Des vieux qui n’en sont plus

Article publié le 6 novembre 2003
Publié par la communauté
Article publié le 6 novembre 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Avant toute spéculation sur le futur, nous devons remettre en question l’image d’assistanat associée à la vieillesse. Nous voyons la fumée qu’est le système de retraite. Mais où est le feu ?

Le vieillissement démographique de l’UE serait le fléau provocant saturation du système de santé, dépérissement de l’Etat providence, manque de main d’œuvre, perte de créativité et même conservatisme politique. On suppose ainsi que les caractéristiques de la vieillesse individuelle sont connues et inaltérables.

On a tendance à assimiler les traits sociaux qui caractérisent la vieillesse, en un lieu et à un moment donnés, aux effets biologiques de la séniorité du corps humain. Et comme si ce n’était pas assez, plein de bonnes intentions, on refuse aux vieux jusqu’à leur nom en utilisant des euphémismes. On les associe à une aide économique indispensable, à l’incapacité quant au travail productif, à la solitude et à l’immobilisme, à la pauvreté et au conservatisme. Le discours d’assistanat et de protection tenu à l’égard des vieux s’est accompagné d’un effet pervers : la condamnation à une vision misérabiliste (« le pauvre grand père ! »)

Le stéréotype de la vieillesse qui s’est ancré dans nos esprits correspond à une génération qui était déjà trop âgée quand le processus d’industrialisation s’est achevé et qui n’a pas su se recycler et se soumettre à la dynamique de marché de la consommation de masse.

Une vision stroboscopique

Les nouvelles technologies ont à présent rendu obsolètes les connaissances des travailleurs âgés. Elles ont accéléré et accélèrent leur retraite. En conséquence, aujourd’hui, on ne peut plus associer retraite et âge avancé. Grâce à l’heuristique, nous pouvons affirmer que dans un futur immédiat, la vieillesse sera moins solitaire ; avec une indépendance domiciliaire et économique, ce seront les vieux qui aideront les jeunes. Ce sera une vieillesse urbaine avec une mobilité spéciale, comme cela se voit dans les pays d’Europe (France, Allemagne), qui ont entamé plus tôt leur processus d’industrialisation. Le sud de l’Europe, principalement, doit éliminer ce concept rétrograde du vieux inutile qui nous amène à penser que nous ne vivons pas plus longtemps, mais que nous tardons plus à mourir. Les vieux ne sont plus des vieux et nous devons le prendre en compte à l’heure des prévisions.

Les communiqués catastrophistes - y compris celui du Comité de la politique économique du Conseil de l’UE en 2001 - basent leurs conclusions sur une baisse de la natalité impossible à enrayer et sur une faible croissance économique. Qui plus est sans prendre en compte le concept moderne de vieillesse.

C’est une erreur de s’obstiner à tenter de réformer le système de retraites, pour obtenir un soulagement symptomatique, sans s’attaquer au cœur du mal – le déclin démographique, le chômage par paresse. Mais cette erreur cache – peut-être - des intérêts biaisés. L’auteur uruguayen Mario Benedetti écrivait dans son livre La Trève : « Il me manque seulement six mois et vingt-huit jours pour prendre ma retraite. En réalité, ai-je tant envie que ça de temps libre ?Je me dis que non, que ce n’est pas de temps dont j’ai envie sinon du droit de travailler à quelque chose que j’aime. ». Il évoque ici la relation entre retraite et qualité des conditions de travail. Voyons donc cet imbroglio d’une manière globale et stroboscopique, sachant que le système privé de retraite n’est pas la panacée universelle.

Le système par répartition n’est pas une panacée

Nous trouverons la solution à moyen - long terme : en agissant sur le coût excessif de la vie, en incitant les jeunes à former de nouvelles cellules familiales, en insérant la femme dans le monde du travail rémunéré dans les pays du sud de l’UE, en créant des emplois de qualité et à temps partiel - revenus complémentaires et non charbons ardents sur lesquels il faudrait se maintenir. Tout cela en s’appuyant sur le tuteur d’une politique d’immigration adéquate.

L’effort à réaliser dans les prochaines cinquante années sera supportable si nous prenons en compte une base de richesse nettement supérieure à celle d’il y a quelques années. Ce qui peut-être réalisé grâce au recours à l’immigration, jusqu’en 2030, comme le demande la Commission européenne jusqu’en 2030, et sur la base de la croissance « naturelle » du Produit intérieur Brut (PIB) de l’UE. La solvabilité du système public de retraites est garantie si certaines conditions sont remplies (en Espagne par exemple, il suffirait d’une croissance annuelle du PIB de 2,5% selon une récente étude du syndicat des commissions ouvrières).

En raison de l’évolution du concept de vieillesse, nous devons éviter que l’arbre de l’idéologie ne nous empêche de voir la forêt de la connaissance. Affirmer que les systèmes publics de retraites basés sur les principes de répartition et de prestation définie sont plus équitables que les systèmes de capitalisation et de contribution définie n’est pas un axiome. Dans un système par répartition, le gouvernement impose les travailleurs actifs pour payer les retraites des travailleurs à la retraite, rompant de cette façon le dualisme effort-récompense. Le système privé de capitalisation individuelle a bien fonctionné dans les pays d’Amérique latine comme le Chili, en établissant un lien logique entre l’effort individuel et les bénéfices, mais la faiblesse devant l’inflation de ce genre de systèmes de prévoyance est préoccupante.

Sans avoir peur du public

Il est évident que les fonds de retraite privés représentent une affaire très rentable pour les entités financières. Ces entreprises ont aussi eu beaucoup d’influence quand il s’est agi de créer des courants d’opinion annonçant l’apocalypse si la situation actuelle devait perdurer. Malgré tout, pour consolider le système public de retraites, il faut mettre en place un système privé de capitalisation à caractère volontaire, auquel on souscrirait pour d’autres motifs que la peur de l’effondrement du secteur public.

De cette façon, un système de retraite complémentaire semble être une bonne alternative à ce qui serait réellement la solution la plus facile : que l’Etat rende à la famille son rôle traditionnel de prise en charge des plus vieux. Par magie, les charges budgétaires dédiées à la protection de la vieillesse s’évanouiraient, diminuant d’autant la pression fiscale exercée sur les jeunes ; ceux-ci disposeraient des ressources nécessaires pour former de nouveaux foyers, et la natalité pourrait augmenter, inversant la tendance au vieillissement. Cependant, cette recette magistrale de grand-mère ne semble pas adaptée au concept actuel, dilué, de famille. Grand-père est sans doute plus à sa place en maison de retraite.