Des lauriers pour la Présidence belge

Article publié le 13 février 2011
Article publié le 13 février 2011
Par Julie Olivier La loi controversée sur les médias en Hongrie, pays qui vient d’entamer sa présidence semestrielle du Conseil de l’Union européenne, a occupé le devant de la scène lors de la session plénière de janvier du Parlement européen.
Pourtant, la venue des eurodéputés à Strasbourg a aussi été l’occasion de dresser le bilan de la dernière présidence : couronnée de succès, la Présidence belge a été érigée en modèle malgré sa crise interne

« Avec efficacité et concentration, avec pragmatisme et esprit communautaire, l’Union européenne a fait d’importants progrès pendant la Présidence belge qui mérite à la fois notre admiration et notre reconnaissance », a commenté José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, lors de la session plénière de janvier du Parlement européen. Si la Présidence hongroise s’attire actuellement de virulentes critiques, le bilan de la Présidence belge, qui s’est terminée le 31 décembre 2010, est très positif. Admirée pour son engagement européen, la Belgique a été félicitée par le Parlement et la Commission pour les avancées réalisées ces six derniers mois.

« Ce fut une une grande et belle présidence à un moment délicat et exigeant pour l’Union européenne », selon José Manuel Barroso. Dans un contexte de crise de la zone euro et de difficile reprise de la croissance, la Belgique a concentré ses efforts sur les dossiers économiques. En septembre, le Conseil s’est ainsi mis d’accord sur la création d’un « semestre européen » à partir du 1er janvier 2011 pour renforcer la stabilité macroéconomique de l’Union européenne. Avec la création du comité européen du risque systémique et d’autorités de contrôle des marchés, des banques et des assurances, une nouvelle architecture de supervision financière a vu le jour. Par ailleurs, plusieurs accords sur les fonds spéculatifs et les agences de notation ont été adoptés.

D’autres succès ont été soulignés dans l’hémicycle, notamment en matière de transports avec un accord sur l’eurovignette, de politique étrangère avec la signature d’un accord de libre-échange avec la Corée du Sud, ou encore sur les dossiers du brevet européen et de la coopération renforcée dans le domaine de la loi applicable au divorce. Concernant la politique environnementale, le sommet de Cancùn a montré quelques progrès puisque l’Union européenne a parlé « d’une voix cohérente et audible sur la scène internationale », d’après José Manuel Barroso.

Les reproches émis concernent les questions sociales puisque le dossier des services d’intérêt économique général n’a pas progressé et l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale n’a pas débouché sur des mesures concrètes.

Malgré ces critiques, les eurodéputés ont rendu hommage à la Belgique pour son investissement des six derniers mois. D’après Tzavela Niki (Europe Libertés Démocratie), la Belgique a fonctionné d’une façon parfaitement européenne. Le programme établi dans le cadre du trio de présidences avec l’Espagne et la Hongrie n’a pas été interrompu par l’insertion de priorités liées à des sujets nationaux, bien que les présidences semestrielles tombent habituellement dans cet écueil.

Au contraire, « nous ne souhaitions pas nous mettre en avant » a expliqué Yves Leterme, premier ministre belge intérimaire qui est venu rendre compte des résultats de la présidence au Parlement européen. Dans le cadre du trilogue, la Belgique a ainsi coopéré avec la Commission et le Parlement pour mieux suivre l’agenda européen. Selon José Manuel Barroso, « la présidence n’a eu de cesse que de garder le cap européen. Son action s’est toujours inscrite dans ce qui est le sens fondamental de l’existence de l’Union européenne, la solidarité de chacun au profit de l’intérêt général européen. »

Cet esprit européen a permis à la Belgique d’optimiser les innovations institutionelles opérées par le traité de Lisbonne. Comprenant que ce traité instaurait une nouvelle Europe, et donc de nouvelles règles, la Présidence belge s’est efforcée de développer de bonnes pratiques. Se présentant comme un « facilitateur », la Présidence belge a ainsi assisté Catherine Ashton, la Haute représentante à la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) pendant la mise en place du Service européen d’action extérieure (SEAE). S’adaptant au cadre institutionnel, elle a aussi adopté un rôle moins politique et plus discret qu’autrefois, permettant à Herman Van Rompuy d’interpréter et d’imposer la fonction nouvelle de président du Conseil européen, et au Parlement européen de se saisir de compétences élargies. Un accord a également été établi sur les critères d’admissibilité de l’initiative citoyenne, consacrant la possibilité pour les citoyens européens de participer à la législation.

D’après les eurodéputés belges, si la Présidence belge a réussi à insuffler un esprit européen, c’est grâce à son travail de préparation. « Derrière cette façade, il y a une toute une armée de diplomates et d’experts qui ont préparé cette présidence en travaillant d’arrache-pied », a dit Staes Bart (Groupe des Verts/Alliance libre européenne). Le tennisman américain Arthur Ashe a d’ailleurs été cité sous la coupole strasbourgeoise : « Une des clefs du succès et de la confiance en soi est la préparation ».

Malgré sa préparation, le succès de la Présidence belge était pourtant loin d’être acquis. En raison d’une crise institutionnelle qui prive la Belgique de gouvernement depuis avril 2010, la Présidence s’est entièrement déroulée sous un gouvernement intérimaire. Après avoir souligné que le succès de la Présidence belge était « inattendu - disons-le franchement », Guy Verhofstadt, eurodéputé belge et président du Groupe Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ALDE), a donc conseillé aux autres gouvernements de se mettre en affaires courantes pour leur présidence.

Souhaitant que la Présidence belge serve de modèle aux autres présidences, les europarlementaires ont ensuite témoigné leur espoir que ce succès se répercute sur le petit royaume. « Vous avez été excellents en Europe, faites la même chose en Belgique », a dit Hannes Swoboda, vice-président du groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes et des Démocrates (S&D). Sortir de l’impasse institutionnelle belge est d’autant plus indispensable que la Belgique est considérée comme une « Europe en miniature ». C’est parce que la Belgique est rôdée à la recherche de consensus qu’elle a pu faire preuve de pragmatisme, d’une culture du compromis et d’habileté de négociation tout au long de sa présidence. Par ailleurs, cet Etat fédéral rencontre les mêmes difficultés qu’au niveau européen, notamment en ce qui concerne la solidarité financière.

A cause de la contribution apportée par la Belgique à la construction européenne, et face au danger que représente la mort de la Belgique pour l’Union européenne, Isabelle Durant, vice-présidente du groupe des Verts, a été la seule eurodéputée à proposer à l’Union européenne de soutenir la Belgique : « Peut-être que l’Europe pourrait donner un petit coup de main à la Belgique ? ».

Ces brèves sont réalisées en partenariat avec la rédaction étudiante du Master Politiques Européennes de l’IEP de Strasbourg

Crédit photo : Yves Leterme, premier ministre intérimaire belge, le 18 janvier au Parlement européen © European Parliament - Audiovisual Unit.