Des européens sur la lune en 2020 ?

Article publié le 30 septembre 2008
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Article publié le 30 septembre 2008
le 29 septembre 2008, l'ATV jules Vernes, le premier vaisseau spatial européen automatique et l'un des plus perfectionnés au monde, est rentré de la station ISS pour être volontairement désintégré dans l'atmosphère. Les Russes ne s'y sont pas trompés et pressent déjà l'Europe de le convertir en vaisseau habité pour une mission en direction de la Lune.
Pendant que l'UE tergiverse, la Chine vient de mettre pour la troisième fois des taikonautes dans l'espace...

Une mission lunaire européenne parait au dessus de nos moyens et hors de nos préoccupations...et pourtant...

Si ce sont les américains qui annoncent leur désir de remettre les pieds sur la lune en 2017, leur déficit monstrueux, les difficultés économiques récentes, et la contraction du budget de la NASA rend peu crédible ces intentions.

Malgré la rusticité de sa technologie ( des copies du Soyouz russe), la Chine possède à la fois l'ambition d'affirmer sa maturité, et les moyens de le faire. Même avec une croissance économiques un peu inférieur à l'actuelle, la Chine continuera de voir ses moyens de développer....et ce sera pourrait vraisemblablement être la proche nation à fouler la lune, voir à s'y implanter.

Ce moment marquerait un tournant symbolique dans l'histoire mondiale, avec l'avènement de la chine et le déclin irréversible des USA, peut être cloués au sol et définitivement distancés.

Et les européens dans tout ça ?

Première puissance économique, Ils possèdent les réserves scientifiques les plus importantes, ont mis au point les lanceurs les plus fiables du monde, les plus rentables, et le vaisseau automatique le plus perfectionné.

ils ne leur manque que la volonté politique ...

L'ESA, du miracle aux limites

En l'état actuel, l'ESA, l'agence spatiale européenne, est une organisation indépendante de l'UE qui fonctionne sur le mode intergouvernemental.

Au contraire de l'UE ou le budget est fixé selon un principe de solidarité ( on contribue en fonction de ses moyens, on reçoit en fonction de ses besoins...c'est d'ailleurs un des principes de bases de l'anarcho-syndicalisme !), le budget de l'ESA répond à la loi du retour sur investissement : un État reçoit en proportion de ce qu'il apporte. euromoon.jpg

Ce système a eu le mérite de permettre la mise en place l'Europe spatiale malgré les plus réticents. Ce n'est un secret pour personne que, sans la France comme leader - un cout très élevé, l'Europe serait totalement dépendante des USA et des autres puissances pour son accès a l'espace, lanceurs inclus. Quand on connait l'importance des satellites militaire et civils dans notre quotidien...

Mais ce système a atteint ses limites, en continuant de diviser les états sur la stratégie et les programmes et en freinant le budget de l'ESA, soumis à des tractations intergouvernementales complexes, dont seulement quelques uns supportent un poids important en terme de pourcentage du PIB.

La récente affaire Galileo l'illustre encore une fois. Passé la résistance des gouvernements britannique, traditionnellement imperméable au soutien de l'indépendance européenne face aux USA ce sont présentées des revendications espagnoles sur la part du gâteau, puis une marche arrière subite de l'Allemagne...déjà, Galileo n'a pu voir le jour que grâce à la prise en charge de l'UE.

Outre ces dissensions, le budget de l'ESA, de l'ordre 3 Milliard d'euros, reste infime au regarde du PIB européen. A titre de comparaison, celui de la NASA est proche de 17 Milliards d'euros, soit presque 6 fois supérieur.

Malgré ce maigre budget l'Europe fait déjà des miracles, du en grande partie à sa quantité de "cerveaux" et à la qualité de sa recherche et de son industrie. Mais ce n'est pas suffisant pour développer un programme spatial habité et un programme sptiale tout court ayant un minium d'ambitions.

Pour exister réellement, l'Europe spatiale devrait réduire l'écart de son budget face à la NASA à un rapport de 50 %. Compte tenu du PIB européen, cela représente un effort encore largement inférieur à celui des Etats-unis.

Difficile cependant , voire élèctoralement suicidaire de demander au Etats une rallonge totale de 5 milliards.

