Djibouti ou l’indéboulonnable Ismaël Omar Guelleh

Article publié le 14 avril 2016
Article publié le 14 avril 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’élection présidentielle du 8 avril 2016 a été sans surprise. Le président Ismaël Omar Guelleh a été réélu triomphalement avec 86,68 % des suffrages. A la tête de Djibouti depuis 1999, il dispose depuis de nombreuses années de tous les leviers du pouvoir faisant des scrutins une parodie de démocratie à laquelle la plus grande partie de l’opposition ne se prête même plus. Djibouti est sous la férule d’un clan et aucune force intérieure ne semble pouvoir arrêter la course d’un régime de plus en plus répressif.

A en croire les résultats de l’élection de vendredi dernier, Ismaël Omar Guelleh (dit IOG) est l’un des hommes politiques les plus aimés au monde. Le score impressionnant de 86,68 % des suffrages au premier tour de la présidentielle atteste d’un amour entre ce dirigeant et son peuple depuis dix-sept ans. Mais quelle est la recette d’un tel succès ? Les autres dirigeants peuvent-ils trouver dans ce pays méconnu la formule qui leur permettrait d’enchaîner les victoires électorales ? La réponse est non, sauf si l’idée de devenir un dictateur fait partie de leur champ des possibles. Car IOG n’a rien d’un démocrate. Sa répression féroce de l’opposition et les libertés prises avec la Constitution ont mis fin à la très courte histoire démocratique du pays post-indépendance.

Silence de la société internationale

Ancienne métropole, la France est étrangement muette depuis des années, malgré des violations évidentes des droits de l’Homme. Alors qu’un semblant de campagne se tenait en décembre 2015, des opposants réunis pacifiquement dans la banlieue de la capitale ont été molestés par les forces de l’ordre. Une descente visant à semer la terreur puisqu’une réunion paisible s’est transformée en tuerie ayant fait une trentaine de morts (neuf selon les autorités). Depuis, rien n’a été fait par la justice pour trouver et juger les coupables de ce crime. Et au lieu de se souder dans l’adversité, l’opposition reste dramatiquement divisée. Les coalitions ne tiennent pas et les ambitions personnelles prennent trop souvent le pas sur l’intérêt collectif. Ainsi, deux candidats de l’opposition se sont présentés vendredi dernier alors qu’un appel au boycott avait été lancé.

Toutes les clés sont entre les mains de IOG. Même les ennuis qui pourraient venir de l’étranger ne sont pas en mesure de mettre à mal un président assez fort pour continuer à faire la pluie et le beau temps dans la Corne de l’Afrique. Ni la dénonciation des viols qui a fait l’objet d’un article effrayant dans RFI, ni l’assassinat du magistrat français Bernard Borrel à Djibouti au moment où son travail gênait le pouvoir. Depuis 1995, un faisceau d’indices sérieux et les accusations de Mohamed Aloumekhani mettant en cause le président Guelleh ne suffisent pas. La France ne tient pas à indisposer son ancienne colonie. Seule la présence d’une base militaire française peut expliquer une attitude aussi éloignée des principes et idéaux que les gouvernements français prétendent défendre.

La lecture militaire est d’autant plus pertinente que IOG prend soin de s’attirer les faveurs de toutes les grandes puissances. Les Etats-Unis et le Japon possèdent aussi leur base dans le pays ; la Chine et la Russie s’apprêtent à mettre le pied sur un territoire  situé à un bras de mer de la péninsule arabique, en plein cœur d’une région dont l’instabilité profite à la piraterie en mer et au terrorisme. La stratégie est simple pour le président Guelleh : se rendre indispensable auprès des grandes puissances militaires et mater une population qui vit dans la pauvreté. Ce jeu cruel, mais efficace, ne pourra prendre fin qu’avec un infléchissement des partenaires étrangers de Djibouti. L’opposition interne est trop divisée et mise sous pression pour mettre en marche un mouvement assez fort pour se faire entendre.