Des chiffres qui font du bruit !

Article publié le 20 mars 2009
Article publié le 20 mars 2009
Après les réactions à l'article sur le bilan des députés européens de notre circonscription, Le Puy de Babel revient sur les méthodes d'évaluation de nos députés, et plus largement, sur l'image renvoyée par l'Europe parlementaire en Auvergne.

L'article de Romain Melet relatif au bilan des députés européens de la circonscription Massif Central - Centre (lire ici) a suscité de vives réaction, tant de la part de citoyens que des parlementaires eux-même.

Qui y a-t-il de plus juste pour le citoyen que de vouloir évaluer le travail des députés qui le représentent, à l'échelle nationale s'entend, mais plus encore à celui européen, où la distance géographique des institutions semble trop souvent aller de paire avec une distance politique. Tout curieux connaît l'architecture flamboyante d'un bâtiment Louise Weiss à Strasbourg ou du Paul Henri Spaak à Bruxelles, mais peu savent vraiment de quoi regorgent leurs couloirs où à quoi peut ressembler la journée d'un député et d'aucuns pourraient facilement se perdre dans l'imbroglio d'une administration qui lie deux sites (Bruxelles et Strasbourg) auxquels s'ajoute le fief national de l'euro-député, et où s'entremêlent (s'accumulent) des sessions plénières et de nombreuses commissions. Avant d'entrer dans ces arcanes de bureaux et d'hémicycle, le premier enjeu de la presse sera de favoriser l'intégration chez chaque citoyen européen du fonctionnement de ses institutions continentales. Et rien que cela n'est pas une sinécure.

Au delà, présenter un bilan politique de chaque député est un objectif tout aussi important. Non seulement, ces conclusions sont un devoir civique (comme l'est plus largement l'intérêt dû aux politiques européennes) mais plus encore, ce faisant, ce bilan permet de politiser (au sens partisan) l'activité européenne, c'est à dire de la rendre passionnante par tous : il suffit de regarder l'hardiesse actuelle des détracteurs de la politique nationale française pour s'en convaincre. Cela au delà permettra de rompre avec l'image d'un parlement européen consensuel et technocrate, trop souvent admise.

Le citoyen n'aime pas les abstractions. Le grand intérêt de l'article de Romain Melet est d'avoir montré, dans son bilan individuel des députés, que des décisions très concrètes et parfois très locales avaient été prises - au moins proposées. À cela s'ajoute la richesse de présenter nos députés dans la presse : des hommes et des femmes de chair et de sang (si si) et de sortir d'une autre abstraction : celle de parler des euro-députés comme Raël pour "nos créateurs humains venus de l'espace" (sic). Parce qu'ils affichent leur faciès en ville lors des périodes électorales, le citoyen a une vague image de ce à quoi ils ressemblent - mais un mois durant, rarement davantage.

L'analyse de notre rédacteur, cependant, s'arrête à la statistique, au grand dam des députés et de leurs collaborateurs qui ont vivement réagis à cet article, ce dernier s'en tenant à des statistiques en sessions plénières et n'intégrant pas le travail (fondamental) des commissions. La statistique à ses limites : suite à notre article sur le sida, un internaute remarquait que les 400 victimes annuelles du sida en France pesaient peu à côté des 150 000 morts du cancer. Est-ce pour autant qu'ils sont moins importants ? Autant indélicate que soit cette comparaison, il en va de même pour une analyse quantitative de la présence des députés au parlement, car, fait incroyable, on travaille en dehors des sessions. Un malheureuse conséquence qu'il ne faut pas totalement imputer à l'auteur, désireux surtout de présenter le travail des députés plus que de montrer une apparente oisiveté.

Au moins ces réactions montrent l'intérêt de la question "Comment parler du Parlement européen", au sein de cafebabel.com, puisque c'est une de nos vocations, mais aussi dans la presse en générale, particulièrement en France, où la "Grande muette" est devenue l'Europe (sauf quand ça va mal). Comme le dit une internaute "Les médias ont leur part de responsabilité : l’image qu’on donne volontiers c’est celle de députés à l’absentéisme chronique regroupés dans des commissions visant à établir le nombre idéal d’œufs par kilo de pâtes ou à préciser si le bâtonnet des rollmops doit être en bois ou en plastique… Bref, une machine lourde dont on saisit mal l’utilité"

Moins pour battre notre coulpe que pour donner à voir le vrai visage des députés et de leur travail, Le Puy de Babel, parallèlement à la nécessaire analyse des élections de Juin prochain et de ses candidats, ne manquera pas de donner librement la parole aux députés sortant (même ceux qui veulent y re-rentrer en Juin) afin de faire avec eux le bilan de leur mandat, l'analyse de la travail et de leur expérience d'euro-député. A plus long terme, il serait profondément nécessaire que des rencontres et débats réguliers aient lieu avec nos représentants européens afin que chacun puisse suivre de près ce qui se décide pour lui à Bruxelles et à Strasbourg. Sous réserve de la collaboration avec nos futurs députés, c'est chose acquise pour cafebabel.com. Espérons qu'il en soit de même dans la presse nationale.

Fabien Champion