Débat électoral en Espagne : beaucoup de bruit pour rien 

Article publié le 16 juin 2016
Article publié le 16 juin 2016

[OPINION] Le débat phare des élections espagnoles s’est révélé n’être qu’une succession de monologues interminables, où les nouvelles idées ont brillé par leur absence. Dans une situation de trop-plein politique, les candidats n’ont pris que peu de risques pour, sans doute, conserver leurs électeurs.

Le débat télévisé auquel ont pris part les quatre candidats espagnols aux élections de 2016 promettait d’être historique : pour la première fois, le président du gouvernement en fonctions du Parti populaire (PP) confrontait ses idées avec le Parti socialiste (PSOE), son éternel rival, mais aussi avec les deux partis émergents, Ciudadanos et Podemos. Cependant, et contre toute attente, ce débat ne restera pas dans les annales. Avec un format qui ne laissait que peu de place à l’improvisation - mené par des journalistes et divisé en trois parties bien distinctes (économie, politique sociale et réforme institutionnelle) - les candidats, plutôt que de réellement débattre, ont présenté leurs idées sans qu’aucun adversaire ne vienne les contredire. À chacun son temps imparti, si bien que les animateurs ont coupé court à toute forme d’opposition. 

Les messages des quatre partis n’ont guère changé depuis décembre. Le PP se veut l’artisan du redressement de l’Espagne, le PSOE revendique un changement certain, Ciudadanos promet une réelle transformation et insiste sur sa proposition phare de « contrat unique », alors que Podemos insiste sur la nécessité d’augmenter les dépenses publiques. Seul le point de la réforme institutionnelle, la politique étant rongée par la corruption, a élevé le débat. Étonnamment, Albert Rivera (Ciudadanos) a vivement critiqué Rajoy, le laissant pantois, tandis que le PSOE et autres s’embourbaient à vue d’œil. Les socialistes ont clairement fait savoir qu’en mars dernier, Pablo Iglesias s’était prononcé contre un « gouvernement de changement ». « Pedro, tu te trompes d’ennemi », murmure Iglesias, dont les propos ont été largement commentés.

Cette tension accrue, en réaction à la corruption, n’a finalement rien donné - et le débat s’est soldé par une symphonie de bâillements. En définitive, les ménages espagnols se sont focalisés sur les détails : de la table pleine de post-it de Rajoy, en passant par l’incapacité des journalistes à animer le débat. Qu’il est triste de constater que, à l’heure où l’Espagne décide de ses quatre prochaines années, des sujets tels que la violence conjugale n’occupent que 22 secondes du débat. L’accueil des réfugiés ou la politique européenne ont été logés à la même enseigne. Ce débat barbant s’est terminé après minuit, alors que la « rationalisation » des horaires en Espagne prête à controverse, se calquant sur les us et coutumes de leurs voisins européens et visant à encourager une certaine conciliation, une fois pour toutes... L’Espagne continue sur sa lancée : pas de débat ni de véritables idées. Résultat ? Les candidats ont tout fait pour éviter un débat houleux, partant du principe qu’à ce stade, ils ont plus de chance de perdre des électeurs que d’en gagner.

La question est de savoir si le fait que les citoyens se rendent aux urnes le 26 juin prochain, et avec si peu d’enthousiasme, avantage vraiment un candidat, et si les élections de décembre brossent le même tableau que les prochaines. La vraie nouveauté de cette élection pourrait se situer à gauche, dans le cas où le sorpasso (soit dépassement électoral, ndlr) du PSOE par Unidos Podemos viendrait à se réaliser. Peut-être que ce manque de confrontation au cours du débat est la preuve qu'ils ont (enfin) trouvé un terrain d'entente ?