Décollage immédiat

Article publié le 2 février 2004
Publié par la communauté
Article publié le 2 février 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Europe a trouvé de l’eau sur Mars. Mais il ne faut pas se méprendre : nous ne pourrons pas explorer l’espace tout seuls.

Le 23 janvier était un jour d’hiver comme les autres en Europe. La Commission ruait dans les brancards des ministres des finances, un diplomate de l’UE confiait aux médias que les ministres des affaires étrangères « allaient réfléchir » à l’embargo sur les armes contre la Chine, on apprenait qu’un parti eurosceptique devait bientôt voir le jour en Suède... Et concernant l’élargissement vers l’Est, le seul signe de progression ce jour-là était d’ordre météorologique : la neige atteignit Istanbul. En bref, l’Europe nous rejouait le même scénario pathétique, sur fond de querelles intestines, de politique extérieure avortée et de citoyens de plus en plus éloignés de son projet.

« L’Europe peut être fière d’elle-même »

Toute l’Europe ? Non. Dans le petit village reculé de Darmstadt, un groupe de scientifiques irréductibles résistait au triste quotidien de l’UE. Au matin de ce jour mémorable, les chercheurs de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) allèrent rencontrer la presse pour annoncer un scoop scientifique : les caméras de la sonde spatiale Mars-Express auraient apporté la première preuve scientifique de la présence d’eau (sous forme de glace) au pôle sud de la planète rouge.

Cette découverte est en effet un beau succès Européen. Le spectromètre oméga qui a découvert la glace est géré par le chercheur français Jean-Pierre Bibring ; la caméra de haute précision HRSC qui photographiera l’ensemble de la planète au cours des prochaines années a été développée en Allemagne ; enfin, le superviseur de Mars-Express Michael McKay est originaire d’Irlande du Nord. Edelgard Buhlmann, ministre allemande de la Recherche, a été la première à remarquer le caractère exemplaire de cette collaboration européenne (et les leçons dont on pourrait en tirer en matière politique…), en déclarant : « L’Europe peut être fière d’elle-même ».

Une collaboration exemplaire

Nous sommes-nous propulsés en haut du podium ? La vieille Europe remise à l’honneur : c’est ce que nombre d’entre nous ont dû ressentir ce 23 janvier. N’oublions pas qu’il y a à peine deux semaines, George W. Bush annonçait le lancement d’un nouveau programme américain de conquête spatiale. Et voilà qu’aujourd’hui l’Europe dépasse les Etats-Unis, grâce à sa propre mission martienne. Pour couronner le tout, le programme européen « Galiléo », en proposant une alternative à la norme GPS du système satellitaire américain, vient confirmer l’émancipation grandissante de l’Europe par rapport aux Etats-Unis. Après la Chine, c’est au tour du Brésil de rejoindre le projet « Galiléo ». De fait, les diplomates qui, au sein de l’Union Européenne, prônent l’avènement d’un monde multipolaire, ont de bonnes raisons de se réjouir. Peut-être le moment est-il venu de larguer une bonne fois pour toutes les américains au fin fond des limbes du cosmos, eux qui sont toujours si prompts à semer la zizanie sur notre planète d’origine : la Terre ?

Ne nous fourvoyons pas. En matière de conquête spatiale, il s’est depuis longtemps développé un travail de collaboration au niveau international, dont nos gouvernements feraient bien de s’inspirer. Ainsi la base Marsis a-t-elle été développée main dans la main par les italiens et la NASA. Et comme ni « Spirit », ni « Beagle2 » ne donnent plus signe de vie, les Européens obtiennent de l’aide du satellite de la NASA «Mars Odyssey». Plus encore : la collaboration autour du projet de Station Spatiale Internationale démontre que les contraintes financières et technologiques inhérentes à l’exploration de l'espace sont trop grandes pour qu’une unique puissance puisse les assumer seule.

Il faut certes saluer le fait que près de 600 scientifiques européennes travaillent de concert sur un même projet au sein de l’Agence Spatiale Européenne. Mais il faut garder les pieds sur terre malgré les succès qui pourraient nous monter à la tête. Car le rêve de découvrir un jour des matières premières sur Mars appartient à toute l’humanité. L’Europe vient d’en dessiner le premier épisode. Il faut le partager avec les autres.