Die Sterne : l'école de Hambourg a survécu !

Article publié le 6 avril 2011
Article publié le 6 avril 2011
La jeune génération allemande connaît par cœur les titres de ce groupe de rock indépendant fondé en 1992, comme « Was hat dich bloss so ruiniert ? ». Entre les derniers réglages et la pause-déjeuner, le leader de Die Sterne Frank Spilker et le bassiste Thomas Wenzel parlent de Hambourg et du mélange de styles de leur dernier album, 24/7, sur un canapé poussiéreux de La Bellevilloise à Paris.

cafebabel.com : Changement radical de paradigme : l’an dernier c’était Annett Louisan l'ambassadrice de la culture allemande à Paris. En 2011, c'estDie Sterne. Vous vous sentez bien dans ce rôle ?

Frank Spilker : C’est toujours un peu difficile à exprimer. Chaque Allemand représente son pays à l’étranger. L’important c’est de représenter la diversité, et non de dire : « C’est ça, la culture allemande. » Il n’y a pas un représentant, mais des pièces de puzzle qui constituent la réalité de la République fédérale. Nous ne nous sentons pas traîtres à la culture allemande. Les gens viennent à un concert pour voir le groupe et découvrir quelque chose qu’il n’y a pas à découvrir dans leur culture d’origine.

cafebabel.com : À vos débuts vous avez fait des reprises de Gainsbourg à Hambourg... Vous avez une passion secrète pour la France ?

Frank Spilker : On a une amie à Hambourg qui vient de Lyon. Grâce à elle on a découvert les aspects de Serge qui ne sont pas connus en Allemagne. Chez nous on ne connaît que « Je t’aime... moi non plus » En fait il venait vraiment de la chanson à texte, mais il a rompu avec. En gros, il a dit « Le sérieux ça suffit, maintenant je fais de la pop-chewin-gum », même s’il a beaucoup critiqué la musique pop. C’est normal qu’il soit un héros national, c’est un son qui a influencé Beck : voilà de l’art véritable, voilà la culture mondiale ! Sinon j’aime bien aussi citer Friedrich Hollaender, plutôt pour le côté jazz. Dans les années 20 la culture était beaucoup moins nationaliste. Il y avait une scène de jazz internationale, et aussi une scène pour la chanson à textes à Berlin, comme à Paris. C'était normal. On va peut-être y revenir.

cafebabel.com : Et puis, même si vous ne pouvez plus l’entendre, l’inévitable question de l’école de Hambourg : expliquez en quelques mots à un jeune Européen ce que c’est, ce que c’était.

Frank Spilker : Dans les années 90 c’était la mode de définir les tendances artistiques par lieu. Au milieu des années 80, Boston était en vogue, puis en 1993 Seattle. Par un phénomène du même ordre Hambourg est apparu dans les média allemands – la ville des groupes les plus cool. Il y a cet endroit incroyable, Reeperbahn, où les Beatles ont commencé. Ça a créé un mythe qui se vendait bien. En effet il y avait au début des années 90 une scène florissante à Hambourg. Les groupes connus à l’époque étaient Blumfeld, Tocotronic et Die Sterne. En un mot : Hambourg était hype. Aujourd’hui l’école de Hambourg a trouvé une place dans l’histoire de la musique.

Thomas Wenzel : Maintenant ça s’est en quelque sorte délocalisé. Il y a encore de bons groupes qui viennent de Hambourg. Mais Berlin est devenue bien plus intéressante. Des groupes comme Jamey Lidell, Peaches ou les Autrichiens de Ja, Panik sont partis s’installer à Berlin. Il y a dix ans ils seraient probablement venus à Hambourg. Berlin exerce une sorte de force d’attraction sur la culture internationale.

Frank Spilker : Même si c'est un peu fini, ça aussi. Il y avait ce son electro-hype de Berlin. Beaucoup de sortes de hype en fait, en adéquation avec la ville même. Mais malgré tout Berlin reste un bon tremplin pour les artistes et c’est l’une des villes les moins chères du monde. Si des gens de Toronto viennent à Berlin, c’est aussi pour des raisons pratiques : on peut y vivre en tant que musicien. Alors que dans le reste du monde ça devient de plus en plus difficile.

cafebabel.com : Pour le dernier album 24/7 vous avez travaillé avec le DJ et producteur munichois Mathias Modica. Le résultat sonne comme de l’electro, ça vous a coûté le guitariste et éloigné du côté rock indé des débuts. D’où vient ce mélange des styles ?

Thomas Wenzel : Le guitariste n’était pas le premier…

Frank Spilker : Ça n’a pas uniquement à voir avec la question du style, les rythmes de vie aussi finissent parfois par s’éloigner les uns des autres. C’était bien pour Die Sterne de ne pas rester accroché à une seule chose. Quand on retourne encore plus en arrière, on s’inspirait aussi de la new wave new-yorkaise des années 80. Et le label DFA Records, il nous en reste une saveur. En plus il y a la néo-disco, qui vient du domaine électronique, que nous a fait connaître notre nouveau producteur Mathias Modica. On a fait feu de tout bois. Bien sûr, avec une telle attitude, il y a des problèmes. Mais récemment un critique a dit qu’il n’aurait pas écouté le nouvel album s’il n’avait pas entendu dans une discussion « Die Sterne, ils font de la disco maintenant. »

cafebabel.com : Gomma, le label qui produit votre album 24/7, a une vocation internationale. Le marché international est-il devenu plus ouvert à la musique allemande ?

Thomas Wenzel : Non, je ne vois pas pourquoi il le deviendrait. L’étiquette qu’on doit avoir quand on veut faire quelque chose au niveau international, c’est un truc genre Kraftwerk ou Rammstein. Et ils se vendent bien, eux aussi représentent quelque chose d’allemand. Ce qu’on fait, nous, c’est le contraire.

cafebabel.com : Vous êtes passés de « Fickt das System » (1992) à « Tanz den Burnout » [Titre 2010 : Depressionen aus der Hölle] : signe trompeur ou vous êtes devenus un peu plus modérés dans vos textes ?

Frank Spilker : Là-dessus il n’y a pas eu de changement. C’est la théorie bohème classique : on se rebelle quand on est jeune et après on se conforme. Quand on écoute bien « Stadt der Reichen » (« Ville des riches ») ou « Depressionen aus der Hölle »  (« Dépressions sorties de l’enfer »), les textes sont en réalité plus durs que dans Fickt das System, dont les paroles ont une violence qui ne fonctionne plus. Ce qu’on fait aujourd’hui n’est pas moins radical, mais peut-être pas aussi drastique dans le choix des mots. Sur 24/7 on parle des espoirs que plus personne ne peut réaliser de nos jours, d’un idéal qui se propage. Je ne sais pas si c’est un devoir individuel de changer les choses. Mais c’est notre devoir de faire remarquer l’absurdité d’une telle proposition. Malgré tout j’aime bien pouvoir faire mes courses sur Internet à n’importe quelle heure du jour et de la nuit – mais bon, c’est des machines !

Le concert de Die Sterne, organisé par le Goethe-Institut et l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ) avec la collaboration de l’ambassade allemande, du Nouveau Centre d’Information Civique (CIDEM), du Deutscher Akademischer Austauschdienst (DAAD – Centre d’échanges académique allemand) et de la maison Heinrich Heine, a eu lieu dans le cadre de la semaine franco-allemande.