Du goudron et des plumes pour la lobbycratie européenne

Article publié le 7 février 2011
Article publié le 7 février 2011
Par Aurélie Feller Esplanade du Parlement européen, face à la rue du Luxembourg, un soir de semaine. Du goudron, des plumes et des yeux écarquillés face à une scène inédite.
Le collectif de militant bruxellois «Lobby Tour» organisait le mercredi 2 février une action symbolique : le goudronnage et l'emplumage d'un complice, pseudo lobbyiste, devant les regards étonnés des passants et des services de police. Une action digne de l'«artivisme», néologisme tiré d'art et d'activisme, cette mouvance qui vise à sensibiliser aux problèmes politiques par des moyens festifs et artistiques.

Derrière le spectacle, c'est une véritable alerte contre le risque des pressions qui s'exercent sur les politiques et les processus législatifs européens.

Du tourisme, du fonds et de la chanson

lobbycratiePlus tôt dans l'après-midi, une visite du quartier Léopold réunissait une soixantaine de participants au départ du Rond-point Schuman. Ici encore, humour grinçant et dénonciation politique étaient au rendez-vous. Un guide indique le chemin à suivre et fait des haltes explicatives aux endroits stratégiques. Les sièges de grandes firmes telles que la companie pétrolière BP ou le groupe pharmaceutique Bayer, les think-tanks méconnus du grand public Friends of Europe ou Security and Defense Agenda. Banques, OGM, armement, finances, chimie, énergie, agro-industrie… tous les secteurs ont en eu pour leur grade dans la bonne humeur et en chanson, sur l'air de L'opportuniste de Jacques Dutronc. L'objectif de cette journée touristique était de dénoncer la mainmise du big-business sur le lobbyisme européen. Attirés à Bruxelles par le pouvoir de décision économique des institutions européenne, ils seraient, selon les estimations de Corporate Europe Observatory, plus de 15 000 employés dans un groupe de pression. Seuls 10% représenteraient les ONG contre 70% pour le secteur industriel, selon le groupe d'étude sur le lobbying européen soutenant l'action.

Une grave proximité entre pouvoir économique et politique

Un ultime arrêt tout près du Parlement européen, devant nous, une stèle haute en symbole marque les esprits. Elle avait été inaugurée en 2001 par Nicole Fontaine, alors présidente du Parlement européen, et Freddy Thielmans, bourgmestre de Bruxelles. Notre guide attire notre attention sur son inscription : «C'est par les discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, patience et dévouement». Puis nous fait remarquer le logo, au pied du monument, de la Society of European Affairs Professionnals (SEAP), organisation qui s'oppose à toute régulation du lobbying. Un dernier exemple pour épingler la complaisance sans complexe entre lobbys et députés européens. Martin, membre du collectif «Lobby Tour» et guide d'un jour, pointe le manque d'espace publique et médiatique européen : «La question du lobbying n'est quasiment jamais évoquée dans les médias. Les lobbyistes traînent, à juste titre, une mauvaise image. Ce n'est pas forcément un problème de moralité personnelle, mais plutôt de rapport de forces». Pour les participants, la solution réside dans une plus grande indépendance de la recherche, plus de transparence des activités de lobbying et un partage plus équilibré de la parole entre représentants des grands groupes et de la société civile.