Depardieu fait le Tour de France en rap et en peinture

Article publié le 8 décembre 2016
Article publié le 8 décembre 2016

C’est dans le cadre du 16ème festival du Cinéma Méditerranéen que cafébabel a eu la chance de visionner pour vous en avant-première le film Tour de France, réunissant Gérard Depardieu et le jeune rappeur Sadek. Sortie prévue en Belgique le 14 décembre 2016.

21h30. Il y a du monde ce samedi soir devant la salle de projection du Botanique: l'Orangerie.

Pourtant, 21h30 c’est l’heure où le film est censé déjà commencer. Le public ne semble pas encore s'impatienter, bien au contraire. L’ambiance est bon enfant, la musique de la cafétéria juste à côté inonde l’entrée de l’Orangerie où journalistes et public attendent patiemment l’ouverture des portes.

Le réalisateur du film, Rachid Djaïdani, en profite pour venir se mêler à la foule. Il vient saluer courtoisement les spectateurs et serrer quelques mains qui se tendaient vers lui, comme pour s’excuser du léger retard.

La projection dure environ une 1h30.

Ce film, c’est avant tout un road movie intimiste, racontant le périple de Serge, joué par Depardieu, et de Far’Hook, interprété par un jeune rappeur, Sadek. Serge est un beauf désenchanté, aigri, qui ne vit que pour son unique idole: le peintre Vernet. Far’Hook, quant à lui, c'est un jeune rappeur qui pense que la France l'a délaissé. Les deux nourrissent des préjugés l’un envers l’autre.

C'est à la suite d'un règlement de compte que Far’Hook, pour échapper à son ennemi, tente de se faire oublier. Mais comment faire ? Son meilleur ami, Bilal, le fils de Serge, va lui venir en aide. Ce dernier, en conflit avec son père, lui propose de le remplacer comme chauffeur et conduire Serge à travers la France sur les traces de son peintre favori, Vernet. Il accepte ce voyage, une occasion pour lui de quitter Paris et de s’éloigner de son adversaire. 

Cette traversée permettra à ces deux personnages de se délester progressivement de leurs préjugés, se découvrant peu à peu tels qu'ils sont, deux être froissés par la vie. Mais surtout deux êtres qui reprochent sans cesse aux autres leur précarité respective. Serge déteste les étrangers qui foutent la pagaille dans son quartier et Far'Hook en veut à "Marianne" de l'avoir abandonné. 

Peu à peu, ils apprendront à se connaitre, à se découvrir, pour finalement s’entraider, car, en définitive, l’un et l’autre sont dans la même galère.

Avec ce film, Rachid Djaidani tente de réconcilier les composants d'une France d'en bas à la fois déçus et dépités, en mettant l’accent sur leurs similitudes afin qu’ils cessent de se diviser. Division qui peut s’avérer dangereuse, car, si elle perdure, leur mécontentement sera tel que tous les Serge et les Far’Hook de France se sépareront définitivement jusqu'à la rupture. Alors les premiers iront dans les bras des partis extrêmes et les seconds vers un repli communautaire.

Mais ne voit-on pas déjà les prémisses de cette rupture poindre dans toute l'Europe? Dans ce cas, ce film prend une toute autre ampleur, il devient cri; mais un cri salutaire car il a l'audace d'être optimiste en suggérant une réconciliation des ces couches populaires. 

Cependant, cette conciliation ne pouvant s’opérer par elle seule, le cinéaste Djaïdani propose une piste : l’art. Ce film est un grand clin d’oeil à l’art. Serge peint tout au long de son parcours, et Far’Hook écrit et chante ses textes pour devenir célèbre. Au fur et à mesure de leur rapprochement, on verra par moment le rappeur mettre quelques touches de bleu pour compléter la toile de Serge et ce dernier s’essayer au rap.

Comme si le réalisateur voulait nous dévoiler que l’art pouvait enjamber nos préjugés et jouer le rôle de médiateur.