Dossier Roms : la France sortie d’affaire ?

Article publié le 19 octobre 2010
Article publié le 19 octobre 2010
Bruits de couloirs Propos recueillis par Lena Morel et Yulia Kochneva La Commission annonçait aujourd’hui qu’elle renonce à une procédure d’infraction contre la France au sujet de sa politique à l’égard des Roms. Cette procédure s’appuyait en particulier sur l’application insuffisante de la directive 2004 sur la liberté de circulation des citoyens européens.
Après l’annonce de ce gèle, et alors même que le Parlement européen avait été l’instigateur du vote de la résolution contre Paris, quelques parlementaires rencontrés dans les couloirs du Parlement européens nous livrent leur premières réactions. Notons que la nouvelle était trop fraiche pour certains qui n’ont pas souhaité se prononcer dans l’immédiat.

Sylvie Goulard (ALDE, France)

« Il y a un dialogue qui s’est institué entre un Etat membre et des institutions communautaires. Il n’est pas anormal que, le cas échéant, si un Etat prend des mesures comme l’a fait la France, la Commission puisse revenir sur sa décision. Ce qui m’avait beaucoup choqué dans la controverse qui a opposé Paris à la Commission d’un côté et au Parlement de l’autre, c’était le refus même de l’intervention des instances communautaires. La France a toujours plaidé pour une communauté de valeurs ; la France a toujours voulu que l’Europe soit plus que qu’une zone de libre-échange et un marché. Et le jour où les instances européennes se penchent sur les questions de droit de l’Homme, on rejette le principe alors que sur le fond il est tout à fait naturel qu’il y ait un dialogue entre l’Etat membre concerné et les institutions communautaires ».

Doris Pack (PPE, Allemagne)

Avoue ne pas être totalement au fait de ce sujet. Elle accepte néanmoins de nous en livrer sa perception, commençant par un conseil averti : « si vous rencontrez un politicien qui prétend pouvoir parler de tout, c’est que vous avez affaire à un mauvais politicien ». « J’espère que nous trouverons une solution qui s’appuiera sur nos valeurs européennes qu’il faut respecter. Chacun doit balayer devant sa propre porte avant de pointer son voisin du doigt : la question des Roms est une question européenne. Il faut que la classe politique se batte à temps pour les valeurs qui sont en jeu : lorsqu’il est trop tard et d’autant plus dans un climat de crise et remise en cause des systèmes sociaux, il est humain de chercher des coupables. Mais il ne faut pas que cela débouche sur des accusations systématiques à l’égard de populations minoritaires ou précaires (Roms, immigrés, sans papiers, …) ».

Corinne Lepage (ALDE, France)

« Je fais partie de ceux qui ont voté la résolution contre la France, ce n’est pas plaisant. Mais la position du gouvernement français était inacceptable : on a eu raison puisque le gouvernement est revenu dessus. Si Mme Reding estime que les garanties qu’elle a reçues sont suffisantes, je n’ai pas à être plus royaliste que le roi. J’espère que non seulement dans les paroles mais aussi dans les actes les changements vont intervenir. Je suis pour ma part très préoccupée par l’affaire du fichier. Et je pense que Mme Reding va continuer à suivre ce dossier ».

Viviane Reding, Commissaire à la Justice et aux Droits de l’Homme, rappelait ce soir lors d’une interview radiophonique (RTL) que « la France reste sous étroite surveillance. Premièrement en ce qui concerne la manière avec laquelle ces propositions seront introduites dans la législation française et deuxièmement comment la France traite sur le terrain les citoyens européens ».