Des tortures au mariage religieux : les droits LGBTQI dans le monde

Article publié le 15 mai 2017
Article publié le 15 mai 2017

Le thème de la Belgian Pride de cette année est « crossing borders ». A cette occasion, tour d’horizon de la situation en 2017 des droits LGBTQI dans le monde, des pays les plus discriminants voire barbares aux plus grands exemples de tolérance.

Si les pays ayant des législations homophobes sont nombreux, quelques-uns se démarquent par leur activisme discriminatoire et parfois même leur violence, allant pour certains jusqu'à la barbaie. Direction la Tchétchénie, l'Ouganda et la Tanzanie

Tchétchénie et Russie pour l’ensemble de leur œuvre

La palme de l’horreur revient cette année à la Tchétchénie qui a mis en place un plan de persécution des personnes homosexuelles, ou considérées comme telles. La Russie, déjà en pointe pour la discrimination et l’homophobie, a atteint en 2017 un stade rarement égalé. Des camps de concentration ont été créés dans la république autonome pour torturer les personnes à l'«orientation sexuelle non traditionnelle», qui sont même parfois battues à mort. Le cynisme atteint son comble lorsque le président tchétchène Ramzan Kadyrov, soutenu par Vladimir Poutine, non seulement rejette les accusations, mais va jusqu’à expliquer  que « vous ne pouvez pas arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la République. L’homosexualité n’existe pas ici ». CQFD.

Pourtant, les témoignages de personnes ayant fui la Tchétchénie après avoir subi les tortures les plus abominables se multiplient, et les rapports accablants d'ONG s'accumulent. La perversité du régime tchétchène va jusqu’à proposer aux familles d’éxécuter eux même leurs membres accusés d’être homosexuels. « Soit vous le faîtes, soit on s'en charge. Ils appellent ça laver l'honneur par le sang », expliquent plusieurs rescapés. Face à cette situation, les réactions internationales restent à l'heure actuelle pour le moins timides. 

Objectif et deadline à respecter pour cette entreprise : exterminer les homosexuels pour le Ramadan (le 26 mai prochain).

Mise à jour : Le 16 mai pourtant, les choses ont semblé avancer. Le même jour, le Parlement européen a débattu ce sujet en session plenière, le gouvernement français a annoncé être « prêt à examiner les demandes de visa à caractère humanitaire » des personnes victimes de persécution en Tchétchénie, tandis que trois associations LGBT  française ont porté plainte devant la Cours pénale internationale pour génocide.

Tanzanie : une traque d'Etat

En Tanzanie, l'homophobie d'Etat prend le visage d'une chasse aux sorcières. Objectif  : éliminer tout ce qui fait « la promotion de l'homosexualité ».  La ministre de la santé, Ummy Mwalimu, a ainsi suspendu les importations de lubrifiant sur le sol tanzanien au motif que cela « encouragerait les pratiques homosexuelles » et ainsi la propagation du VIH. Au delà du caractère absurde de cette mesure, les conséquences en termes de santé publique peuvent être désastreuses : l'utilisation combinée du préservatif et du lubrifiant permet une plus grande protection des IST. Toujours suivant cette rhétorique, Ummy Mwalimu a également fait fermer une quarantaine de centres privés de lutte et de prévention contre le Sida. Raison invoquée par la ministre : « ces centres assuraient la promotion de l’homosexualité, ce qui est contraire aux lois de la Tanzanie ». 

Depuis février 2017, la traque des « syndicats de l’homosexualité » a pris un tour nouveau : la publication de listes de noms de personnes homosexuelles soupçonnées de vendre leur corps sur internet. « Ceux qui pensent que cette campagne est une plaisanterie se trompent » affirme Hamisi Kigwangalla, le ministre adjoint de la Santé. En 2016, le commissaire régional de Dar es Salaam avait mené des séries d'arrestations de personnes homosexuelles dans les bars et clubs de la ville, allant parfois jusqu'aux examens anaux forcés. 

Appels au lynchage en Ouganda

L’Ouganda se distingue régulièrement pour ses mesures violentes à l’encontre de la communauté LGBTQI. En 2013, est proposée la loi « Kill the Gays » qui visait à condamner à mort l’homosexualité et à inciter les gens à dénoncer les personnes soupçonnées d’être homosexuelles. Le texte sera finalement retoqué pour vice de forme, et l’homosexualité est désormais puni d’une peine de prison allant jusqu’à la perpétuité. La même année, un tabloïd local appelait la population à la violence envers les gays en diffusant des théories de complot gay. Le journal va plus loin, et publie même des photos, noms et adresses de personnes supposées homosexuelles avec le titre «Pendez-les, ils en veulent à nos enfants». En février 2014, ce sont plus de 200 portraits de personnes accusées d'homosexualité qui ont été publiés. 

