Debout l'Europe: manifeste pour une fédération européenne. Une utopie?

Article publié le 17 décembre 2012
Article publié le 17 décembre 2012
Par Anna Maria Volpe Deux euro-députés: un vert franco-allemand et un libéral belge. Un point en commun: la rédaction de “Debout l'Europe” un manifeste ayant le but de relancer le projet européen. Afin de réveiller l'opinion publique, de secouer les partis européens et de lancer un défi aux élites politiques, une rencontre été proposé ce 4 décembre au BOZAR. Un projet utopique?
Peut-être, l'histoire nous le dira. Un plan ambitieux ? Sans aucun doute.

Il faut avouer que parler d'une Europe fédéraliste demande du courage aujourd'hui. Dans un contexte marqué par la crise de la zone euro, les partis eurosceptiques et une opinion publique défavorable, les euro-députés Cohn-Bendit et Verhofstadt lancent leur manifeste pour une révolution post-nationale en Europe. “Debout l'Europe”, ouvrage proposant une alternative face à une “Europe impuissante et prisonnière des États nations”.

Le 4 décembre au Bozar, les deux politiciens et Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, ont débattu sur le futur du projet européen. Annoncée sur l'air de l'hymne à la joie au saxophone, la discussion s'est tout de suite enflammée et a tenu en haleine le public venu nombreux.

Le postulat de base de ce manifeste est assez clair: si on veut faire face à la crise internationale, il faut dépasser les États nationaux, qui seraient en état de mort clinique. Selon Cohn-Bendit :

Il faut commencer à percevoir l'Europe comme une façon de se réapproprier la souveraineté que la mondialisation et l'influence des marché financiers ont enlevés à chaque pays. Paradoxalement» continue-t-il «c'est avec cette crise économique que le projet des pères fondateurs européens peut être relancé. Il n'y pas d'autre solution.

Une fédération européenne deviendrait donc une nécessité impérative. Sans ce passage la situation sera bientôt incontrôlable. Les objectifs des deux euro-députés est donc de lancer une appel à leurs partis respectifs, de secouer une opinion publique endormie, mais surtout convaincre les élites politiques d'arrêter d'agir sur base des logiques nationales.

Un manque de volonté politique

Selon Verhofstadt “la crise de la monnaie unique est absolument normale”. Le libéral a mis en évidence l'impossibilité pour l'euro de survivre sans un budget commun. “Pensons aux États-Unis, comment une monnaie nationale peut-elle être forte et faire face à la concurrence des autres pays, s'il n'y pas un État derrière qui la soutient?”. Pour permettre à l'euro de bien fonctionner, il faudrait donc le doter des ses propres outils. Sans cela, le projet européen deviendra, inéluctablement, le triomphe des inégalités. Voilà, le leitmotiv de la soirée.

Ce n'est pas possible», a plusieurs fois souligné l'ancien premier ministre belge, «que l'Allemagne puisse emprunter à un taux d'intérêt négatif et la Grèce à un taux exorbitant, lorsque elles font toute les deux parties du même projet politique!.

Alors comment l'Europe peut-elle être la solution? Selon les intéressés, il faudrait trouver la volonté politique. Oublier cette histoire de gouverner à 27 en ayant pour principe de vote l'unanimité. Concernant la crise de la dette, deux options: soit choisir le système américain, avec un budget central conséquent (près de 30% aux États-Unis contre moins de 1% en Europe), soit ne pas avoir de budget fédéral mais accepter de procéder à d'importants transferts entre les membres de l'Union. En bref, plus de solidarité entre les États membres.

Le problème de communication

Mais pour faire une révolution, il faut aussi que l'opinion publique soit prête à suivre l'idée révolutionnaire. Selon Cohn-Bendit, le président de la Commission, Barroso, n'a pas été capable d'affirmer le rôle de l'exécutif de l'Union, véritable moteur de la construction européenne, face aux prétentions des États. "L’homme n’a jamais été un bon communicant, il est mal à l’aise avec la presse” a d'ailleurs soutenu Jean Quatremer. Conséquence: les États membres disposeraient d'une marge de manœuvre trop large.

D'accord mais concrètement?

Le projet pourrait paraître utopique. C'est une des limites de ce manifeste, même si, comme l'a répété Cohn-Bendit “l'histoire avance lentement par le travail des gouvernements et des peuples et l'horizon temporaire est, sûrement, de longue période”. Toutefois, les espoirs des deux eurodéputés reposent beaucoup sur les élections européennes de 2014. Selon eux, “Il faut profiter de cette occasion pour bâtir une loi fondamentale et la mettre en route en 2016”. En même temps, il est essentiel d'alimenter le débat européen pour qu'il puisse faire taire les eurosceptiques et les eurotimides. C'est principalement pour cette raison que “Debout l'Europe” a été écrit. En filigrane de ce manifeste, le lecteur retrouve un entretien avec Jean Quatremer qui cherche à poser les questions auxquelles les deux europhiles convaincus n'ont pas eu l'occasion et, ou l'envie de répondre avant..

Crédit Photo: BOZAR

Retrouvez l'intégralité du débat "Debout l'Europe" sur BOZAR TV