Des soldats qui ne bougent pas d'une semelle

Article publié le 12 octobre 2006
Article publié le 12 octobre 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les troupes européennes détachées dans le pays risquent d’attendre longtemps avant de rentrer au pays.

Le 28 septembre dernier, le Parlement allemand a décidé de prolonger d’une année le mandat des troupes allemandes en Afghanistan, censé expirer à la mi-octobre. Une telle décision venant d’un pays qui, depuis la Seconde Guerre Mondiale a cessé toute intervention militaire à l’étranger, prouve l’engagement des Européens envers la cause démocratique afghane. 

Le 21 septembre dernier, avant que les combats ne reprennent dans le Sud du pays, Francesc Vendrell, le représentant spécial de l’UE en Afghanistan, a déclaré qu’ « une bataille gagnée ne signifie pas la fin de la guerre », sous-entendant qu’il fallait faire venir plus de troupes dans cette zone.

Face au silence de Bruxelles, les Américains ont annoncé le 28 septembre que 12 000 hommes, déjà présents sur le terrain dans le cadre de l’opération militaire « Liberté immuable », seraient placés sous le commandement de l’ISAF, une force déployée en Afghanistan depuis 2003 qui est composée de 20 000 soldats, quasiment tous Européens.

Malgré sa coopération militaire, le gouvernement allemand a assuré que ses « 2 900 soldats ne bougeront pas du Nord du pays », zone dans laquelle les combats sont de faible intensité en comparaison avec le sud-est, une région où les Britanniques sur place sont occupés à combattre une « rébellion authentique massive », selon les déclarations de fonctionnaires de l’ONU présents.

De fait, la prudence du gouvernement allemand est due aux critiques de la gauche et des écologistes : l’inefficacité du contrôle du trafic d’opium afghan et la crainte qu’une intervention militaire élargie ne provoque des attaques terroristes sur le sol allemand nourrissent la contestation.

Les troupes françaises, turques, danoises et italiennes veillent à demeurer loin de l’épicentre des conflits. L’Espagne essaie elle aussi de circonscrire l’action de ses 800 soldats détachés au Nord-est du pays. A l’instar de ses voisins européens, le gouvernement Zapatero n’entend pas envoyer plus d’hommes.

Seule la Pologne a récemment annoncé l’envoi de 1 000 soldats de plus en Afghanistan – correspondant aux troupes polonaises qui vont se retirer d’Irak cette année –, suscitant une crise gouvernementale qui menace de provoquer des élections anticipées huit mois seulement après l’arrivée au pouvoir des conservateurs.

Une efficacité limitée

Alors que les troupes européennes manquent à l’appel, le Royaume Uni et les Etats-Unis tentent de faire face à une situation extrêmement grave au Sud-est de l’Afghanistan. « Les paysans sont hospitalisés avec les talibans : tous paient grâce à l’argent de la contrebande de l’opium, » glisse une fonctionnaire de l’UNAMA, [mission d’assistance des Nations Unies chargée du désarmement et de l’organisation des élections] sous couvert d’anonymat.

« Ce même argent sale, » dit-elle, « fait grossir les rangs des insurgés avec l’arrivée de centaines de mercenaires étrangers -qui touchent jusqu'à six fois plus qu’un soldat d’exercice régulier- et des Afghans déçus par les erreurs commises par les troupes britanniques. »

En outre, les enlèvements de civils se multiplient : ces séquestrations «  n’ont pas d’objectif politique mais les ravisseurs cherchent clairement à obtenir une rançon ». Selon cette même source, les structures internationales comme l’UNAMA « ne cessent de négocier tous les jours avec les talibans pour les dissuader d’attaquer les ONG présentes. »

Négocier

Car ce ne sont pas seulement les combats qui font rage en Afghanistan. Les troupes stationnées sur place sont aussi chargées de négocier avec les « seigneurs de la guerre » locaux. Et si en matière de diplomatie, « les Européens sont beaucoup plus habiles que les Américains » comme aiment à le résumer certains fonctionnaires internationaux, la polémique autour de leur efficacité ne manque pas d’enfler comme lors de la mort du ministre de l’Aviation civile et du Tourisme, Mirwais Sadiq en 2004.

Après une tentative d’assassinat de son père Ismaël Khân, gouverneur de la province d’Herât, Sadiq s’était ainsi rendu au domicile du commandant présumé responsable de l’attentat, pour obtenir des éclaircissements. L’affaire avait alors dégénèré : le véhicule de Sadiq et ses partisans fut touché par une roquette de rebelles et de violentes émeutes entre bandes rivales provoquèrent la mort d’entre 110 et 120 personnes, selon les pompiers locaux.

Au Nord, où les troupes européennes sont en majorité, la reconstruction du pays semble plus avancée en raison de l’action protectrice des militaires. Néanmoins, « si l’argent attribué dans le cadre des subventions européennes et du programme américain USAID n’est pas utilisé durant l’exercice budgétaire, il faut le rendre, » lâche un agent de l’ONU avant de reprendre : «souvent la planification se fait dans la précipitation et la dépense avec peu d’intelligence. » 

Selon les déclarations de nombreux gradés de l'OTAN, s'il est possible que la paix s'installe d'ici quelques années en Afghanistan, la prospérité elle n'arrivera que dans quelques décennies.