Digital : ces petites nouveautés qui changent nos vies

Article publié le 12 février 2015
Article publié le 12 février 2015

Des petits groupes de développeurs se sont retrouvés au centre de la révolution digitale en mettant au point des solutions technologiques que la plupart d’entre nous pensaient être inutiles avant que nous ne les utilisions.

Ce ne sont pas des Big Bang qui sont à l'origine des plus grands changements dans nos vies, mais plutôt des réinterprétations minimes d’anciennes inventions. Les bonnes idées n'ont pas nécessairement un impact impressionant : elles s'immiscent ni vu ni connu dans notre quotidien. 

Ces innovations peuvent être si modestes et logiques qu’il est difficile de comprendre comment nous vivions sans. Un moteur de recherche par exemple, un algorithme qui facilite la recherche de contenu sur Internet, est une idée tellement simple, mais avant qu’il ne fut inventé personne réalisait que cela manquait. Depuis que ça existe, la vie sans est inutile, inefficace et ennuyeuse. 

Aujourd'hui, les exemples de réinterprétations modestes des connexions entre le monde digital et le monde analogue sont partout : Uber, une application de taxi, est disponible dans 229 villes de 46 pays au total. Plus d’un million de personnes ont trouvé une chambre confortable via Airbnb (une application qui met en relation ceux qui cherchent un logement avec ceux qui en mettent un à disposition) rien que le mois dernier [1]. Nest, une entreprise qui conçoit de thermostats intelligents, entend frapper fort avec un thermostat qui enregistre vos comportements de chauffage pour ensuite vous aider à faire des économies d’énergie, et d’argent. De telles initiatives fleurissent aux quatre coins du monde. Et on prédit que d’ici à 2020, plus de 25 milliards d’appareils pourraient être connectés à Internet [2].

Toutes ces inventions ont en commun d’avoir été mises au point par des petites équipes. À l’origine de ces idées qui conduisent à des changements révolutionnaires pour la société on trouve un petit groupe de bosseurs plutôt qu’un grand groupe.

La « société en réseau »

C’est un argument incisif pour notre entrée dans ce que le sociologue Manuel Castells appelle « la société en réseau », c'est-à-dire une société essentiellement organisée autour d'une combinaison entre les réseaux sociaux et médiatiques  [3]. En d’autres termes, un petit groupe d’entrepreneurs à l’esprit vif a la capacité et la motivation de créer un nouvel écosystème qui va transformer l’état actuel des choses. 

De petits réseaux dynamiques continueront d’apporter innovations et progrès dans des domaines où cela ne semble même pas possible. Pour emprunter les mots de Larry Page, cofondateur et PDG de Google, ils vont poursuivre « l’élimination de l’inefficacité au moyen de la technologie » jusqu’à sa « disparition logique » [4]. C’est passionnant aussi bien pour les consommateurs que pour les techniciens. 

Cependant, l’optimisme que la révolution technologique génère chez certains est proportionnel à la peur qu’elle éveille chez d’autres. Aujourd’hui, la moitié des entreprises qui figuraient sur la liste des 500 plus grandes fortunes de 1999 n’y sont plus. Les modèles économiques qui étaient autrefois à la pointe ne semblent pas viables ou adaptables sur le long terme. Selon une étude du MIT, 50 % des emplois actuels seront automatisés dans un futur proche. [5]  Il est difficile de prédire quels seront les secteurs touchés.

Les avancées technologiques continuent d’ébranler des domaines qui n’avaient, jusqu’à présent, pas été touchés par des acteurs privés. C’est le cas, par exemple, du secteur public. Facebook a actuellement 1,3 milliard d’utilisateurs actifs, c'est-à-dire plus que la population chinoise [6].

Efficacité et bureaucratie ? 

La fusion du monde analogue et digital répond à des règles de gouverance qui se ressemblent de plus en plus. En interne, Facebook a recréé une bureaucratie de gouvernement à laquelle viennent s'ajouter des régulateurs et des gardiens de l’ordre. Mais ce système bureaucratique est optimisé pour mettre en place d’autres valeurs que celles des gouvernements traditionnels. 

Dans le monde digital de Facebook — un pays de plus d’un milliard d’habitants gouverné par quelques centaines de bureaucrates — la loi technocrate du développeur est au-dessus de toutes les autres. La recherche de réponses technocrates efficaces au sens de Pareto fait penser aux  moyens mis en œuvre par la Commission européenne pour proposer des régulations aux pays membres [7].

La révolution technologique n’en est qu’à ses balbutiements. De petits réajustements entre le mode digital et le monde analogue auront des conséquences primordiales sur nos vies. La question de savoir si des compagnies privées comme Google ou Facebook seront capables à l’avenir de remplir des fonctions qui reviennent actuellement aux gouvernements sera l’une des questions déterminantes de la décennie à venir. 

L’Internet des choses, la citoyenneté digitale et les applications de contrôle de la concurrence — imaginées et conçues par d’orgueilleuses petites équipes — ne sont que quelques-unes des avancées récentes qui viennent occuper les vides laissés par les avancées technologiques. L'innovation ne va pas cesser, mais à chaque fois qu'un vide sera rempli alors de nouvelles possibilités d’automatiser naîtront inévitablement.

Notes

[1] The Economist, Mammon's Manichean Turn, 04/2015 p. 54

[2] Ibid

[3] Castells, Manuel, La société en réseaux, Fayard, 2001.

[4] Financial Times, FT interview with Google co-founder and CEO Larry Page, 31.09.2014

[5] Brynjolfsson, Erik, and Andrew McAfee,The Second Machine Age: Work, Progress, and Prosperity in a Time of Brilliant Technologies, W. W. Norton & Company, 2014

[6] The Atlantic, The Perfect Technocracy: Facebook's Attempt to Create Good Government for 900 Million People, 06.06.2012

[7] Radaelli, Claudio M, and Fabrizio De Francesco,Regulatory Quality in Europe, Manchester University Press, 2007 (l'optimum de Pareto est un état de redistribution des ressources dans lequel il est impossible d'améliorer la situation  d'un individu sans détériorer la situation d'au moins un autre individu)