Donjons et "Draghions": le sommet UE nomme le nouveau président de la Banque centrale européenne

Article publié le 24 juin 2011
Article publié le 24 juin 2011
par Joan Manuel Lanfranco Pari. Traduit par Charline Cauchie Les sommets du Conseil européen sont comme les donjons du processus de décision de l'UE.
Mis à part la violence physique, on peut faire un certain parallélisme : d’importantes mesures de sécurité, des discussions derrière des portes closes et certains dirigeants "punis" pour leurs mauvaises performances socio-économiques contraires au « plan ». Le verbatim de ces discussions est rarement publié. Pour satisfaire sa curiosité concernant le contenu des débats, une solution possible est de devenir chef d'État ou de gouvernement d’un état membre. Contrairement à un donjon sombre et humide, les conférences de presse postérieures aux sommets sont pleines de déclarations polies et consensuelles: « après un dialogue constructif, les dirigeants européens ont convenu lors de ...», et d’autres expressions similaires préparées avec soin.

Très discrète dans l'ordre du jour du Sommet, derrière les grands dossiers comme la situation économique en Grèce, l'immigration et les frontières de l'UE, et même l'adhésion de la Croatie, la nomination du nouveau président de la Banque centrale européenne (BCE) a été officialisée par les dirigeants de l'UE. Ils ont élu le candidat gagnant parmi … En fait, il était le seul candidat. L’italien Mario Draghi, actuel gouverneur de la Banque d'Italie, remplacera le français Jean-Claude Trichet.

Avant le Sommet, le Parlement européen avait donné son approbation à la nomination de M. Draghi comme président de la BCE. Il s'agissait simplement d'une formalité puisque le PE n'a pas vraiment son mot à dire dans cette nomination. Néanmoins, le pouvoir de l’institution s’est accru depuis la dernière modification des traités de l'UE faisant de cette "bénédiction" parlementaire une étape nécessaire, étant donné le rôle du PE dans la formulation et la mise en œuvre des mesures de la gouvernance économique dans l'UE. Le principal obstacle à la nomination de Draghi est venu de l'objection soulevée par la France. Cette dernière soulignait que cette nomination signifierait que deux ressortissants italiens se seront assis sur le siège du Directoire de la BCE (Lorenzo Bini Smaghi en est membre jusqu'en 2013), une exception depuis la création de l'institution. C'est pourquoi encore quelques heures avant le Sommet, il y avait cette appréhension que la France s’oppose à la nomination de M. Draghi.

Mais à la lumière de l'annonce Twitter du Président du Conseil européen Herman Van Rompuy, il semble que les dirigeants de l'UE aient trouvé une solution. Apparemment, M. Bini Smaghi quittera le Directoire de la BCE avant la fin 2011, éventuellement en échange du poste actuel de M. Draghi à la Banque d'Italie. Mais d'autres candidats sont plus susceptibles d'obtenir ce poste. La nomination de M. Draghi va donc entraîner une certaine agitation dans la politique interne italienne.

En temps de crise socio-économique au sein de l'UE, et en particulier en Grèce, en Irlande, au Portugal et en Espagne, M. Draghi sera l'Euro-dragon missionné pour contrôler l'inflation, garantir la survie de la zone euro et réenclencher la croissance et l’emploi. Plusieurs sources estiment qu'il entreprendra son travail dans la lignée de M. Trichet. Enfin, précisons qu’il y a d’ores et déjà un consensus : la poursuite et la prévisibilité de la politique monétaire de l'Euro est nécessaire pour trouver un moyen de sortir de la crise économique.