Déclic Tour : le tremplin vers l’entreprise sociale

Article publié le 5 septembre 2016
Article publié le 5 septembre 2016

CaféBabel a suivi l’association Déclic en Perspectives, pour un tour d’une semaine en Belgique francophone afin de soutenir les jeunes souhaitant se lancer dans l’entreprise sociale.

Amener les participants vers un projet d’entreprise sociale

« Humainement, c’est un truc de fou ! ». C’est par ces mots qu’Anne-Catherine, participante de cette première édition du Déclic Tour, a qualifié cette expérience. Et à en croire l’ambiance de groupe à la fin de la semaine, ce sentiment semble partagé de tous.

Le Déclic Tour est un projet de l’association Déclic en Perspectives, qui consiste en un voyage d’une semaine en Belgique francophone afin d’appuyer des jeunes souhaitant créer une entreprise sociale, mais n’ayant pas encore de projet précis. Amener les participants vers une idée, c’est ce qui fait l’originalité du tour, comme nous l’explique Lucille, cofondatrice de l’association. « Notre valeur ajoutée, ce qui fait notre force, c’est qu’on laisse aux participants le temps de se connaître. On reste focalisés sur la phase d’émergence où personne n’agit ».

Pour cette première édition, les trente participants, encadrés de dix bénévoles de Déclic en Perspectives et de trois facilitateurs, ont donc commencé leur périple à Bruxelles, avant d’aller à Liège, Tilff, Charleroi et de revenir à Bruxelles.

Le programme était composé de trois phases successives : l’inspiration (rencontres avec des entrepreneurs sociaux), l’introspection et la mise en action. Marie et Diane, amies de longue date et qui souhaitent monter un projet ensemble, pointent la cohérence de l’organisation, comparativement à leur formation universitaire en commerce. L’objectif ambitieux de cette aventure était qu’à la fin de la semaine, chaque participant ait un projet bien établi afin de pouvoir se lancer dans les démarches adéquates.

«Est-ce que je vais réussir à produire quelque chose? Je ne sais pas encore»

Après avoir assisté à la soirée d’ouverture, qui s’est tenue le 26 septembre, nous sommes allés à la rencontre des futurs entrepreneurs sociaux, à Liège et à Tilff, au quatrième et cinquième jour du tour. Et à l’occasion de cette quatrième journée, consacrée à l’introspection (la phase d’inspiration ayant eu lieu les premiers jours), personne n’est encore sûr d’avoir une idée à la fin de la semaine, à l’instar de Valentin. « Est-ce que je vais réussir à produire quelque chose ? Je ne sais pas encore », nous affirme-t-il. Il est vrai qu’il ne paraît pas évident qu’une idée puisse germer en une semaine.

En tout cas, alors qu’ils n’en sont qu’à la moitié du parcours, tous sont déjà convaincus de l’utilité et des bienfaits de l’expérience. Ainsi, pour Noémie, qui est venue du Québec spécialement pour cette expérience : « Après deux/trois jours, on a l’impression de se connaître depuis plus longtemps. On dit très rapidement des choses très profondes. J’ai développé de nouvelles compétences et ai confirmé des idées que j’avais déjà ». Certains déclarent être en quête de sens et espèrent donner une nouvelle orientation à leur vie professionnelle. Mais tous aspirent à un changement, personnel ou sociétal.

La phase d’introspection est fondamentale, comme nous l’explique Martin, un des facilitateurs, en marge d’un exercice où les participants doivent se positionner sur une échelle de 1 à 10 face à des affirmations sur des sujets de société (« Pour moi, manger bio est important », « Je suis contre le TTIP » etc.). « Les jeux d’improvisation visent à créer de la spontanéité. Les participants savent globalement ce qu’ils veulent faire, mais aux questions ‘‘pourquoi ?’’ et ‘‘comment ?’’, il est plus dur pour eux d’y répondre. Il faut être en accord avec ses valeurs », nous dit-il. Les réactions des participants ont mis en lumière des différences d’appréciation mais également de convictions dans les réponses, certains faisant preuve de mimétisme alors que d’autres étaient sûrs d’eux.

