D’où vient votre huile d’olive ?

Article publié le 20 août 2009
Article publié le 20 août 2009
Prenez une tomate, coupez-la en quartier, ajoutez la mozzarella et déposez sur le tout un filet d’huile d’olive. Un régal, non ? A l’apéritif ou dans les plats les plus raffinés, l’huile d’olive est souvent de la partie. En plus de ses vertus organoleptiques, elle aurait d’excellentes propriétés pour la santé. Voilà une raison de plus d’utiliser cet ingrédient à toutes les sauces.
Tout semble aller pour l’huile d’olive, mais où en est réellement cette filière ? L’or vert se la coule douce ?

L’Espagne du sud détient le monopole sur l’huile d’olive

Si l’Union européenne est la première consommatrice d’huile d’olive au monde (70 % de la consommation), elle est également la première productrice avec 80 % de la production, talonnée par la Tunisie et la Turquie. Ce chiffre record est en grande partie dû à l’immense oliveraie espagnole. Avec un total de 300 millions d’oliviers de 260 variétés différentes et étendus sur 2 millions d’hectares, l’Espagne produit 43,3  % de la production mondiale d’olives. La France, par exemple, qui ne produit que 3 à 4 % de la consommation du pays, importe 70 % (soit 3 bouteilles sur 4) de son huile d’olive d’Espagne.

L’Andalousie est la première région la plus productrice d’olives au monde, elle couvre 85% de la production d’huile d’olive en Espagne. Parmi ses huit provinces, Jaén produit à elle seule plus d’huile d’olive que la Grèce ! Il existe dans une moindre mesure des oliveraies dans le nord de l’Espagne (Navarre, Aragon, La Rioja). On peut estimer la production totale de ces régions à 2.5 %, chiffre dérisoire face à la production andalouse.

Nous avons rencontré un de ces petits producteurs d’olives du nord, à Galilea. Il a 22 hectares et produit 650 000 kg d’olives par an. En plus du travail de production, il fait également lui même la transformation grâce à la fabrique d’huile qu’il a crée il y a 7 ans. Il rassemble et presse ainsi les olives d’une centaine de producteurs de la région. Il sait que ses produits ne font pas le poids face aux géants du sud. Pour être plus compétitif, il travaille alors sur l’authenticité du produit et sa qualité. Sa production personnelle est d’ailleurs certifiée agriculture biologique. Cependant, cela reste difficile. Les consommateurs achètent davantage l’huile conventionnelle qui est moins chère. Il nous explique également que la structure de son exploitation, comme la plupart des petites oliveraies du nord, ne permet pas l’utilisation de machines modernes. En conséquence, les récoltes se font à la main et la moitié des bénéfices partent pour payer la main d’oeuvre. Comme les agriculteurs des autres filières, ce producteur d’olive nous explique que son exploitation ne sera plus viable sans les aides de la PAC. C’est toute la filière oléicole du nord du pays qui est en danger si l’Union européenne supprime les subventions.

Les disparités régionales existant pour la production d’huile d’olive donnent lieu à des qualités et donc des prix différents sur le marché. La distinction se fait grâce aux étiquettes présentes sur les emballages. Cependant, consommateurs, méfiez-vous des fraudes…

La transparence sur l’origine des huiles d’olive, une nouvelle donne

En ce qui concerne l'huile d'olive, la transparence est un enjeu de taille car il existe des différences de qualité d'huile phénoménales. Par exemple l'huile d'olive française vierge et vierge extra se classe parmi les produits haut de gamme. (Ce qui se ressent d’ailleurs sur son prix : le litre atteint 15 à 25 euros en moyenne !). Le consommateur peut exiger à un tel prix de connaître exactement la provenance de son produit. Par ailleurs les producteurs d'huile d'olive de qualité veulent eux aussi une reconnaissance sur les étiquettes.

La mention d'une provenance sur les bouteilles d'huile d'olive n'est pas obligatoire. Elle n'est que facultative et n'est donc généralement inscrite que si elle valorise le produit. Les producteurs qui voudraient informer sur l'origine du produit sont autorisés à mentionner le pays, ou une aire géographique reconnue uniquement.  Dans ce dernier cas, la mention du département ou de la région est exigée. A l’inverse, si l'huile ne provient pas d'une zone géographique reconnue et enregistrée par l'UE il est interdit de la mentionner. Par exemple, il n'est pas possible d'écrire « huile d'olive du Var » ou « huile d'olive d'Andalousie » car ces régions ne correspondent pas à des appellations enregistrées.

Le producteur que nous avons rencontré, nous parle de l'importance de ce petit bout de papier sur la bouteille. Sans ça, personne ne peut réellement connaître la qualité du produit. Si les règles ne sont pas strictes, il est facile de tromper le consommateur. De nombreux abus ont d'ailleurs été déclarés. En France, les systèmes anti-fraude ont détecté des bouteilles d'huile d'olive d'Andalousie avec une étiquette présentant des photos de la côte d'Azur pour tromper le consommateur sur l'origine du produit.

Face à ce problème majeur de la filière oléicole, l’UE tente de trouver des solutions. Le 17 septembre dernier, la Commission européenne a déclaré que «les règles introduites en 2002, d'étiquetage facultatif de ces huiles, se sont avérées insuffisantes pour éviter que les consommateurs ne soient trompés sur la véritable origine et les caractéristiques de certains produits». Un nouvel étiquetage a ainsi vu le jour le 1er juillet 2009 suite à une décision prise par les experts des Etats membres de l’UE. Cette nouvelle transparence sur l’origine va avoir des conséquences sur la filière oléicole. Va-t-elle changer la notoriété des différentes huiles de l’UE ?

La filière oléicole est un des joyaux de l'UE. L'or vert participe fortement à l'économie de nombreux pays comme l'Espagne. C'est pourquoi l'UE cherche à protéger au mieux ce secteur. D'ailleurs, l'huile d'olive connaît des temps difficiles. En 2008, selon les organisations syndicales agricoles espagnoles, la chute de la demande a entraîné une baisse de 20% du prix de l’huile d’olive. Pour freiner la tendance, près de 200 coopératives ont réalisé un accord pour limiter la commercialisation à 300 000 tonnes d’huile. L'Union européenne a également mis en œuvre en juin 2009 un mécanisme d'aides ciblées aux producteurs d'huile d'olive. Elle va aider les producteurs en difficulté à stocker certaines quantités, soit parce que la demande est insuffisante sur le marché soit parce que les producteurs veulent éviter de vendre leur huile au prix très bas actuel et préfèrent attendre des jours meilleurs.

"La Commission continuera à suivre de près l'évolution sur le marché de l'huile d'olive", a-t-elle ajouté, n'excluant pas ainsi de nouvelles aides si la situation ne s'améliore pas…