Désormais, nous sommes tous Rroms

Article publié le 30 septembre 2010
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Article publié le 30 septembre 2010
Les citoyens européens Rroms possèdent les mêmes droits que tous les autres citoyens européens et ces droits doivent être défendus. Sinon la notion de citoyenneté européenne perd tout son sens. Ce principe fondamental de la citoyenneté européenne est facilement effacé par les diverses attaques exprimées en réaction aux discours de Viviane Reding à propos des expulsions des Rroms en France.

Le 9 septembre 2010, le Parlement européen a voté une résolution appelant l’arrêt des expulsions collectives par la France.

Le 14 septembre, suite à la fuite sur un document officiel issu des autorités françaises qui ciblait explicitement les camps de Rroms, Viviane Reding (Commissaire européenne à la Justice et aux Droits Fondamentaux) a déclaré que la Commission serait prête à mettre en place des actions légales contre la France pour défendre le droit à la liberté de circulation de tous les citoyens européens, si toute forme de discrimination collective contre les Rroms était prouvée. Depuis cette date, le gouvernement français, avec le soutien d'autres chefs d'Etats européens, a lancé une contre-offensive contre Viviane Reding pour avoir fait référence à la deuxième guerre mondiale dans son communiqué du 14 septembre. Bien que cette référence ait probablement été malvenue, Viviane Reding et le Parlement européen ont eu raison de se manifester pour défendre les droits des citoyens européens.

La considérable méfiance envers les Rroms en Europe ne peut pas être niée, mais les discriminations qu’ils ont subies en Europe depuis des centaines d'années ne peuvent l’être non plus, tout comme le fait que beaucoup d'entre eux vivent dans les pires conditions de pauvreté qui existent sur le continent, avec des niveaux de scolarité et d'alphabétisation bien inferieurs à ceux des autres citoyens européens. Ces faits ne sont en aucun cas une justification possible pour une politique qui cible spécifiquement les Rroms ou pour dénigrer leur droit à la liberté de circulation en Europe. Ce sont plutôt la mise en place de vrais programmes pour les Rroms qui sont essentiels en Europe, appliqué à tous les niveaux de la société. Ces actions et discours émanant de nombre d’Etats européens limitent la possibilité pour un tel programme de fonctionner. C’est pourquoi ils sont d’autant plus répréhensibles et hypocrites.

Ce problème n'est pas exclusivement français. En Italie, des expulsions collectives de Rroms ont aussi eu lieu. Il y a quelques années des groupes de citoyens auto-organisés ont brulé des camps de Rroms après plusieurs discours politiques qui insistaient sur les liens entre les Rroms et la criminalité. En Hongrie le parti politique Jobbik utilise une rhétorique anti Rroms. En Hongrie, en République Tchèque et en Slovaquie, on assiste à de fréquentes attaques et manifestations contre les Rroms. En Allemagne, 12000 Rroms vont être expulsés vers le Kosovo dans les prochaines années. Près de la moitié d’entre eux sont des enfants qui ne parlent ni serbe ni albanais et qui sont venus en Allemagne pour fuir les violences ethniques de 1992. Ce mois-ci, une vingtaine de membres de la communauté rrom ont été arrêtés à Copenhague et expulsés pour avoir commis des vols, sans qu’aucun procès ni condamnation n’aient eu lieu.

C’est pour réagir contre cette situation que le Réseau Européen Contre le Racisme a donné l'alerte contre « la création d'une culture d'impunité pour ceux qui veulent cibler les Rroms ». Si une telle culture s’installe, les discriminations ne peuvent qu’augmenter et les problèmes s'aggraver. Il est donc impératif que les institutions européennes soient prêtes à l'action pour l’éviter.

Pour nous, citoyens européens, qui agissons pour la création d'une culture européenne qui respecte la démocratie et les droits de tous les Européens, c'est le moment d'agir. Plus nous nous enfonçons dans la crise économique, plus les droits des citoyens subiront des pressions. Ce qu'il faut absolument comprendre c'est que défendre les droits des groupes les plus vulnérables est aussi agir pour défendre nos droits communs de citoyens européens.

Alternatives Européennes a lancé une pétition qui soutient la Commission dans son objectif de défense de la citoyenneté européenne. www.euroalter.com

Lorenzo Marsili et Niccolo Milanese (Alternatives Européennes)

Cafebabel.com et Alternatives Européennes vous invitent d'ailleurs au débat, lundi 4 octobre 2010, de 19h00 - 20h30 à la Représentation du Parlement Européen à Paris (288, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris): "Les Rroms sont-ils des citoyens européens comme les autres ?"