Imaginez M Schmidt, député national, revenant vers ses administrés :

- Alors M. le Député, vous les avez eu ces crédits pour la rénovation de la piscine municipale ? - Non Monsieur le Maire, mais j'ai une super nouvelle: on va envoyer des gars sur la lune...

L'enthousiasme de Monsieur le Maire est fort improbable.

il existe cependant une opportunité historique de développer la politique spatiale européenne sans faire mal au porte monnaie... et de satisfaire les parents d'élèves avec de belle piscines.

Des patates contres des astronautes: pour une communautarisation de l'Espace

A titre de comparaison le budget de la Politique Agricole Commune (PAC) s'élève a près de 50 milliard annuel ...soit 16 fois supérieur au budget spatial européen !

il n'est pas question ici d'opposer l'agriculture aux technologies spatiales, mais de trouver une répartition un peu plus équilibrée. Rappelons tout de même que la PAC représente aujourd'hui plus de 40 % du budget européen. Plus pour longtemps toutefois.

Les britanniques se sont en effet engagés à réduire leur "chèque" ( une compensation que tatchter avait obtenu, et qui déroge au principe de solidarité) progressivement, en échange d'une reconsidération "sans tabou" de la PAC.

Cela signifie donc à la fois que le budget européen pourrait mécaniquement augmenter et que dans le même temps qu'une part des crédits affectés à la PAC vont devoir être, soit réduits purement et simplement, soit réaffectés, ce qui est plus probable. astronauts.jpg

Une "communautarisation" de l'ESA, c'est à dire l'intégration de son budget à celui de l'UE permettrait donc une réaffectation des crédits réduits de la PAC : la "rallonge" au budget spatial décrite plus haut représenterait seulement 10 % des crédits actuels affectés à la Politique Agricole Commune.

L'UE pourrait donc développer une politique spatiale ambitieuse...sans que les états n'aient un sous de plus à dépenser !

Qui plus est, tous les pays de l'UE auraient accès à l'espace, géré, comme au temps de la CECA ( et de la PAC) de manière communautaire.

L'espace est typiquement le type de politique qui ne peut se déployer qu'au niveau européen. il devrait donc naturellement faire partie des compétences de l'UE.

Afin de régler la question des maitrises d'œuvre, Newropean suggère la création "d'appel d'offre europeens " pour les projets mis en œuvre au niveau communautaire, dans lequel les entreprises participantes devraient regrouper des capitaux et des moyens provenant de plusieurs états de l'UE.

Cela semble une manière idéale de régler les problemes de "partage" du gâteau économique spatial aux entreprises ( qui a causé tant de problemes à Airbus) tout en garantissant le meilleur résultat, et en dépassant définitivement les disputes entre gouvernements sur le niveau d'ambition spatiale et les moyens alloués.

L'espace, un turbo pour notre économie ?

Comme le lancerait un lycéen lambda à qui on demande d'apprendre le latin ou l'histoire: " a quoi ça sert, M'sieur, d'aller dans la Lune ?"

A fortiori, ce réflexe est aussi développé chez leur parents. Il est difficile d'expliquer honnêtement aux européens en quoi l'investissement spatial est "utile", voire fondamental.

Les justifications données tournent habituellement autour d'un utilitarisme infantile et politiquement correct, brodant sur le thème du " il faut être près des préoccupations des gens": l'espace servirait à "prévoir les catastrophes naturelles", "le changement climatique" etc...à vouloir faire de l'utilitarisme à tout prix, on finit par perdre de vue l'essentiel.

Les bénéfices réels d'une mission européenne vers la lune sont difficiles à évaluer, mais très réels.

L'exemple historique des USA nous en montre les conséquences sur une nation, en terme de confiance en elle-même. La confiance des ménages, et celle des "entrepreneurs" est d'ailleurs un facteur central des économies modernes. Sans oublier le "prestige" rejaillissant forcement sur la position diplomatique et économique du leader spatial.

A un niveau plus prosaïque, mais très concret, l'effet de relance sur l'économie n'est pas à négliger. Outre les retombées civiles des technologies spatiales, souvent inattendues, et l'avance prise en matière technologique, il faut prendre en compte le nombres d'entreprises travaillant dans ce secteur dopé par les investissements d'état, entreprises qui valent largement celles du secteur agricole en création d'emploi.

Bref, à l'heure ou l'on cherche désespérément à "relancer la croissance" et à développer des politiques de "grands travaux", il n'est pas de meilleure relance que celle qui lance l'économie tout entière vers le futur.