Plus récemment, en 2016, la Gay Pride a du être annulée face aux violences et aux menaces du gouvernement. Message du ministre ougandais de l’Ethique : « Arrêtez ça, parce que ces activités sont inacceptables ». Quelques semaines plus tôt avait eu lieu une descente de police à l’élection de Mister et Miss Pride, où la salle a été prise d’assaut et les participants frappés. En novembre 2016, un homme révélait avoir été victime de tortures perpétrées par la police. Réveillés dans la nuit, lui et son compagnon à côté duquel il dormait, ont été traînés dans la rue pour être battus. L'homme a ensuite été emmené dans une clinique pour y subir un examen anal forcé visant à prouver son homosexualité.  Sans surprise, l'Ouganda occupe la dernière place au classement du Gay Happines Index qui évalue dans chaque pays la qualité de vie des personnes gays.

Certains pays se démarquent par leur progressisme sur les questions de droits et d'acceptation des communautés LGBTQI. Si des discriminations persistent dans tous les pays, même les plus tolérants, l'Argentine, l'Islande et la Suède font figure d'exemples sur certains points.

Argentine, pionière du genre

L’Argentine a été la figure de pointe sur les droits des transsexuel.le.s. En 2012, elle est le premier pays du monde à permettre à toute personne majeure de demander un changement de genre à son état civil sans aucune autorisation juridique ou médicale préalable. Les mineurs ne sont pas oubliés puisque la démarche leur est permise avec une autorisation parentale ou celle d’un juge. L’initiative argentine a donné l’exemple à d’autres pays (Malte, Colombie, Danemark, Irlande) qui ont simplifié les mesures concernant la reconnaissance légale du genre. Dans de nombreux pays, le changement de genre reste toujours conditionné à de nombreux critères (examen psychologique et médical, passage devant un juge, stérilisation forcée.)

Islande, le pays idéal ?

L’Islande est aussi un pays faisant figure d’exemple dans le monde. Il est celui où les personnes gay affirment se sentir les plus heureuses et les moins discriminées, selon le Gay Happiness Index. Cet indicateur, réalisé par le site de rencontres GayRoméo, ne prend en compte que les hommes gays, et ne permet pas d'évaluer la situation pour les autres catégories de la communauté LGBTQI, mais il reste le seul indicateur du ressenti des minorités sexuelles et de genre. De manière générale, les pays nordiques se distinguent par leur environnement de tolérance. La Norvège, le Danemark et la Suède occupent la suite du classement derrière l'Islande. La Belgique occupe, elle, la 17ème place.

 En 2009, l’Islande était également le premier pays a avoir élu un dirigeant ouvertement homosexuel : Johanna Sigurdadottir.

Suède, une Eglise gay-friendly

En 2009, la Suède adopte une loi légalisant le mariage à la fois civil et religieux entre couples de même sexe. Si quelques Eglises protestantes dans le monde le permettaient déjà, la Suède est le premier pays à voir son Eglise majoritaire, l'Eglise protestante luthérienne suédoise, franchir le pas. Les prêtres peuvent refuser à titre individuel de célébrer une union. Cependant, la loi interdit à l'Eglise de refuser un mariage, et elle a l'obligation de trouver un prêtre pour célébrer la cérémonie. L'exemple suédois a été suivi par le Danemark en 2012, puis par la Norvège en 2017. 

Une bataille pour l'égalité toujours à mener

Si, dans certains pays, les avancées sont grandes, ces Etats font figure d’exceptions, et restent des exemples rares de tolérance. Nombreux sont les pays à discriminer ouvertement les personnes LGBTQI. L’homosexualité reste pénalisée dans 72 pays dans le monde, et est même passible de peine de mort dans 8. Si les choses avancent dans de nombreux pays, notamment occidentaux, la discrimination reste présente dans les sociétés, mais aussi parfois dans les lois. C’est pour ces raisons que la lutte pour la tolérance, la liberté de chacun et contre la discrimination, reste importante. Les Pride, qui ont lieu dans de nombreuses villes, sur tous les continents sont un moyen pour les communautés LGBTQI de se manifester, d’alerter sur les discriminations et d’appeler à l’égalité.

A Bruxelles, rendez-vous le samedi 20 mai pour la Pride et d'ici là, au Pride Festival Plus d'infos