Dirigeants européens : un pas en avant dans la lutte contre le terrorisme en ligne

Article publié le 27 juin 2017
Article publié le 27 juin 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Lors de leur rencontre au Conseil Européen de Bruxelles hier, les chefs d'Etats et de gouvernements européens ont trouvé un accord sur la possibilité d'une législation commune contre la diffusion en ligne de contenus à caractère haineux. L'initiative avait été amenée à plusieurs reprises par la France et le Royaume-Uni qui ont déjà préparé un plan d'action lors d'une rencontre la semaine dernière.

Une législation ferme face à la propagande de l'EI

"Je suis ravi de me trouver ici pour participer à mon premier Conseil Européen" a déclaré le Président français Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse. Il a en effet des raisons d'être satisfait : l'éventualité d'une d'une législation commune contre le contenu internet à caractère haineux est une étape significative vers l'élaboration d'un système européen contre la propagande terroriste en ligne. Jusqu'à maintenant, l'UE a combattu les comportements d'incitation à la violence ou à la haine grâce à un Code de Conduite sans engagement signé par les géants du web (Facebook, Twiter, Youtube, Microsoft). L'année dernière, les trois plus grandes compagnies informatiques ont reconnues leur responsabilité dans ce domaine et se sont engagées à traiter plus rapidement et avec plus de rigueur les signalements. Ce premier pas a été fait après les critiques auxquelles les compagnies ont du faire face au sujet de certaines pratiques incohérentes : alors que le vidéos de décapitations mises en ligne par l'EI sont restée accessibles plusieurs jours, voire non effacées, les images de nudité même partielle sont rapidement supprimées.

Malgré leur engagement en 2016 à être plus efficaces dans la lutte contre l'incitation à la violence et la pédopornographie, les trois géants du net ont continué à être la cible de critiques au sujet de leur contenu. Le mois dernier, les directives internes à l'intention des modérateurs (sous payés et exploités) de Facebook ont fuitées et été publiées par le Guardian. Ces documents ont révélés que Facebook leur a demandé de ne supprimer du contenu négationniste relatif à l'Holocaust seulement si celui ci pouvait être un motif d'attaque en justice de la compagnie. Dans les pays où le négationnisme est interdit par la loi mais rarement l'objet de poursuites judiciaires, les modérateurs ont ordre de ne pas supprimer le contenu. Il est aussi demandé aux modérateurs de retirer le contenu avec de la pédopornographie mais de laisser celui sans abus sexuel.

Surveillance en ligne et contrôle des frontières Schengen : un pas en avant

Après les récentes attaques terroristes au RU, le Président Macron et la Première Ministre May se sont entendus pour présenter leur plan d'action au Conseil Européen cette semaine. Et cela a fonctionné : les gouvernants européens ont décidé de légiférer afin d'augmenter l'accès des autorités en matière de surveillance en ligne, en particulier sur les communications cryptées. "Tout doit être fait pour garantir les droits à la vie privée des utilisateurs" dans les futures règles de l'UE, a prévenue Angela Merkel. Lors d'une réunion où la France et l'Allemagne semblaient être d'accord sur tout, Macron a suggéré que le contenu personnel soit écouté et qu'une loi renforçant l'accès des autorités aux données cryptés soit passée afin de trouver le juste milieu entre vie privée et sécurité.

Un autre grand pas en avant effectué hier en matière de lutte contre le terrorisme a été l'accord de renforcement des contrôles aux frontières de l'espace Schengen. A cet égard, Emmanuel Macron a rappellé à deux reprises qu'il avait défendu l'honnêteté de l'espace Schengen tout au long de sa campagne présidentielle, contrairement à certains de ses concurrents qui étaient en faveur d'un retour aux frontières nationales. Dans l'intérêt de l'UE, c'est en effet une bonne nouvelle de voir les gouvernants européens prendre la défense de l'espace Schengen. De toute façon, la plupart des terroristes sont nés et ont grandi dans les pays membres, comme certaines organisations l'ont montré, et il n'y a donc pas de lien entre le contrôle des frontières et le terrorisme.

Dans tous les cas, ce Conseil Européen a été efficace, et pas seulement en matière de lutte contre le terrorisme. Il semble que le tandem franco-allemand soit de retour, bien qu'il n'y ait pas eu de grande avancé sur le plan des migrations.