« Du calme ! » : le brûlot allemand équivoque

Article publié le 13 avril 2012
Article publié le 13 avril 2012
« Du calme ! » nous prévient une journaliste hambourgeoise dans son essai. Elle cherche à s'inscrire en faux contre le buzz des médias et l'hystérie ambiante. Mais ce faisant, elle saute à pieds joints dans la tendance.

Une chose est sure, le monde va disparaître. Nous allons tous mourir. Crever de la grippe aviaire ou du H1N1, étouffer dans les cendres d'un volcan islandais, esseulé et solitaire. Le chef n'enverra pas ses condoléances. Puisqu'on aura perdu notre job depuis longtemps d'ici-là, tombé sous les coups de la rationalisation d'un banquier obséquieux ou délocalisé chez des enfants en Roumanie. Bref, il y a de quoi se tirer un balle.

De Silke BurmesterComment ? Vous n'étiez pas au courant ? Vous ne lisez pas les journaux ? Vous ne regardez pas le JT ? Vous ne surfez pas sur le Net ? Tout y est pourtant. Et maintenant, pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu, on y trouve aussi « Du calme ! », le pamphlet de Silke Burmester.

Aussi concret qu'une menace extraterrestre

Il n'y a guère que le format qui rappelle le brûlot. Dans le style de Stéphane Hessel et de son Indignez-vous !, le fascicule appelle à la résistance contre les « rois de l'exagération », contre l’afflux constant des infos. En quelques chapitres courts, Silke Burmester passe en revue chacun des buzz récents : la crise économique et la vénération Apple, la peur du virus E Coli et la folie de la beauté. La journaliste hambourgeoise a listé sur 32 pages les méfaits de l'année médiatique qui vient de s'écouler. Un seau d'ironie, un chargement de satire – et la critique des médias est prête. Et pour que les gens la lisent et que le contenu soit conforme au titre, chaque exagération est immédiatement minimisée. Ceux qui regardent le danger en face, ceux qui lisent ce fascicule, pourront se dégager de la folie ambiante. Puisque c'est ça la chute : rien n'est aussi grave que ça en a l'air. Les enfants moyens se maintiendront dans le monde, même s'ils ne parlent pas le mandarin couramment. Même sans Ipad, la vie suit son cours. L'alarme terroriste est aussi concrète que la menace extraterrestre. Si ces constatations, en revanche, sont loin d'être des nouveautés, cela ne les rend pas plus rassurantes pour autant.

Pas de bouton off pour la gêne

Poster posté sur les routes de Grande-Bretagne pendant la Seconde guerre mondiale.Le sentiment que le monde est devenu effrayant et bizarre persiste après la lecture. Et ne disparaît pas, même si on savoure une tasse de thé comme nous le recommande l'auteure à la dernière page. On ne peut pas éteindre la gêne, et le manifeste rose vif peut s'époumoner tant qu'il veut, il n'y changera rien.

C'est peut-être dû au caractère paradoxal du livre : l'auteure fustige l'indigestion d'information mais bourre son livre de toutes les catastrophes de ce monde. Elle accuse les médias d'exagérer – et propose elle-même des scénario-catastrophes. C'est du cynisme pur et simple que de suggérer le glissement de l'Allemagne dans le Tiers-Monde après la faillite répétée des banques. Les jeunes, en particulier, ont peur en effet de perdre leur emploi, peur des catastrophes climatiques qui vont se multiplier à l'avenir. Et ce n'est pas une parodie de parodie qui peut parvenir à leur ôter ces peurs.

D'après elle, il y a deux façons de se comporter face à la confusion, à l'hystérie et à la peur. « La première : ne pas prendre ces choses au sérieux. Éteindre son téléviseur quand les cavaliers de l'Apocalypse font retentir leur menace diffuse. […] On n'est pas obligé de paniquer à chaque fois. » Le message de Burmester est aussi simple que ça. Le texte se lit bien, on s'amuse même un peu. Et après, rien n'a changé. La prochaine crise viendra sûrement.

Photo : avec l'aimable autorisation de ©Kiepenheuer und Witsch