Ainsi, après l'abandon du projet de navette spatiale européenne Hermès dans les années 80, celui du rejet du projet de vaisseau euro-russe Clipper en 2000, l'Europe est encore une fois à la croisé des chemins : avec l'ATV , elle possède un quasi vaisseau spatial lui permettant d'envoyer de manière autonome ses cosmonautes dans l'espace.

il ne manque plus que la volonté de le développer.

Les russes proposent déjà d'ailler au delà en développant une mission lunaire basée sur l'ATV.

La JAXA, l'agence spatiale japonaise, serait intéressée par le projet, ainsi que l'inde, probablement en réaction à la volonté (impériale) annoncée des USA de réaliser leur programme tous seuls.

il ne manque plus que le feu vert du conseil des ministres de l'UE, en fin d'année, pour valider cette proposition, qui pourrait bien

En attendant cette décision...peut être est-il opportun de mettre un peu de d'espace dans la campagne électorale européenne ?

Ce qui est sur toutefois, c'est que nous, Européens, irons dans l'espace ensemble...ou nous resterons tous cloués au sol. Autant intégrer l'ESA à l'UE donc.

Certes, dans le pire des cas, nous pourrons toujours nous consoler en nous bourrant (d'excédents) de beurre (à zéro %) et en ruminant notre mais sans OGM... avec au dessus de nos têtes le reste de l'humanité en route vers des mondes nouveaux.

Références

Rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) rendu public le 7 février qui pointe du doigt les carences des gouvernements européens en matière de politique spatiale.

Extrait du Compte-rendu du Colloque tenu au Sénat le 2 novembre 2005, "La politique spatiale européenne. Quelles ambitions pour 2015?" réalisé par Jean-Paul Baquiast :

''L’envoi de spationautes européens sur la Lune, avec des moyens européens,à tort ou à raison, n’entre pas dans les perspectives de l’ESA, faute de moyen.

Note : L’exploration robotique de Mars représentera une occasion inestimable de faire progresser la robotique autonome européenne qui en a bien besoin. Ceci dit, on imagine la perte de prestige de l’Europe lorsque les Américains effectueront leur retour sur la Lune vers 2012, suivis peut-être par les Chinois, les Russes voire d’autres.

L’Europe a les moyens d’une grande ambition spatiale, moyens tant scientifiques qu’industriels, mais elle n’en a pas la volonté. Elle n’a pas d’ambitions. Le budget de l’ESA est de 3,5 mds d’euros, celui de la Nasa de 16.

Tout ceci avait été exposé dans un Livre blanc et un Livre vert communautaires, mais rien n’a suivi. Où est la vision politique ? Manque à l’Europe aujourd’hui le De Gaulle des premières années du spatial européen, avec un rôle pilote de la France réaffirmé, que tous les autres pays attendent.

La principale difficulté tient au manque de conscience politique sur le sujet de la part des Etats européens, à quelques exceptions près. Or, les compétences étant partagées, les budgets partagés, on ne peut rien faire sans consensus. Mais ces Etats s’imaginent pouvoir compter sur les USA ou sur le marché pour satisfaire leurs besoins. Ils se trompent complètement.''

Sur les retombées d'un programme lunaire...en matière économique et environnementales :

Daniel Sacotte, Directeur, ESA http://www.esa.int/esaCP/France.html

''(...) On ne parle plus en Europe d’exploration lunaire humaine, mais c’est dommage. La Lune permettra de développer des méthodes de recyclage des déchets, de production d’énergie et d’eau, dont la Terre aurait déjà besoin. L’ESA s’est donné un plan avec plusieurs priorités pour répondre à tout ceci. Mais là encore, tout dépendra des décisions qui seront prises au prochain sommet européen de l’Espace (...)''

Pour que l'europe devienne une société spatio-centrée

Rapport du sénat sur la politique spatiale française, qui insiste notamment sur le renforcement des relations avec l'UE

Une petite citation :

l'amiral Jeremiah (Successeur de Donald Rumsfeld, nouveau secrétaire d'Etat à la Défense, à la Commission du Congrès chargée de la sécurité spatiale des États-Unis.) : « En matière spatiale, l'Europe est plus une rivale qu'une partenaire »

Courte et sympathique synthèse sur la géopolitique et l'espace