De Londres à Bucarest : les chasseurs de jobs

Article publié le 28 mai 2015
Article publié le 28 mai 2015

1 jeune sur 5 en UE - soit environ 5,5 millions de citoyens - ne trouve pas de travail. Ceux qui tiennent des postes pour lesquels ils sont trop qualifiés sont encore plus nombreux. Le chômage des jeunes fait régulièrement les gros titres en Europe - mais quelles histoires se cachent derrière les statistiques ? Voici le premier article d'un reportage au long cours écrit entre Bucarest et Londres.

L'automne commence à peine et les nouveaux départs sont dans tous les esprits à Bucarest où les étudiants se préparent pour une nouvelle année universitaire. De l'autre côté du pays en revanche, les Roumains font le bilan de 25 ans de liberté et de démocratie.

Passé et futur, opportunité et frustration cohabitent dans la capitale où les façades décrépies côtoient les nouvelles constructions kitsch alors que les voitures de luxe descendent des artères à quatre voies pour se faire accoster par des mendiants aux intersections. Et partout, l'énergie des jeunes gens - trop jeunes pour avoir connu la chute du régime communiste : tous vous diront que Bucarest est l'endroit parfait où trouver un travail décent et bien payé.

« Je ne me suis pas encore décidé »

Sur le campus de Grozavesti, les étudiants reprennent peu à peu le chemin des cours. Certains comme Dragos et Octavian, tous deux âgés de 24 ans, ont passé l'été sur place. Dragos vient juste de terminer sa première année de philosophie, un cursus qu'il a choisi pour des raisons bien pragmatiques.

« Je me suis toujours posé beaucoup de questions - et puis surtout je n'avais pas d'endroit où habiter », nous explique-t-il. « J'ai donc rempli un formulaire, je me suis inscrit à l'université et j'ai obtenu un logement - c'était parfait. Je ne sais pas si cette année je referai la même chose parce que je ne veux pas aller en cours, je veux travailler dans le domaine qui me plaît. Je ne pense pas que la philosophie m'amènerait à quoi que ce soit. » Lors de son arrivée à Bucarest, Dragos travaillait comme chauffeur. « Je livrais des macarons ou des cookies », raconte-t-il. Plus tard, il a trouvé un travail comme testeur de jeux, ce qui l'a rapproché de son job de rêve dans la production audio. Mais ce rêve se réalisera-t-il en Roumanie ou à l'étranger ? « Je ne me suis pas encore décidé », confie-t-il.

Pour son ami Octavian, étudier le droit était la seule solution pour rester en Roumanie. À côté des cours, « je travaille pendant l'été pour une compagnie de téléphonie. J'ai voulu ce job principalement pour m'acheter une moto. » Octavian ne se laisse pas avoir par le pessimisme qui entoure le chômage des jeunes. « Une fois passée la barre des 40 ou 45 ans, c'est difficile de trouver un travail » , dit-il. Avant d'ajouter :  « Cette année il y a les élections  présidentielles - les médias ne parlent plus trop du chômage des jeunes ».(L'outsider de centre droit Klaus Iohannis, maire de Sibiu, une ville de Transylvanie, a battu le premier ministre social démocrate Victor Ponta, donné favori, ndlr)

Corina, une étudiante en géographie de 23 ans, est moins convaincue : « Je ne sais pas ce que je vais faire, il n'y a pas beaucoup d'opportunités. Personne ne vous donne du travail si vous n'avez pas d'expérience ». Son rêve serait de travailler dans une agence de voyage, mais il n'y a pas de place pour le rêve dans son programme à court terme. Durant les quatre dernières années, elle a travaillé comme vendeuse pour l'enseigne de vêtements Zara à Bucarest. « J'ai posé une candidature pour Zara à Dubaï, s'ils m'appellent je pars. Les salaires sont meilleurs là-bas et je veux faire quelque chose de différent ».

La ruée vers l'Ouest

Depuis la chute du communisme en 1989, les Roumains se tournent vers l'étranger - surtout l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni - en quête d'opportunités. Il n'existe pas de chiffres précis indiquant le nombre de Roumains qui ont quitté le pays mais le ministère du travail estime que plus de 2 millions de Roumains travaillent actuellement de manière illégale à l'étranger, la plupart des pays de l'UE.

Parmi eux,  Laura Chilintan, 23 ans, a quitté la Roumanie il y a quatre ans pour étudier la sociologie au Royaume-Uni. « Comme je ne voulais ni être un ingénieur, une avocate, une actrice ou un docteur, il n'y avait que peu d'options pour moi en Roumanie en termes d'études de qualité et qui soient reconnues », raconte-t-elle.  « La sociologie était interdite sous le communisme, je n'attendais donc pas grand-chose dans ce domaine. » Son travail rêvé, exprime-t-elle, serait de travailler pour les petites communautés marginales de Roumanie. Pour l'instant, elle est employée par une petite association londonienne qui vient en aide aux sans-abris.

Roumains (et Bulgares) ont été autorisés à voyager au Royaume-Uni sans visa en 2007, lorsque leurs pays ont rejoint l'UE, mais des restrictions ont été imposées quant aux emplois qu'ils pouvaient occuper. La fin de ces restrictions en janvier 2014 ont amené certains à craindre un afflux de travailleurs à la recherche d'une meilleure paye.

Ces peurs se sont avérées infondées. La différence de salaires entre le Royaume-Uni et la Roumaine reste très nette, avec le salaire minimum moyen dans le premier pays à 1,249.85 € en 2013, contre 157.50€ dans le second. Évidemment, tous les nouveaux venus sur le marché du travail britannique ne sont pas aussi chanceux. Et mêmes les plus diplômés peuvent se montrer inquiets.

Restez à l'affût pour la prochaine partie de ce reportage au long cours sur les discussions d'Anna Patton et Lorelei Mihala, avec de jeunes européens en quête d'un travail à Londres.