DES ÉTUDIANTS FRANCOPHONES RACONTENT LEURS EXPÉRIENCES D’ERASMUS … DANS LEUR PROPRE PAYS !!! (2ème partie)

Article publié le 4 août 2008
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Article publié le 4 août 2008
Article écrit par Jonas Truwant '' Traduit par Thomas Clément'' __ JE NE COMPRENDS PAS D’OÙ VIENT CETTE OBSESSION POUR FLAHAUT__ Chaque année, nombre d’étudiants partent en Espagne, Italie ou au grand Nord pour y goûter l’atmosphère pendant quelques mois, y prendre du plaisir et – quand même – y étudier un peu aussi. « Une expérience unique », comme il en ressort souvent après coup.
Mais tous ne cherchent pas de lointaines destinations pour accéder à cette expérience. Passer la frontière, simplement, semble déjà souvent riche en enseignements.

C’est le cas de Sophie et Fanny qui ont toutes deux étudié une année à Gand, convaincues que l’apprentissage de la seconde langue nationale n’apporte que des avantages. « Je ne comprends pas pourquoi les Francophones ne veulent pas apprendre le néerlandais et pourquoi les Flamands refusent d’apprendre le français. Le bilinguisme est un avantage dans notre société. Nous sommes avant tout des Belges et nous avons la chance de vivre dans un pays multiculturel.

Parler des études de l’autre côté de la frontière linguistique se fait posément. Mais la tension de Sophie et Fanny augmente lorsque les sujets communautaires viennent à propos. Inutile d’avoir un sixième sens ou des dons paranormaux pour le sentir.

« Je ne comprends pas d’où viennent ces conflits communautaires ». Sophie ouvre la discussion. « Pourquoi Marino Keulens (le ministre flamand des Affaires Intérieures, jt) ne veut-il pas nommer les trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise ? Pourquoi ne peut-on pas envoyer de convocations en français lors des élections ? Sincèrement, je ne vois pas d’autre explication qu’un astuce destinée à ‘embêter les Francophones’. »

Sophie nie cependant totalement qu’elle est anti-flamande. « Je n’aurais aucune objection à ce qu’un bourgmestre d’un village des Ardennes envoie une lettre en flamand à un habitant flamand. Mais, attention, je ne me sens pas non plus “belgiciste”. Les personnes qui pendent un drapeau à leur fenêtre, je trouve ça ridicule. Je ne suis pas attachée à la Belgique » clarifie Sophie. Et pourtant elle trouverait grave que la Belgique disparaisse. « Parce que ce serait un échec multiculturel. La Belgique est comme un laboratoire où trois communautés vivent en paix et s’enrichissent mutuellement. Si on les sépare, c’est comme dire ouvertement au monde : « le modèle de société multiculturelle selon lequel nous avons vécu jusqu’ici ne marche pas. »

Bouc émissaire

Sophie, Fanny, Benjamin et Charlotte refusent au contraire de croire que les Francophones et les Flamands ne peuvent pas vivre ensemble. Des préjugés concernant certaines populations, ceux-là mêmes qui résident souvent à la base des échecs multiculturels, les étudiants francophones en ont éprouvé peu. « J’accumule pourtant les défauts », rit Sophie. « Je suis francophone, je suis Wallonne, je viens de Henegouwen. C’est déjà une chance que je ne vive pas en plus à Charleroi. » Fanny confirme l’absence de préjugés. « Pendant mon séjour à Gand, je n’ai jamais été confrontée à des histoires de stéréotype ». Charlotte complète : « Surtout les professeurs étaient surpris d’accueillir un francophone dans une université néerlandophone. Ils sont vraiment sympathiques et montrent beaucoup de compréhension pour les efforts que nous devons faire. Et une fois que j’ai appris à un peu mieux connaître mes compagnons étudiants, j’avais avec eux un très couette contact. Tu dois avant tout montrer clairement que tu es prêt à t’intégrer, ou bien si tu as pour perspective de rester seul dans ton coin. »

Benjamin avait parfois du mal avec certains étudiants, mais il ne pouvait par contre pas se plaindre de ses cokoteurs. « Ils étaient vraiment ouverts d’esprit. Je n’ai pas tellement parlé avec eux de la crise politique même, mais bien à propos de la relation entre flamands et francophones et c’était souvent très positif. La Flandre n’est vraiment pas extrémiste. Pour mon mémoire, j’ai étudié la presse en Belgique et j’ai ainsi pu découvrir les points de vue de différents journaux. Il y a naturellement parfois des stéréotypes sur la Wallonie qui peuvent y être décelés, mais les Francophones en ont aussi à propos des Flamands. ».

Charlotte aussi a peu parlé avec ses amis flamands de la crise politique. « J’ai maintenant de très bons amis à Gand et Courtrai, et pourtant, les débats et discussions sur des sujets politiques étaient évités. Des thèmes tels que l’indépendance de la Belgique et le chômage en Wallonie sont sensibles et le resteront certainement encore un temps. En plus, la vie politique n’est pas notre plus grand souci », dit Charlotte.

Sophie y garde quant même un œil attentif. Pour finir, elle veut mentionner un point à propos d’André Flahaut (PS), ancien ministre de la Défense. « Ca m’étonne que vous soyez autant obsédés par lui. Tout le monde me parle de lui, alors qu’en Wallonie, il apparaît à peine dans les journaux francophones. En Flandre, il semble être un peu le bouc émissaire, l’incarnation de tout le mal que les Flamands attribuent aux Francophones. Je serais moins étonnée si vous me parliez de Laurette Onkelinckx ou de Michel Daerden. Ceux-ci par contre figurent couramment à l’ordre du jour … (rire) »

JONAS TRUWANT

(trad. Thomas Clément)