Du binoclard aux Google Glass : l’odyssée des lunettes

Article publié le 25 novembre 2013
Article publié le 25 novembre 2013

En 2014, Google lancera sur le marché les Google Glass, des lentilles ultra légères qui nous permettrons de naviguer sur Internet « par la vue ». Ces lunettes révolutionneront nos vies - ou pas - mais une chose est sûre : du Moyen-âge au XXIème siècle et contrairement à l’homme qui les porte, les lunettes n’ont pas arrêté de changer de nature.

Vous avez en tête le cliché cinématographique du jeune  looser qui tombe par terre sous les coups des caïds du quartier ? Il existe un objet, un accessoire qui représente au mieux le triste destin du bizut. Ce n’est pas le sac à bandoulière, ni les chaussettes décolorées qui dépassent de ses Converses mais bien des lunettes qui, sous l’effet de la chute, roulent sur le goudron rugueux avant que le chef de bande s’empresse de les casser en deux.

Pas très sexy

Objet de maltraitance dès les premières années d’école, les lunettes étaient le symbole de l’étudiant assis au premier rang et chouchou des profs.  Comment ne pas se rappeler de ceux qu’on appelait « binoclards » à cause de l’épaisseur des verres qui semblait doubler le nombre de pupilles ? Et que dire des jeunes demoiselles qui se présentaient aux fêtes de fin d’année avec une tenue élégante mais des lunettes disgracieuses ? C’était les années 90 et on était aux portes du passage à l’an 2000. A l'époque, une chose était certaine : les lunettes resteraient à jamais l’image du type pas très sexy. Pourtant, après le bug, la nouveauté « du siècle » est arrivée. En l’espace d’un clin d’œil l’accessoire « méprisé » est une fois pour toute remplacé par des lentilles de contact. La tendance se propage même chez les très jeunes générations, on voit de moins en moins de lunettes à l’école. Certains sont même allés plus loin en utilisant la diabolique lentille jetable pour changeant la couleur de leurs yeux et tenter de ne pas perdre la vue en imitant Lady Gaga.

La revanche des Nerd

On ne sait pas vraiment si c’est à cause de la crise d’identité ou du « on était mieux quand c’était pire », mais après 2010, nous avons assisté à un radical changement de tendance qui pourrait se comparer à la Restauration débutée en 1800. Les lunettes passent du symbole de la loose à l’emblème de la mode. Qui l’aurait cru ? Désormais bras dessus, bras dessous avec le phénomène hipster, la monture de lunettes ne s'apparente à celle de la poutre soutenant le salon de la maison de nos grands-parents. Il y a ceux qui se mettent à acheter des fausses lunettes, ceux qui maudissent le destin pour ne pas avoir besoin d'en porter. Et puis bien évidemment ceux qui préfèrent encore les lentilles de contact. En parallèle, une force de vente s'installe, une tendance à la mode accompagnée d’un soutien, conscient ou non, des acteurs et des artistes en général.

Changement de regard

V.I.P à part, ce n’est toutefois pas un hasard si c’est bel et bien la figure du professeur qui est encore majoritairement associée à l’accessoire récemment revenu à la mode. A leur naissance, les lunettes sont en fait perçues comme étant un objet synonyme d’« érudition », utilisé à la fin du Moyen-âge par ceux qui diffusaient le savoir à coups de stylo-plumes.

La diffusion des lunettes s'exerce via un récit écrit ou raconté par les moines et les commerçants en voyage entre Venise, Pise et Florence : une histoire qui est aujourd’hui à portée de clics grâce à Google. Et c’est peut-être parce que l’entreprise de Mountain View représente justement « le savoir » du monde contemporain que la boucle va désormais se boucler. L’objet du mystère s’appelle Google Glass, il s’agit de lunettes digitales ultra légères – oui c’est l’énième inversion de tendance, avec l’approbation des hipster – leur sortie est prévue pour 2014. Résultat d'un projet débuté en 1998 dans les laboratoires du MIT de Boston, les Google Glass nous permettrons de naviguer sur Internet sans les mains, d’envoyer en direct tout ce que nous voyons et de devenir la synapse du Web à la place de nos smartphones. Cependant, d’une façon ou d’une autre, on assiste à la fois à un point de non-retour et à une tendance qui restera toujours la même : nous ne serons plus jamais le « binoclard » de la classe, ou cette  jeune fille à quatre pattes qui cherche à tâtons ses montures. Avec les Google Glass, nous ne serons, à nouveau et inexorablement, plus les malchanceux d’autrefois.