Du nouveau à gauche

Article publié le 12 septembre 2005
Article publié le 12 septembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Linkspartei détonne dans le paysage politique allemand. Comment expliquer son succès ? Déception à l’égard des projets de réforme de la coalition rouge-verte ou éveil d’une nouvelle gauche européenne ?

Le nouveau Linkspartei - « parti de gauche » - est le nouveau nom désignant le Parti Social Démocrate (PDS) issu de l'ancienne entité communiste du Parti de l'Unité Sociale (SED). Très populaire à l'Est, le Linkspartei a forgé juste avant les élections du 18 septembre une alliance avec la coalition du Travail et de la Justice Sciale (WASG) qui apporte en son sein tous les membres déçus du SPD de Schröder. Le mouvement doit son attractivité à deux ténors de la gauche allemande. Gregor Gysi, un éloquent avocat ex-président du PDS, revenu dans l’arène politique a pour objectif de récolter les suffrages des « Ossies » . Son alter ego, Oskar Lafontaine, ex-ministre des Finances et ennemi intime de Schröder, autrefois candidat malheureux du SPD à la chancellerie et président du parti, recrute surtout à l’Ouest en jouant le rôle d’aimant pour la partie orientée à gauche de l’électorat socialiste.

Du social pour les déçus

Chômage record et incontrôlable, dette publique croissante, la pilule de la réforme du système social imposée par Schröder sous le nom d’« Agenda 2010 » a été dure à avaler. Ajoutez à cela la crainte d’une offensive contre les acquis sociaux au profit de l’économie et vous obtenez le terreau fertile du Linkspartei. Le programme électoral présenté récemment à Berlin comporte ainsi des mesures sociales comme l’introduction d’un salaire minimum d’environ 1250 euros par mois, la hausse des allocations chômage ainsi que leur harmonisation à l’Ouest et à l’Est -c ar même en l’an 16 post-réunification allemande, les salaires et les prestations sociales restent à l’Est plus basses qu’en Allemagne de l’Ouest - une couverture sociale de base et un minimum retraite.

Mais, même si les partis en place mettent clairemement en doute la faisabilité financière de ces mesures, le Linkspartei peut difficilement être ignoré. Depuis des semaines, il caracole en troisième position dans les sondages, rassemblant près de 10% des suffrages et pourrait bien empêcher l’arrivée au pouvoir d’une coalition noire-jaune entre chrétiens-démocrates (CDU) et libéraux (FDP). Quand bien même le SPD resterait sur un « Non » catégorique à une éventuelle collaboration avec ses adversaires de gauche, le Linkspartei oblige l’ensemble de la clique politique à se positionner clairement par rapport à un modèle économique néo-libéral présenté comme la seule alternative. Pendant que ses adversaires vocifèrent que le Linkspartei ne promet qu’un Etat social dépassé, que ses propositions ne sont pas finançables, la links, comme elle se désigne, réussit à attirer à elle les aigris et mécontents de tous bords.

Un phénomène paneuropéen ?

D’autres partis orientés à gauche en Europe ont le vent en poupe. Au Portugal, le Bloc de gauche– un rassemblement d’intellectuels de gauche – a réussi à obtenir 6,4% des voix. L’issue des prochaines élections en Italie et en France pourrait être semblable, si les partis dispersés d’extrême-gauche parviennent à surmonter leurs dissensions pour conclure des coalitions. En Grande-Bretagne, par leur programme électoral, les Libéraux Démocrates se positionnent à gauche du Labour de Blair, un parti travailliste traditionnel. En République Tchèque, les communistes du KSM occupent la 2ème place dans les estimations.

On peut toutefois se demander dans quelle mesure ces partis de gauche, traditionnellement éclatés et brouillés les uns avec les autres, sont capables de tirer profit de leur popularité retrouvée au niveau européen. Peut-être le mouvement altermondialiste pourrait-il jouer le rôle de ciment ? Car il est en mesure de mobiliser des individus bien au-delà de son propre public. Cependant, la séparation nette entre les opposants non parlementaires à la mondialisation, dotés d’un réel potentiel de mobilisation transnationale et les partis politiques ancrés dans leurs pays rend peu probable la perspective d’un mouvement européen de gauche.

Le Linkspartei réussira t-il à insuffler une dynamique vers la création d’un parti européen de gauche ? Qui sait. Son importance réside sans aucun doute dans sa capacité à influencer l’agenda politique et par là-même les actions des partis politiques établis. Si les autres coalitions de gauche européennes y parviennnent aussi, un changement fondamental dans la politique européenne pourrait alors s’esquisser.