Débat Cafébabel Bruxelles : "Jeunesse européenne et emploi, comment on s'organise ?"

Article publié le 13 décembre 2014
Article publié le 13 décembre 2014

Le 2 décembre dernier, Cafébabel Bruxelles organisait un événement sur le thème de l'emploi des jeunes. L'objectif du débat était d'interroger les mesures qui pourraient être prises aux niveaux législatif et citoyen pour améliorer la situation, ainsi que de discuter des initiatives existant déjà de part et d'autre.

Depuis la crise financière de 2008-2009, la question du chômage est devenue une préoccupation largement partagée. En Europe, la situation est inquiétante. Ce problème doit être reconnu et des solutions législatives et institutionnelles doivent être mises en oeuvres afin de s'adapter aux nouvelles conditions de la société et du marché du travail.  

Les réponses de l'Europe 

Le premier panel du débat était consacré aux réponses données par l'Europe au problème.

Bernard Conter, politologue et chercheur à l'Institut Wallon de l'Evaluation, de la Prospective et de la Statistique (IWEPS), fait remarquer que la situation de chômage généralisé vécue à l'heure actuelle par tous les groupes d'âge ne prend pas sa source dans la récente crise financière. Il s'agit d'une situation qui s'est construite sur le long terme depuis deux décennies. Au moment du tournant libéral des années 1980, le rôle de l'Etat devient de favoriser le développement des entreprises. Avec l'augmentation du nombre de demandeurs d'emploi faisant la queue à leur porte, celles-ci peuvent désormais se permettre d'être très exigeantes dans la sélection de leurs employés. Elles acquièrent également le pouvoir d'influencer directement la politique du travail en leur faveur, en offrant  par exemple des stages non-rémunérés au lieu de contrats à durée indéterminée, et peuvent choisir de payer leurs employés en deçà du salaire minimum. 

Bernard Conter poursuit en disant que contrairement à ce que l'on est amenés à croire, ce ne sont pas les entreprises qui créent de l'emploi. Au contraire, c'est la commande publique qui est créatrice d'emploi. Le besoin public de quelque chose entraîne l'investissement public, qui redémarre l'économie et génère de l'emploi dans les entreprises.  

L'eurodéputée Karima Delli, rattachée au parti Europe Ecologie - Les Verts et membre de la commission parlementaire de l'emploi et des affaires sociales, accuse le manque de volonté politique qu'elle expérimente au Parlement européen depuis son arrivée en 2009. Elle estime que l'investissement sur les jeunes représente une "bonne dette" qui doit être assumée au bénéfice des générations futures. Un des problèmes les plus importants auxquels elle a été confrontée en France est celui des stages précaires et non-payés. Selon les données, une personne cumule en moyenne dix stages avant de se voir offrir un contrat à durée indéterminée. Tout cela accule les jeunes à une vie de pauvreté.  

Les réponses de la société civile

La seconde partie du débat donnait la parole à des organisations de jeunes de la société civile.

Matthieu Degrez du Conseil de la Jeunesse représentait le point de vue de la jeunesse belge francophone. Aux discours précédents, il ajoute que beaucoup de partis politiques belges estiment que les qualifications des jeunes ne sont pas adaptées aux exigences du marché du travail. Ils font ainsi porter la faute du chômage sur les jeunes eux-mêmes en les accusant de ne pas être assez formés. C'est faux et cela fait du chômage une responsabilité individuelle alors qu'il s'agit d'un problème de société.   

Régis Pradal, un des fondateurs d'InternsGoPro, ajoute qu'il faut pousser nos législateurs à l'action concrète. Le but d'InternsGoPro est d'initier un changement dans le fonctionnement actuel du marché de l'emploi et de faire en sorte que la législation suive le pas. Il pense nécessaire de se faire entendre de nos politiques via des initiatives concrètes : InternsGoPro a ainsi mis en place le premier label de qualité de stage à l'échelle européenne qui soit contraignant à l'égard des employeurs.

Scott Horner, représentant de l'organisation Think Young, pense que si les jeunes souhaitent être entendus ils doivent d'abord s'assurer d'exprimer leur voix via le processus électoral. La question du vote fut perçue comme provocante par le public qui souleva deux objections intéressantes :  d'abord, en Belgique le vote est obligatoire, il est donc évident que voter ne suffit pas et qu'il est nécessaire d'agir sur un autre plan. Ensuite, les gens sont souvent confrontés à la question de savoir s'il existe réellement quelqu'un qui soit éligible à la représentation de leurs intérêts. 

En conclusion, il ressort clairement de ce débat que des solutions sont nécessaires aussi bien au niveau de la société civile qu'au niveau de l'Union européenne. Chacun s'accorde à dire qu'il n'existe pas assez d'emploi. En même temps, nous devons nous assurer que l'éducation des jeunes soit adaptée aux besoins du marché du travail. Il faut travailler sur deux fronts : augmenter l'employabilité des jeunes et créer des opportunités d'emploi. Une mesure directe de création d'emploi serait la diminution du temps de travail, qui permettrait à plus de personnes d'entrer sur le marché du travail. Comme c'est le cas pour n'importe quel mouvement qui souhaite être entendu et avoir une influence, il est également nécessaire que les jeunes s'allient, s'organisent et collaborent afin de trouver eux-même des solutions et d'inciter à des réformes législatives. Si ce n'est pas le cas, les droits du travail de chacun, avec ou sans emploi, continueront d'être menacés. Comme le fait remarquer Bernard Conter, on ne peut considérer notre réalité comme une situation permanente ou une vérité éternelle. Nous devons chacun faire en sorte que ce que nous expérimentons aujourd'hui ne soit plus le cas dans le futur.   

Retrouvez le compte-rendu complet du débat en français et en anglais en cliquant ici.