain arrêt : le Bangladesh. Il a été frappé par l'impact que le changement climatique avait sur le pays. Les cyclones répétés, les vents de plus en plus violents et le niveau de la mer qui monte...autant d'éléments qui placent les Bangladais en première ligne. Pendant qu'il était dans la région, Daniel s'est vu proposé de filmer un documentaire sur le sujet, qui devrait être prêt pour Mars. « Un voyage permet d'avoir une vue d'ensemble », rappelle t-il. « T'as presque l'impression d'être devant un film d'hollywood – "Les niveaux de la mer vont augmenter, oh mon dieu !"– mais le problème majeur auquel le Bangladesh doit faire face est l'intrusion saline dans l'approvisionnement en eau. Il y a des millions de gens qui ne peuvent pas avoir accès à l'eau douce. Arriver à comprendre cela a été une expérience assez poignante. »

Leurs défis personnels n'ont pas été les seules sources d'inquiétude. Certaines courses de Erlend ont été annulées suite aux attentats de Paris le 13 novembre. Pole to Paris a délivré un message de solidarité aux victimes, mais Daniel était déterminé à ne laisser aucune tragédie avoir le dessus sur la catastrophe mondiale, et le « vélo de l'Antarctique » a continué jusqu'à atteindre son objectif final. 

JFK sur la lune

Lorsque la Tour Eiffel a finalement montré le bout de son nez, le vélo de l'Antarctique de Daniel a retrouvé la course de l'Arctique de Erlend : « Lors d'un entretien durant la conférence, nous avons raconté les histoires des gens que l'on a rencontré pendant nos voyages... On a essayé de présenter les types de conséquences dûes aux impacts d'un changement climatique ».

Avant la COP 21, Daniel a fait preuve d'un timide optimisme quant à son potentiel de réussit e: « Le mot-clé, c'est l'ambition, a t-il expliqué. Il nous manque ce leadership ridicule à un niveau requis pour le rendre aussi fructueux qu'il doit l'être. Il nous faudrait ce discours de JFK  sur la lune, tu sais ? »

Alors, a t-on procédé au lancement ? Après l'accord, Daniel a déclaré être « assez stupéfait » de l'ambition dont il est question dans le document, mais déçu par certains détails. Il souhaite que les sociétés d'énergie fossiles soient forcées à soutenir les énergies renouvellables – « Leur siècle est terminé, leur déclin n'est maintenant qu'une question de temps. Pourquoi ne pas monter à bord du nouveau bateau, et aider les populations du monde entier, au lieu d'attendre que ton bateau coule tout en mettant le feu au nôtre ? »  

Lorsqu'il s'agit de continuer à maintenir ce bateau singulier à flot, les leçons de son père ont plus que payer. Mais la véritable course vient juste de commencer. Après Paris, il est reparti au Royaume-Uni pour travailler sur le documentaire filmé au Bangladesh : « Une fois terminé, il n'y a rien de prévu à part du temps pour décompresser et visionner l'année la plus chargée de ma vie ».

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Vous pouvez (re)découvrir l'interview du co-directeur du projet Pole to Paris, Erlend Moster Knudsen, dans le cadre de la série #21faces.