Du Pays de Galles à Londres, à dos de cheval bâton

Article publié le 18 avril 2013
Article publié le 18 avril 2013
Dans ce qu'on pourrait appeler une drôle d’odyssée, Aimee Corbett et Vanessa Hammick ont voyagé à dos de cheval bâton du centre du pays de Galles jusqu’à Londres, rassemblant les histoires de ceux et celles qu'elles ont croisés en chemin. Sous le nom de troupe Drawn to Stars, elles ont raconté leurs aventures dans une pièce de théâtre.
Nous avons discuté avec elles et la musicienne du groupe, Ellen Jordan, de l'isolement et de la manière dont elles ont recueilli leurs histoires.

J'ai rencontré Aimee, 27 ans, Vanessa, 29 ans, et Ellen, 23 ans, au Fringe festival d'Edinbourg en août 2012. Leur performance intitulée Now. Here, profonde mais enjouée, venait de se terminer. Disposant de très peu de moyens - juste une bourse Taylor de 300 livres sterling (environ 350 euros) et une résidence artistique près de la scène en plein air du théâtre Willow globe, au Pays de Galles (où elles trouvèrent un de leur cheval bâton) - elles travaillaient la plupart du temps avec les moyens du bord, notamment grâce au réseau couchsurfing, et organisaient des ateliers et autres activités pour se faire un peu d'argent avant le festival. Aujourd'hui, à l'écart de la foule d'étudiants, d'artistes et de touristes qui peuple le festival, nous partageons une glace aromatisée au Pimm's en profitant de la vue sur les rochers escarpés d'Édimbourg. Leurs fidèles destriers reposant à leurs cotés, les filles se coupent constamment la parole et débattent vivement. Mais toujours affectueusement et souvent en éclatant de rire.

L'idée initiale vient d’un constat : bien habile qui trouve un emploi hors des métropoles. « Je travaillais alors pour le Théatre Paris avec Ian, qui est maintenant notre metteur en scène », explique Amee. « Le théâtre s'est fait suspendre ses financements par le Conseil des arts du pays de Galles et a dû fermer. Je me suis retrouvée dans le centre du pays de Galles, essayant de trouver du travail et de faire ma vie. Mais il y a tellement peu d'offres d'emploi, surtout dans le théâtre ! » Elle en rit, tant c'est désespérant. « Ça m'a fait penser à Londres, au conte de Dick Whittington et la souris des champs. En parlant à Vee, ces idées ont pris forme, nous tentions notre chance en quelque sorte. »

« Certains vont te dire "je ne connais pas d'histoires", et tu dois leur dire, "mais si, tu en connais, ta vie entière est une histoire " »

« Cette sensation moderne de déracinement, si présente dans la vie de tous les jours, est évidente dans Now.Here. Nous avons rencontré beaucoup de gens très isolés, des jeunes comme des vieux », explique Aimee. « Ça m’a vraiment choqué. Le simple fait de voir et de rencontrer tant de gens avec cette crainte de ne pas pouvoir trouver leur place met les choses en perspective. C'est vraiment énorme, mais ce n'est pas juste un phénomène auquel notre génération doit faire face. Nous avons été très prudentes avec ça : les histoires que les gens nous ont racontées nous ont vraiment touchées. Certaines histoires sont un peu dingues, on a vraiment essayé de les raconter telles quelles. On a tous tendance à vite juger les autres, mais ces gens sont très humains en fait. »

Respect

Vanessa est d'accord. « On n'essaie pas de les imiter, ou même de jouer leurs rôles comme si c'était des personnages, mais juste de leur donner un autre accent. Autrement ils auraient tous l'air d’être originaire de cette satanée ville de Croydon ou du centre du pays de Galles ! Nous ne pouvons pas faire de ces gens de vulgaires caricatures, nous les connaissons et beaucoup d'entre eux nous ont vraiment inspirés. » Ellen acquiesce vivement. « C'est une expérience partagée et nous ne voulons pas la déshonorer. Il fallait que les gens nous accordent une certaine confiance pour arriver à ça. » Aimee ajoute : « Parfois, les gens brodent un peu quand ils ne sont pas très surs de quelque chose, ou bien ils se rendent compte qu'ils ont dérapé et se taisent subitement ou changent vite de sujet. On devait les écouter très attentivement pour capter ce qui était vraiment important pour eux. Tout ça a beaucoup à voir avec le nom de notre pièce de théâtre : Now. Here , c'est à dire être dans l'instant présent, apprendre comment être présent, ici et maintenant. »

« Je me suis souvent rendue compte qu'une sorte de schéma se reproduisait quand les gens nous racontaient leurs histoires », réfléchit Vanessa. « Tu es en train de les écouter mais subitement, tu te retrouves complètement entrainée dans leurs histoires et ça devient aussi important pour toi que pour eux. » Elle marque une pause, comme pour chercher le mot juste. « C'était vraiment une expérience du type ici/maintenant. Je ne sais pas si ça a dépassé les limites de l’intime ou si c'est juste que tu ressentais ce qui était important pour eux. C'est ça écouter, non? Donner à quelqu'un du temps et un espace, et être avec lui dans l'instant présent. » Recueillir ces histoires n'étaient pourtant pas toujours facile. « Certains vont te dire "je ne connais pas d'histoires", et tu dois leur dire, "mais si, tu en connais, ta vie entière est une histoire." »

« Parfois quand on rencontrait quelqu'un, on devait raconter nos propres histoires pour qu'il nous raconte la sienne », ajoute Vanessa. « Si je dis, "on a connu une femme qui teignait la laine de telle couleur", les gens vont peut être dire, "Ah oui, moi je fais de la tapisserie, pour passer le temps, et en fait j'ai commencé parce que…" Et là, tu as ton histoire. Nous avons croisé cette femme qui teignait des moutons, enfin leur laine je veux dire ! Je l'aimais vraiment bien. Je me suis laissée emporter par le côté fantaisiste de la chose. Parfois je disais aux gens, juste pour rire, qu'elle nourrissait les moutons avec les plantes qu'elle utilisait pour les teindre, et que du coup, leur laine poussait de cette couleur, ensuite on leur en montrait la preuve. Évidemment, je leur disais toujours que c'était une blague à la fin. Mais en fait, c'est ça que j'aime, l'idée d'un voyage fantastique, à la Gulliver. »

Photos : Une © courtoisie de la page facebook de Aimee Corbett ; Texte © courtoisie de Drawn to Stars ; © courtoisie de la page facebook de  Drawn Stars