Œdipe - Pur et coupable jusqu'à la fin

Article publié le 2 novembre 2011
Article publié le 2 novembre 2011
Par Lisa Kittel Photo: Bernd Uhlig Un petit rire franc a éclaté dans le public. À la pause, un homme d’un âge avancé s’est incliné vers une jeune femme blonde : « Est-ce que vous pourriez rire un peu plus discrètement ?». Le spectacle d’Œdipe peut avoir sans doute plusieurs réceptions. L’opéra conceptualisé en français par Alex Ollé est encore représentée cette semaine à la Monnaie.
Cette pièce parvient à remplir le spectateur de compassion pour le destin d’Œdipe. Cet homme, qui est « déjà coupable avant d’avoir vécu » à cause d’une prophétie, essaie de battre la prédiction selon laquelle il va tuer son père et épouser sa mère. Œdipe, incarné par Andrew Schroeder, se montre courageux dans son désespoir. Il sera quand même abandonné des Thébains qu’il a sauvés de la Sphinge. Il ne peut pas fuir son destin.

La scénographie est assez détaillée disons réaliste et joue pourtant avec l’illusion du genre spectaculaire. Pas mal de fois, on montre l’échafaudage. La lumière nous plonge soit parfaitement dans le monde représenté sur scène soit nous jette dehors en révélant le jeu avec le décor. La maison du roi de Thèbes nous amène dans un ancien monde plein de festivité avec des gens en vêtement de toiles et portant des bougies. Grâce au jeu de lumières, des atmosphères et images très différentes se créent. Aussi le chœur occupait une place cruciale pour soutenir l’humeur suggérée ce qui permettait d’augmenter la tension, de jouer avec la distance ou bien d’annoncer quelque chose.

Revenons au petit sourire. Il s’est échappé dans des moments dramatiques augmentant qui parfois prenaient une fin brusque. Tout d’un coup, après que la scénographie nous ait amené aux anciens mondes, apparaissaient des éléments modernes sur la scène : un avion – la Sphinge est une espèce de rockeur avec une hélice tournant périlleusement – , une voiture qui est conduite sur la scène par le roi Laïos et qui éblouit le public avec ses phares. Ces éléments modernes venaient brusquement et posaient la question ‘Pourquoi ce choix ?’ dans la tête du public – ou bien laissaient sortir un rire amusé. On regrette néanmoins que ce choix d’actions un peu floues fasse oublier que la bagarre sur la scène est déjà l’assassinat du roi, du père d’Œdipe.

Le chant, qui s’est démarqué le plus cette soirée, est celui de Marie Nicole Lemieux en tant que Sphinge. L’interprète a varié avec une voix très claire de haut en bas, de fort à douce, donnant à la Sphinge, riant et également pleurant, folie et puissance. Les autres chants étaient d’une bonne qualité mais n’ont pas surpris beaucoup.

Quant à la musique sous la direction de Leo Hussein, elle était belle en générale. Composée principalement d’instruments à cordes, on trouvait aussi des instruments à vent donnant de la vie à la performance et renforçant les émotions évoquées. Par exemple, c’est une petite flute qui rend Œdipe un peu de paix prénatale juste avant sa mort. Au niveau visuel, c’est une cascade de l’eau qui équilibre Œdipe dans ces passions vécues. L’eau sur la scène nous a rappelé « Les Femmes » de Wajdi Mouawad qui avait combiné trois mythes grecs autour des femmes cette année au festival d’Avignon. L’eau, c’est l’apaisement de la douleur et la purification en même temps. Ainsi, nous pouvions voir que justice a été rendue à Œdipe. Son âme a été déclarée pure puisqu’il ne savait rien des maux qu’il causait. Ainsi l’eau apaise aussi la tension présente dans le public qui a souffert avec Œdipe jusqu’à la fin.