Demi-tour. Direction : consensus

Article publié le 18 mars 2004
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Article publié le 18 mars 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La victoire de Zapatero pourrait transformer la carte politique de l’Europe. Notamment dans les discussions sur la Constitution. Jusqu’à quel point ?

En marquant contre son camp, le parti populaire de José Maria Aznar a contribué en bonne partie au surprenant revirement du gouvernement espagnol. Considérés encore comme les probables vainqueurs dans les pronostics de la semaine dernière, les conservateurs ont perdu beaucoup de sympathie suite à leur politique d’information. La tactique du PP (Parti Populaire) consistant à vouloir rendre l’ETA à tout prix responsable des attentats pour démontrer la justesse de son propre programme électoral (dans lequel le combat contre les séparatistes basques apparaît comme une priorité) n’a pas eu le résultat escompté. Les électeurs espagnols savent visiblement faire la part des choses et ont fortement condamné le comportement manipulateur du régime d’Aznar : une participation électorale extrêmement élevée de 77% des électeurs, avec seulement 37,64% de voix pour son parti, ainsi qu’une perte significative de 35 sièges au Parlement.

Virage à 180 degrés

Par conséquent ce sont les socialistes, dont le candidat à l’élection est José Zapatero, qui tiennent les rênes dans cette situation exceptionnelle. Mais que signifie ce basculement vers la gauche du paysage politique Muni d’une confortable avance (ne lui manquent que 12 sièges pour disposer de la majorité absolue), le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) poursuit un programme en opposition sur plus d’un point avec le gouvernement précédent. Dans tous les cas, l’Europe va devoir s’adapter à une politique étrangère radicalement différente : en premier lieu il faut s’attendre à la fin du soutien inconditionnel aux Etats-Unis, comme le laissait facilement entendre la spectaculaire promesse électorale du retrait de toutes les troupes espagnoles en Irak. Zapatero souhaitait déjà pendant sa campagne électorale « un régime ayant la capacité de discuter des actions unilatérales de Bush ». Ce détournement signifie en même temps un rapprochement vers les positions de l’axe Paris Berlin, et on peut supposer que ce trio va désormais mieux se comprendre aussi bien sur ce point que sur ceux à venir.

Une des questions sur laquelle le régime d’Aznar ne s’est pas particulièrement fait bien voir par ses partenaires européens et sur laquelle on peut espérer un progrès futur, porte sur la Constitution européenne. Quoi qu’on en pense, ce sont les positions absolument intangibles de l’Espagne et de la Pologne, à propos de la question du mode de scrutin au Conseil des ministres, qui ont fait échouer l’accord sur la constitution européenne en décembre 2003 à Bruxelles. Le régime d’Aznar avait obtenu un équilibre des voix en 2000 à Nice, qui était à peine en dessous de celui des grandes nations, comme par exemple l’Allemagne (soit 27 contre 29 voix), alors que l’Espagne compte à peine d’habitants. La procédure de décision de la double majorité, prévue dans la constitution européenne, supposait désormais qu’avec 50% des pays, 60% des citoyens européens devaient être représentés pour légitimer une résolution au Conseil des ministres. Avec ce système, la perte de pouvoir pour l’Espagne n’aurait pu être évité, ce qu’Aznar (tout comme son collègue polonais Miller) n’était pas près à accepter.

Un comportement « absurde »

Grâce au vote de dimanche dernier, les choses ont désormais évolué de façon inespérée. L’objectif national de l’Espagne sur la constitution européenne est devenu d’un seul coup : « notre priorité est l’adoption de cette constitution » a dit Enrique Baron Crespo, représentant des socialistes espagnols à Strasbourg, qui estimait que le blocus actuel était « un peu absurde ». Même le futur Premier, Zapatero, affirme explicitement qu’il va travailler pour « unir l’Europe en y établissant une constitution pour tous ». La base d’un accord pourrait être la proposition de la présidence irlandaise qui propose la limite de la double majorité à 55% (55 % des Etats, 55 % de la population des Etats membres), qui fait suite aux demandes de l’Espagne en faveur d’une hausse des votes des Etats. Et même si les Espagnols ne seront pas enchantés par le pourcentage exact sur la population, Zapatero semble prêt au compromis : « Nous sommes pour la double majorité. Sur les pourcentages, nous pouvons discuter ».

Alors que la Pologne et l’Allemagne ont aussi manifesté leur bonne volonté en matière de concession, une constitution européenne pourrait arriver à terme cette année. Ainsi le rendez-vous souhaité des débuts, « n’importe quand, en juin, avant les élections parlementaires » sera certainement manqué. Mais maintenant que le scénario d’un immense combat politique de longue haleine avec les conservateurs espagnols s’est pour ainsi dire résolu par lui-même, l’ami sans constitution va agacer plus sérieusement, peu des supporters de la Constitution s’en plaindront.