Dopage : Contador ou que l’on te déteste, c'est du chauvinisme

Article publié le 15 février 2012
Article publié le 15 février 2012
Le débat est ouvert. Trois séquences diffusées dans les Guignols de l'info (Canal +), qui accusaient les sportifs espagnols de dopage, ont mis sens dessus dessous l'Espagne. Europa451 écrit, sans mettre de gants, un éditorial dans lequel il invite tous les Espagnols à entreprendre un examen de conscience.

D'abord l'Allemagne, et maintenant la France. Embourbée dans la plus grande crise qu'elle ait connue depuis la guerre civile, l'Espagne tente de trouver un bouc émissaire hors de ses frontières pour soulager sa peine.


En l'espace de quatre siècles quasi-ininterrompus de décadence économique, politique et culturelle qu'a connue l'Espagne jusqu'au début de son actuelle démocratie, les ennemies étrangers n'ont jamais manqué. Soliman le Magnifique, les protestants, les pirates anglais, Napoléon et les afrancesados, la guerre hispano-américaine de 1898, les soviétiques, la conspiration judéo-maçonnique... la liste est longue. Qui plus est, il faut établir une relation entre ce sentiment de victimisation collective d'une nation par les étrangers et l'incapacité qu'a le pays à résoudre ses propres problèmes.

« L'Espagne va droit dans le mur si elle prétend tourner le dos à ses propres problèmes, en cherchant des têtes de turc hors de ses frontières. »

La France a toujours été d'une grande utilité à l'Espagne, du fait d'avoir été la nation avec laquelle l'Espagne a le plus collaboré de toute son histoire, et ce pour des raisons géographiques, dynastiques, intellectuelles ou purement stratégiques. Rien de nouveau sous le soleil lorsque les médias espagnols, depuis une semaine, font tout un plat d'une satire diffusée sur une chaîne de télévision française, utilisant l'image du cycliste, Alberto Contador, et du tennisman, Rafael Nadal, pour remettre en doute les contrôles antidopage effectués en Espagne. Ces deux champions espagnols font partie d'une génération de sportifs qui conjurent, sans aucun égard, les fantômes de l'éternel défaitisme patriotique et les complexes d'un pays qui, ancré dans ses vieilles habitudes, avait confondu ambitions sportives et réputation internationale avec de nombreux et cuisants échecs.

Une fois de plus, pendant les heures les plus sombres de son histoire, l'Espagne préfère jeter la pierre sur d'autres. Lorsqu'elle vivotait avec la bulle immobilière, elle se moquait des Italiens qu'elle « devançait ». En 2011, Merkel leur parlait de leurs « concombres », et voilà que toute la véhémence du petit espagnol vexé par les leçons sur la crise économique se déversait sur l'Allemagne. Et aujourd'hui, ce sont les Français qui nous envient, car même dans leurs rêves ils n'arrivent pas à gagner les compétitions sportives dont les Espagnols sont les maîtres incontestés.

L'Espagne va droit dans le mur si elle prétend tourner le dos à ses propres problèmes, en cherchant des têtes de turc hors de ses frontières. Ses arguments sont faibles : la France a mis en examen le mari de Jeannie Longo, la cycliste française, pour un supposé trafic d'EPO, ce qui prouve que le pays traite de la même façon les sportifs, qu'ils soient français ou non. De plus, l'Espagne compte de retentissants cas de dopage en matière de sport, et le propre gouvernement de Mariano Rajoy envisage une révision de la législation à ce sujet, afin d'améliorer les contrôles. Enfin, les Espagnols doivent se souvenir que lorsqu'ils se sont regardés dans le miroir de l'Europe - aussi bien sur le plan politique, culturel, social, scolaire ou encore commercial - ils ont toujours progressé dans ces domaines. Si le miroir ne leur renvoie pas l'image de Blanche Neige, ils devraient arrêter de perdre leur temps à s'empoisonner avec des pommes pourries.

Photo : (cc) jesuscm/flickr; Vidéo : (cc) youtube