Des livres qui se baladent en Géorgie

Article publié le 23 avril 2014
Article publié le 23 avril 2014

Une ini­tia­tive lit­té­raire ex­ci­tante se ré­pand à tra­vers la Géor­gie. Vous lais­sez un livre dans un es­pace pu­blic, avec un mes­sage à l’in­té­rieur. Quel­qu’un le trouve, le lit, puis le remet à dis­po­si­tion.

« Bon­jour, je suis un livre qui se ba­lade, c’était dur de quit­ter mon pro­prié­taire, mais je sais que vous aussi vous avez be­soin de moi. Ne me lais­sez pas ici, al­lons nous en tous les deux. Li­sez-moi, puis re­lâ­chez-moi… ». « Bon­jour mon ami, j’ai pré­féré sor­tir plu­tôt que de res­ter à la mai­son et finir cou­vert de pous­sière ». « Mon pro­prié­taire m’a laissé pour que je voyage. Je veux voya­ger le plus pos­sible, alors après m’avoir ter­miné, merci de me lais­ser par­tir ».Voilà les mes­sages qui ont été écrits à l’in­té­rieur des cou­ver­tures des « livres qui se baladent » en Géor­gie. Des cen­taines de livres par­courent d'ailleurs les rues en ce mo­ment même. On en trouve par­tout : sur des bancs, dans des ar­rêts de bus, sur des es­ca­liers, des trot­toirs, des re­bords de fe­nêtres...

Se livrer à l'inconnu

Si quel­qu’un sou­haite pas­ser son livre à un autre lec­teur, il ou elle écrit une note sur la page de garde, en pré­ci­sant la date et l’en­droit où le livre a été laissé. Puis, le voyage com­mence…

Ces livres ont leur propre des­tin. Un jour ils peuvent être à Tbi­lisi, pour ré­ap­pa­raître en­suite des mois plus tard dans d’autres par­ties de la Géor­gie. Ils peuvent même tra­ver­ser des fron­tières, et voya­ger à tra­vers le monde. Ima­gi­nez vous ren­trant chez vous, fa­ti­gué, usé, et tout d’un coup vous trou­vez L’At­trape-cœur dé­posé sur votre pa­lier. Cela vous met­trait cer­tai­ne­ment le sou­rire aux lèvres. Ou alors sup­po­sons que vous at­ten­dez le bus. Vous vous en­nuyez, rien d’in­té­res­sant à l’ho­ri­zon, et bingo ! Vous aper­ce­vez un livre que vous avez tou­jours voulu ache­ter et vous com­men­cez à lire.

d'où ça sort ?

Un jour que l’écri­vain geor­gien Jaba Zar­qua ré­flé­chis­sait à la ma­nière de pré­sen­ter son der­nier livre Le lec­teur doit mou­rir au pu­blic, il vou­lut trou­ver un moyen fa­cile et ef­fi­cace d’at­teindre de nou­veaux lec­teurs. C’est alors qu’il eut l’idée des livres qui se ba­ladent. « Les gens ont dé­cou­vert qu’il était fa­cile de faire quelque chose de po­si­tif. Si cette idée se ré­pand sur toute la ville, on peut dé­ga­ger nos es­prits de l’in­fluence des po­li­ti­ciens, et les li­bé­rer avec l’aide des livres. Fai­sons le blo­cus de notre pays avec de la culture ! », a-til alors affirmé.

« Rester affûté »

Beau­coup de gens dans le monde connaissent déjà le prin­cipe du Book­Cros­sing, qui consiste à don­ner au livre une iden­tité unique tan­dis qu’il est échangé entre lec­teurs. Comme le soulignera ​Zarqua, le prin­cipe des livres qui se ba­ladent est dif­fé­rent : « Book­Cros­sing né­ces­site une in­ter­ac­tion sur le Web, ce qui en fait un concept struc­turé et per­met de don­ner lieu à des sta­tis­tiques. Les livres qui se ba­ladent ne né­ces­sitent pas for­cé­ment un échange vir­tuel. Le mou­ve­ment est plus ou moins "chao­tique" et ne per­met pas de tra­ça­bi­lité pour d’éven­tuellesétudes chiffrées. »

Il y a en­vi­ron un mois, Jaba Zar­qua et ses amis ont crée une page Fa­ce­book in­ti­tu­lée « les livres qui se ba­ladent » (მოხეტიალე წიგნები). Elle a at­teint 46 495  likes à ce jour. Cer­tains postent des pho­tos des livres qu’ils sont sur le point d’ « aban­don­ner » dans les rues de la ville, et de faire voya­ger, tan­dis que d’autres té­lé­chargent les pho­tos des livres qu’ils trouvent. Voici ce que l’un des lec­teurs chan­ceux –Lika Ba­ga­sh­vili- a écrit sur Fa­ce­book : « j’ef­fec­tuais des re­cherches ces jours-ci, j’es­pé­rais trou­ver un livre de Schmitt, et il s’est avéré que j’ai réel­le­ment trouvé Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. J’en ai qua­si­ment eu le souffle coupé. Une pe­tite fille ado­rable l’avait laissé. Je vou­drais la re­mer­cier…je garde le livre pour une nuit et je le lais­se­rai par­tir de­main ».

Les plus grands livres de la lit­té­ra­ture mon­diale cir­culent dans les rues de Geor­gie. Pre­nez garde, vous pour­riez en trou­ver un. Gar­dez à l’es­prit ce que George R.R Mar­tin a dit un jour : « un es­prit a be­soin du livre comme une épée a be­soin d’une pierre à ai­gui­ser, s’il veut res­ter af­fûté ».