Des Don Quichotte carriéristes : la génération 1980 vue par la génération 1960

Article publié le 24 janvier 2011
Article publié le 24 janvier 2011
Une génération nous sépare. Une distance de deux décennies offre à nos parents la vision affectueuse mais critique sur notre génération, les jeunes nés dans les années 1980. Jeux vidéo, chômage, voyages et argent, les parents passent notre identité au rayon X.

« Mon époque : les années 1960. Celle de mon fils : les années 1980. Le noyau fondamental de ma génération était l'esprit de sacrifice, l'honnêteté et la dignité, la fierté professionnelle pour la croissance de la société. Les nouvelles générations les ont remplacées avec le credo « engagement minimum pour un maximum de résultats », l'égoïsme qui met le « moi » au-dessus de tout et de tout le monde, le succès à tout prix pour l'exercice du pouvoir sur les autres. Ce qui est triste, cependant, c'est que la responsabilité de ce retournement n'est pas dû à la jeunesse d'aujourd'hui, mais à ceux d’ « hier » qui, en devenant adultes, se sont trahis eux-mêmes ! »

Linda, 56 ans, Ortona, (Italie), mère et enseignante, qui persiste à rêver d'un monde meilleur.

« Générations d’hier, générations d’aujourd’hui, y a t-il une différence ou bien est-ce le regard qui change en fonction de l’âge ? Les jeunes d’aujourd’hui avec leur enthousiasme et leur pureté, feront-ils les vieux de demain, blasés et cyniques ? La génération de nos enfants force néanmoins mon admiration : ils sont curieux et ne se connaissent pas de limites. L’accélération constante des communications et des transports repousse les limites du possible et leur donne accès à une spirale ascendante dans le progrès technique. Autant les vieux sont casaniers, autant nos jeunes sont mobiles et ignorent les frontières. Leur mérite est d’autant plus grand que les Cassandre pullulent et leur annoncent catastrophes et cataclysmes. La guerre, le terrorisme, l’intégrisme, la destruction programmée de la planète, rien ne leur est épargné, et pourtant le taux de natalité augmente, des couples se forment, des bébés naissent et la vie gagne. Alors je dis bravo, gardez votre enthousiasme et ne laissez personne briser vos rêves. Le bonheur existe, il suffit de s’en rendre compte. »

Elias, 56 ans, Paris (France)

« Je suis témoin ces derniers temps au passage de la génération des années 1980, parmi laquelle se trouvent mes deux filles, à la vie d’adulte. Il s’agit des gens qui avaient accès à plusieurs possibilités d’éducation au sens large du terme. L’aisance dans le monde numérique, l’absence de frontières linguistiques, l’Europe unifiée – la réunion de tous ces ingrédients fait que la nouvelle génération est prête pour de nouvelles expériences et de nouveaux défis.

Un enfant, rarement deux, un appartement loué, deux salaires ric-rac

Ce sont des gens créatifs, courageux, indépendants et tolérants, qui savent s’adapter rapidement aux changements du marché du travail… Mais c’est aussi parce que la carrière et les hauts revenus sont leur motivation principale dans la vie. Certes, il y a aussi des jeunes avec un caractère plus faible qui ne savent pas être aussi offensifs sur le marché du travail, mais en général, cette génération sait lutter pour ses principes. Et surtout, ce sont des jeunes femmes qui méritent d’être reconnues pour l’efficacité avec laquelle elles revendiquent leurs droits professionnels.

Bref, ce que j’admire et j'apprécie chez les jeunes, c’est leur courage et leur ambition. Je leur souhaite des succès dans la vie professionnelle mais aussi dans la vie personnelle. Je voudrais seulement souligner qu’il ne faut pas qu’ils construisent leur vie autour des succès professionnels en oubliant certains systèmes de valeurs. »

Jolanta, 50 ans, Środa Śląska (Pologne)

« La génération née dans les années 1980: Des enfants qui se sont émus avec Superman, K 2000 et Espinete. La dernière génération qui a joué aux « tazos » (les « pogs ») et aux toupies dans la rue, la première qui s’est amusée avec les jeux vidéo. La dernière à étudier en B.U.P et en C.O.U (les cours de l’ancien système éducatif espagnol, juste avant la fac) et les pionniers de l’E.S.O (les nouveaux cours…). Des garçons et des filles qui ont un trop-plein d’information, avec des études supérieures et des langues, qui maîtrisent à la perfection les nouvelles technologies et qui s’y connaissent mieux que quiconque en voyage avec tente et sac-à-dos. Des jeunes solidaires qui absorbent les éléments positifs de plusieurs peuples. Mais, malgré tout cela et compte tenu des circonstances, une génération qui peine à atteindre une sécurité professionnelle et à planifier un futur digne. »

Teresa, 46 ans, et Juan Luis, 49 ans, Madrid (Espagne)

Ce qu'on demande à la jeune génération d’aujourd’hui, c'est la perfection. Quand on lit les annonces d’emploi des entreprises ces jours-ci, on a l’impression que l’on cherche « Mr. or Mrs. Right » : jeune, éducation sans défaut, expérience professionnelle, communicatif, parlant plusieurs langues, compétences sociales – en gros quelqu’un qui apporte déjà TOUT dans son bagage pour l’entreprise.

Quatre enfants, une séparation claire entre vie privée et vie professionnelle

Mais de telles exigences provoquent inévitablement la peur d’échouer. Suis-je assez bon ? De quelles autres qualifications ai-je encore besoin ? Dans cette phase si décisive, ai-je le droit d’avoir en même temps des ambitions privées avec le souhait d’avoir des enfants et une famille ? La peur est toujours un mauvais conseiller. Cette énorme pression fait perdre à la jeune génération actuelle ce qui est selon moi l’élément le plus important pour la créativité : la spontanéité et la légèreté d’aborder les choses, ce qui a toujours été le privilège de la jeunesse.

C’est pour cela que je ne peux que recommander aux jeunes de nos jours de s’essayer, de se tester plus souvent sans revendiquer la perfection, de se laisser spontanément tenter par une situation pour laquelle on ne semblerait pas forcément être le candidat idéal ou qui ne correspond pas forcément aux rêves de toute une vie. En faisant cela, on ne met pas forcement de côté ses rêves. Et cela s’applique tant au boulot qu’au projet familial. Il ne faut pas toujours analyser jusqu’au moindre détail, se couper les cheveux en quatre, mais agir spontanément – simplement AGIR ! La jeunesse peut compenser des petites faiblesses avec de la dynamique, une approche fraîche, avec de l’enthousiasme et de l’engagement ! La « Generation Praktikum » (« génération stage ») n’a pas d’avenir. Ce n’est pas le job parfait, la sécurité matérielle ou la maison parfaite qui rend heureux mais la sensation d’avoir lutté pour sa place dans la vie, une place qui remplit de joie mais qui n’est pas toujours lisse et qui laisse aussi de la marge vers le haut. La confiance en soi doit rester un privilège pour les jeunes - donc osez tout !

Thomas, 57 ans, Iéna (Allemagne)

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