La modélisation du projet: la concrétisation des idées

« Offrez-vous un moment de solitude. Allez écouter les arbres, embrassez les arbres, écoutez-vous ! ». Raphaël, un des facilitateurs, invite d’abord les candidats à réfléchir individuellement, pour ce cinquième jour de voyage, début de la phase d’émergence de l’idée. Il s’agit, d’après lui, d’une expérience de cheminement personnel.

Comme nous l’affirme Lucille, « c’est aujourd’hui que les projets vont se débloquer ». Cette cinquième journée est donc marquée par un premier temps de réflexion, avant un partage avec les autres participants et les différents facilitateurs.

Mais afin de rentrer pleinement dans la mise en action et de penser l’après-Déclic Tour, Raphaël leur présente également le Business Model Canvas (BMC), une modélisation de création d’entreprise, afin de « structurer les différentes composantes du projet ». Ce modèle intègre la définition des clients, la relation avec les clients, le produit proposé ou encore les ressources et partenaires dont l’entreprise sociale aura besoin. C’est un des moments-clefs de la semaine.

Après la présentation du BMC, les futurs entrepreneurs sont invités à élaborer ce schéma. Mais tous n’en sont pas au même stade de réflexion, ce qui était déjà le cas au début du voyage. Ainsi, Guillaume, qui souhaiterait participer à une transition écologique des modèles agricoles, nous affirme qu’il n’est « pas sûr que mon [son] projet soit bien établi à la fin du séjour ». « J’y pense depuis longtemps. Ma participation, c’était surtout l’occasion pour moi de travailler sur ma place dans un groupe […]. Je savais que j’allais avancer sur mon projet ». À l’inverse, Diane et Marie ont, en un peu moins de 24h, déjà mûri plusieurs idées et semblent davantage sereines.

À la fin de la journée, les participants se réunissent pour évoquer leur projet de création d’entreprise sociale. Un constat s’impose : bien que les idées soient plus ou moins précises, chacun souhaite participer à une transition sociétale, d’une manière ou d’une autre.

«Soirée d’ouverture» en clôture

Nous retrouvons les participants et les organisateurs le jour de la cérémonie de clôture, le 2 septembre, suite à la phase de mise en action. Prenant la parole face à l’audience, Raphaël qualifie cette soirée de « soirée d’ouverture », en ce que c’est véritablement le début d’une aventure pour les participants à ce tour.

Cette soirée est l’occasion de donner la parole aux candidats, afin de présenter individuellement leur projet. Et si certains sont assez vagues quant à la concrétisation de leur idée, la plupart des participants présentent un projet d’entreprise assez précis, parfois même extrêmement détaillé.

De projets axés sur le recyclage de matériaux à des cours de yoga pour enfants, en passant par la création d’un sauna de quartier écologique, l’éventail d’idées est très large. Noémie souhaite quant à elle créer une coopérative de voyage basée sur la pratique de l’écotourisme à vélo. Si elle n’était certaine de rien à Liège, « J’ai eu le déclic à Tilff », nous dit-elle. Quant à Diane et Marie, elles souhaitent se lancer dans un projet de récupération d’aliments destinés à être jetés. Mais plutôt que d’entreprendre à deux, Anne-Catherine les a rejointes. « C’est aussi ça, la magie du Déclic Tour », nous dit Diane.  

En tout cas, la balle est dans le camp de ces futurs entrepreneurs qui vont être guidés et orientés vers des structures d’appui, pour faciliter leurs démarches. Ce pari assez ambitieux a d’ores et déjà créé un véritable déclic pour la majeure partie des participants. Reste à savoir si ce déclic sera suivi de faits et si les projets seront concrétisés.