Des mots de poches pour une Europe fauchée

Article publié le 24 janvier 2013
Article publié le 24 janvier 2013
Alors que nous entrons dans une cinquième année de récession économique, les Européens continuent en 2013 de « se serrer la ceinture » et admettent vivre « une période de vaches maigres », les deux expressions de la semaine.

Quand ils économisent, les Européens s'amaigrissent et se serrent la ceinture, de la Polognezaciskać pasa ») à la Grèceσφίγγω το ζωνάρι »), en passant par l'Allemagneden Gürtel enger schnallen »). Et les animaux symbolisent cet état de fait. Ainsi, les vaches européennes ont rarement été autant mises à contribution qu'en temps d'instabilité financière, intervenant dans la fameuse expression « période de vaches maigres » en Grèceο καιρός των ισχνών αγελάδων »), en Espagnetiempo/ periodo de vacas flacas »), en Italietempi di vacche magre ») et en Grande-Bretagnetime of the lean cows »).

« Al Verde »

Cette expression trouve son origine dans la Bible, avec l'histoire de Joseph et du pharaon du Livre de la Genèse. Au chapitre 41, le pharaon rêve en effet de sept vaches grasses se faisant dévorer par sept vaches maigres sur les bords du Nil. De ce rêve, Joseph fait l'interprétation suivante : « Le pays du pharaon connaîtra sept années de prospérité et d'abondance, suivies de sept années de pénurie et de famine. »

Et les économies les plus saines de l'UE ne sont pas à l'abri : ainsi, les Polonais plantent leurs dents dans le mur (« wbijać zęby w ścianę »), alors que les Allemands rampent sur leurs gencives (« auf dem Zahnfleisch kriechen ») en période de cornichons acides (« Sauregurkenzeit »), tandis qu'une marée basse investit leur porte-monnaie (« ebbe im Portemonnaie »), vision néo-romantique de leur argent refluant comme l'eau se retire sous l'attraction lunaire.

Dans le sud, nous sommes plus pragmatiques : les Grecs utilisent l'expression être fauché et calme (« ταπί και ψύχραιμοι ») ; les Italiens à court d'argent sont dans le vert (« al verde »), en référence à la coutume du XIIIème siècle consistant à peindre la base des bougies en vert, dernière couleur ainsi vue avant que la flamme ne s'éteigne et que l'argent ne vienne à manquer. Le terme français « disette », qui fait référence à une période de manque et de pénurie, viendrait du grec « δίσεκτος » (« année bissextile »), désignant une année de malchance.

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Photo : (cc)  * raymond/ Raymond Haddad/ flickr