Dédain démocratique : la réaction médiatique face aux élections législatives britanniques 2017

Article publié le 20 avril 2017
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Article publié le 20 avril 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Avec une première ministre non-élue faisant appel à une élection législative, pourquoi un nombre perturbant d’organes de presse traitent-ils la démocratie avec mépris ? La notion de fatigue démocratique semble s’être infiltrée dans les discours médiatiques, affaiblissant le processus politique et ébranlant le droit du public à s’engager dans la démocratie.

Alors que Teresa May entrait à Downing Street en juillet dernier pour entrer en fonction en tant que nouvelle première ministre non-élue - que ce soit par son pays ou son propre parti - elle rejetait toute considération de faire appel à une élection législative. C’était décidé : le gouvernement de Teresa May négocierait les termes du Brexit et le public devrait attendre 2020 pour voter aux prochaines élections législatives.

Neuf mois plus tard, de manière inattendue, Teresa May lançait un appel pour des élections législatives qui auront lieu cet été : le 8 juin. Avec les Tories luttant en interne sur la sévérité avec laquelle la Grande Bretagne doit rompre ses liens avec l’Union Européenne (ainsi nommé Brexit dur ou doux) et la guerre civile qui continue de s’embraser au sein du Labour, qui n’a jamais soutenu son leader et s’efforce de chasser Jeremy Corbyn, Teresa May a décidé qu’il était désormais temps de consolider – et légitimer- son pouvoir. Afin de balayer l’opposition à la fois au sein des Tories et auprès de ceux qui s’opposent à elle au parlement.

La réaction médiatique initiale

Le Guardian a exprimé son dédain envers "une élection prématurée dont le pays n'a pas besoin, que les gens ne veulent pas et dont Mme May n'a pas la nécessité pour faire son travail efficacement."

Le New Statesman a déclaré son approbation pour un commentaire qu’il considère comme éloquent d’un membre du public sur la BBC. En réponse aux nouvelles des élections, la personne avait déclaré : "Pas encore une élection ! Pour l'amour du ciel... je n'en peux plus ! Il y a trop d'actions politiques en ce moment." 

L’Independent a lui aussi approuvé le commentaire qui "reflète parfaitement la réaction de tout le monde.

Faisant écho à la déception grandissante envers la démocratie, Richard Littlejohn du Daily Mail "redoute sept semaines d'incessantes politicailleries, sondages d'opinion et débats politiques sur l'émission Question Time de la BBC".

En traversant l’Atlantique, le Washington Post a regroupé un certain nombre de commentaires exprimant de la lassitude quant au fait de voter.

Une fatigue démocratique

Quelle que soit la véritable démocratie limitée du système politique britannique, avec son système favorisant 2 partis et supprimant les partis minoritaires, pourquoi un tel mépris envers la démocratie ?

On nous dit que le public est lassé de voter, de penser à la manière dont le pays devrait être gouverné, des politiques. Cette fatigue démocratique est pourtant fausse. Ce type de discours renforce l’écart entre les élites politiques et nous les citoyens « fatigués, ignorants » qui veulent juste rester en dehors de tout ça la tête baissée. Néanmoins tous les citoyens ont le droit d’agir – qu’importe l’intensité – pour un futur qu’ils croient meilleur. Et la seule façon de le faire est via les rouages démocratiques.

Nous avons besoin de plus de démocratie, pas moins. Et tous ceux qui veulent la fin d’un gouvernement conservateur qui continue l’austérité, incluant les coupes budgétaires de la sécurité sociale, les professionels de santé et prestations sociales ainsi que l’exacerbation des inégalités en proposant de construire plus d’écoles secondaires dédiées aux classes moyennes voire supérieures de la population, ont maintenant l’opportunité de résister.

Ne vous tournez pas les pouces pour ensuite vous plaindre de l’inévitable retour d’un gouvernement Tory plus fort, ce que tous les sondages ont annoncé jusqu’à présent. Restez engagé et impliqué politiquement.

Depuis mardi, il y a eu une forte hausse dans les demandes d’inscriptions sur les listes électorales. Plus de 150 000 demandes faites mardi - le plus grand taux enregistré en un seul jour depuis le referendum sur l’UE. Le public n’est donc pas complètement fatigué de la démocratie, nous somme au contraire réveillé et prêt.