Dénoncer les conditions d’accession au logement pour les jeunes adultes

Article publié le 16 décembre 2008
Publié par la communauté
Article publié le 16 décembre 2008
En 2006, à Paris, quatre amis âgés entre 20 et 30 ans ont l’idée de créer un mouvement afin de dénoncer les difficultés à se loger rencontrées par les jeunes (étudiants ou jeunes actifs), notamment à Paris.

Ils baptisent le collectif « Jeudi Noir », en référence au jeudi 24 octobre 1929, jour du plus grand krach du XXème siècle à la Bourse de New York; mais aussi, et surtout,  jour de parution du journal gratuit de petites annonces immobilières PAP (De Particulier à Particulier) que toute personne en recherche d’appartement consulte.  

Crédit photo : Jeudi noir

En France, en moins de cinq ans, les loyers ont augmenté de plus de 25%.

A Paris, les cités universitaires ne peuvent loger qu’un dixième de la population étudiante.  On comptabilise dans la capitale près de 140 000 logements vides, ce qui représente 10 % du parc locatif parisien. Par ailleurs, il est très difficile pour une personne rémunérée autour du SMIC de se loger à Paris; en effet, aujourd’hui, un studio de 20 m2 est loué entre 650 et 700 euros par mois ! 

Les tracts, distribués lors des actions menées par Jeudi Noir, annoncent : "A la sortie du PAP, lors des visites d’appartements, dans les agences immobilières : toutes les semaines, nous attaquerons le mal logement, le mettrons en lumière pour le faire sortir de l’oubli."

Jeudi Noir s’adresse en premier lieu aux pouvoirs publics et leur demande entre autres revendications :

Le gel des loyersL’inéligibilité pour les maires ne respectant pas les dispositions de la loi SRU (loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain) imposant aux municipalités de disposer au minimum 20% de logements sociaux dans son parc immobilier.La réquisition des logements vides pour réaliser des logements sociaux et pour les étudiants.Le Modus Operandi de Jeudi Noir : des actions festives pour attirer les médias

Issus de la génération « du tout médiatique », les membres de Jeudi Noir maîtrisent parfaitement l’art de mobiliser les médias. Ils n’oublient jamais de prévenir les journalistes avant de mener une nouvelle action d’envergure. Ces derniers répondent généralement présents, attirés par l’originalité des manifestations entreprises par le collectif. Si les caméras ne se déplacent pas, pas de panique, l’équipe se charge de filmer ses actions, les films sont ensuite déposés sur les sites de partage de vidéo.

Outre les virées festives menées lors de visites d’appartement, Jeudi Noir a également d’autres actions d’éclat à son actif : de multiples réquisitions d’immeubles laissés vides par des sociétés, l’ouverture du Ministère de la crise du logement au 24 rue de la Banque, place de la Bourse à Paris en janvier 2007 en compagnie des associations du Droit au Logement et de l’association de quartier Macaq.

L’avenir du collectif

Leurs actions sont très bien relayées par les médias, le mouvement a ainsi pu bénéficier d’un écho important auprès de l’opinion publique.

Les locaux réquisitionnés place de la Bourse ont finalement été rachetés par l’office HLM de Paris pour en faire des logements sociaux, ce qui constitue une victoire certaine pour le collectif.

Les instances dirigeantes ont reçu les représentants du mouvement; celles-ci sont en accord sur le diagnostic du mal-logement mais pas sur les solutions à apporter pour le résoudre.

Le collectif a donc encore de nombreux combats à mener et se pose des questions sur son évolution. Certains membres aspirent à mener des actions encore plus spectaculaires afin de continuer à intéresser les médias et ne pas laisser tomber dans l’oubli la cause du mal-logement. Les avis au sein du mouvement sont très partagés sur cette stratégie du toujours plus spectaculaire.  

La difficulté des jeunes à se loger : un sujet européen

La France fait partie des moins bons élèves européens en terme de chômage des jeunes (20% soit le double de la moyenne nationale) avec l’Italie, la Grèce (qui fait d’ailleurs face en ce moment à une révolte de sa jeunesse) et la Pologne.

En Italie, pour causes de chômage élevé et de faibles prestations sociales, 60% des personnes âgées entre 30 et 34 ans vivent encore chez leurs parents.

En Espagne, 55% des 18-34 ans et près d’un quart des 30-34 ans résident dans le foyer familial. Un phénomène amené à s’amplifier avec la crise actuelle selon les observateurs, ceux-ci s’attendent à ce que près de 30% des jeunes espagnols « indépendants » reviennent vivre dans leur famille.

En Italie, le gouvernement a décidé d’alléger le taxes sur les loyers pour les jeunes entre 20 et 30 ans, afin d’améliorer leurs conditions d’accès à un logement.

Dans de nombreux pays européens, la colocation est entrée dans les mœurs des jeunes. 

La Grande-Bretagne a depuis longtemps favorisé la colocation; les jeunes ont accès à de nombreuses petites annonces dans des bureaux d’information sur le logement spécifiquement créés dans les  universités.  

Aux Pays-Bas, les associations étudiantes de chaque campus régissent un parc d’habitations à destination des étudiants.

En Espagne, la colocation est également une pratique très courante notamment dans les grandes villes telles que Barcelone et Madrid.

En France, à l’inverse, la colocation est peu répandue et ne se pratique qu’au bouche à oreille.

La colocation ne constitue toutefois qu’une solution temporaire et s’adresse principalement à la population étudiante; peu de solutions existent encore pour les jeunes actifs. 

La crise économique actuelle, qui s’étend au secteur de l’immobilier, est en train de donner raison aux membres de Jeudi Noir, qui militent pour l’éclatement de la bulle immobilière. Les loyers vont probablement pour la première fois depuis longtemps ralentir leur progression.

Thibaud SIMON