Dernier mail depuis Jérusalem - Myriam

Article publié le 17 août 2007
Publié par la communauté
Article publié le 17 août 2007
Ce soir, ça sent la fin du voyage, la fin des vacances. L'hôtel Hébron ou nous avons logé à 80 en début de séjour se vide, je dors ce soir dans un dortoir presque désert. Déprimée après tous ces jours entourée de gens, à faire tant de découvertes, à encaisser tant d'émotions, parfois contradictoires... J'ai reparcouru les ruelles de Jérusalem que j'aime tant après 10 jours en Cisjordanie.
Ces ruelles où se mêlent les odeurs d'épices aux odeurs de poubelles, où l'on boit du thé dès qu'on se fait aborder par un vendeur du souk, où l'on gravit des escaliers en plein soleil de midi parce qu'on reste des touristes qui s'obstinent à bouger à l'heure de la sieste...

Fin de voyage, il va être temps de faire le bilan mais je ne sais par quoi commencer. Comment vous expliquer cette situation si compliquée? Une analyse pourtant se dessine, terrible. Tous les éléments convergent pour tirer une conclusion de ce que l'on aura vu. l'état d'Israël a une volonté systématique de briser l'unité et l'identité palestiniennes. Israël cherche d'abord à isoler les gens sur des parcelles de territoire de plus en plus petites et incohérentes (je vous montrerai cela sur une carte et par des photos, c'est incroyable, le mur coupe même parfois des maisons en deux et les colonies continuent à être construites... par des palestiniens qui ne trouvent pas d'autre boulot).

Ensuite, on tente de fragiliser psychologiquement par des vexations permanentes. Par exemple, les check-points où on passe parfois sans problème mais où on attend parfois des heures sans qu'il y ait une raison particulière à cette différence, et où de vieux palestiniens se font crier des ordres par de jeunes militaires israéliens de 18 a 21 ans, âge du service militaire. J'ai vu le pire des check-points hier, c'était aussi pénible que le départ au Méxique l'année passée... On devait enlever ses chaussures et il était presque impossible de passer avec un gros sac dans le tourniquet qui se bloque au hasard sans crier gare, que tu sois coince dedans ou pas. Les palestiniens devaient même donner leurs empreintes digitales mais nous, non. La simple vue du passeport t ouvre toutes les portes, j'en étais presque gênée devant les autres qui attendaient... Qu'est ce que je vaux de plus qu'eux, moi petite innocente de l'occupation vécue ici depuis 60 ans? Et pourquoi cet immense panneau de l'autre côté du chek-point menant à Bethléem qui te souhaite "peace be with you". Aussi cynique que le panneau arbeit macht frei à l'entrée des camps de concentration.

Un autre exemple de pression psychologique sur la population, c'est les descentes de l'armée dans les camps de réfugiés et les villes la nuit. Certains du groupe entendaient des tirs et des cris toutes les nuits et sont contents de rentrer chez eux maintenant... mais les palestiniens qui ne dorment plus assez depuis bien longtemps restent, eux...

La réalité se dégage au fil des éléments rassemblés ici, par les rencontres avec toutes sortes d'associations mais ce qui est le plus dingue, c'est l'écho qui nous en arrive dans les médias européens. On nous parle du conflit israélo-palestinien mais il ne s'agit pas d'une guerre entre deux états. Non, il s'agit d'une occupation. D'une volonté réelle de supprimer l'histoire d'un peuple, et malgré une certaine médiatisation, de cela on ne parle pas. Même si je continue à penser que la lutte armée n'est pas une solution véritable, je ne parlerai plus de terroristes palestiniens. Ce que ces gens font, c'est ce que l'on appelait résistance en 40-45. Ils résistent face à l'occupant, ni plus ni moins.

Ne croyez pas pour autant que j'ai été endoctrinée et que j'ai perdu toute vision critique parce que je suis partie avec un groupe orienté pro palestinien... Il y a ici une réalité palpable, des preuves que je vous montrerai, des photos que j'ai prises, des cartes montrant la prise progressive de territoires, qui semble malheureusement inéluctable.

En parcourant aujourd'hui le mémorial Yad Vashem commémorant l'holocauste, je n'ai pas pu répondre à cette question qui me hantait. Comment se fait-il qu'un peuple qui a lui même vécu l'humiliation et la ségrégation reproduit ça maintenant? Comment se fait-il que l'on reconstruise aujourd'hui un mur comme a Berlin? Comment se fait-il qu'à Hébron les colons jettent leurs poubelles sur les palestiniens qui habitent au rez-de-chaussée et que certains du groupe ont vu un colon cracher a la figure d'une mère portant son bébé? Et pire encore... Comment osent-ils prendre en otage leurs grands parents morts dans les camps de concentration et justifier au nom de l'holocauste une politique pareille???

Ce soir, je vais aller m'assoir sur un toit surplombant Jérusalem et sentir la brise qui s'élève le soir et rafraichit l'atmosphère. Les émotions et les différentes pièces du puzzle vont doucement s'agencer, et je comprendrai peut-être un jour... En attendant, j'essaierai de vous transmettre au moins en partie ce que j'ai vu ici et qui dépasse ce a quoi je m'attendais.

Je me réjouis en tous cas de vous revoir bientôt. Je vous embrasse et m'excuse d'avance pour ce mail un peu décousu. Il est difficile après la fatigue de ces 15 jours d'avoir les idées claires et d'écrire cela rapidement dans un cyber...

Gros bisous, Myriam