De l’utilité d’une journée de la Femme

Article publié le 8 mars 2012
Article publié le 8 mars 2012
Marie-Jeanne da Col Richert est maître de conférences de civilisation britannique et irlandaise et directrice du département en langues étrangères appliquées à l'Université de Strasbourg. Elle est titulaire d’une thèse sur le féminisme et enseigne son histoire et son évolution en Grande-Bretagne et en Europe.
Café Babel Strasbourg l’a rencontrée à l'occasion de la journée internationale de la femme

Café Babel Strasbourg : Qu'en pensez-vous? La fête de la Femme est-elle une fête dépassée ou est-elle toujours d'actualité?'' Marie-Jeanne da Col Richert'' : Je me pose cette question chaque année. Ce n'est pas une fête dépassée, non. Je crois que c'est une fête pour toutes les femmes concernées, les féministes, c'est bien qu'elles se réunissent, qu'elles organisent des actions, des manifestations, qu'elles s'expriment devant le peuple. C'est une question d'égalité dans la pratique quotidienne, y compris dans les sphères professionnelles et privées.

Aujourd'hui, à l'heure où le statut des femmes a réellement évolué, est-ce vraiment utile d'organiser une journée de la Femme ? Oui, c'est utile, car cela invite les jeunes générations, interpelle les gens. Il faut que l'on se pose la question plus souvent, avec l'évolution de la femme, si elle a obtenu une image inversée dans la société. Les femmes sont révélées comme des objets sexuels. Il existe encore beaucoup de stéréotypes. Je vous donne un exemple aussi avec l'évolution de la mode, je me pose des questions à propos de cela. Il faut montrer la vraie image de la femme, car nous vivons dans un temps d'émancipation et de la liberté. Être libre, c'est une lutte, c'est à chaque génération de voir, d'évoluer, c'est un travail d'être adulte. On doit se rendre compte que c'est aussi une prise de conscience, de résistance humaine, c'est un travail de réflexion.

Comment pensez-vous que le féminisme va évoluer ? Le féminisme a existé depuis des siècles. Il y a eu des vagues successives de féminismes qui ont concerné les idées communes politiques et sociales, cherchant à promouvoir les droits des femmes et leurs intérêts dans la société. Le féminisme était une dynamique collective avec des enjeux très précis pour les droits spécifiques des femmes. Actuellement, c'est plus difficile dans cette période nommée post féministe. Aujourd'hui, la lutte collective est fragmentée. Il y avait des menaces et dangers pour les femmes. C'est pour cette raison qu'il existe des actions militantes ( par exemple contre la violence et les restrictions dans les pays du Proche-Orient). De nos jours, la visibilité du féminisme est réduite. En parlant de cela, il me vient à l'esprit un sujet extrêmement important et actuel : la prostitution. Il faut vraiment se poser des questions, c'est une vraie réflexion. En termes de globalisation, cela devient une problématique inquiétante. Il faut aider ces femmes. Il faut les rendre conscientes, ce sont des femmes victimes elles-mêmes. Mais la réalité sociale n'est pas brillante.

Des propos recueillis par Gergana Dimitrova

Crédit Photo : Gerd Altmann/dezignus.com / pixelio.de