De l'inutilité d'être écolo en Europe

Article publié le 4 février 2011
Article publié le 4 février 2011
Les Etats-Unis produisent 128% du total de C02 produit par l’Europe et la Chine 133%. L’Europe ne peut pas faire la différence et le sait. Peut-elle vraiment réduire sa consommation d’énergie de 20% d’ici à 2020 ? Alors que le premier sommet européen sur l'énergie se tient aujourd'hui, certains d’entre nous se demandent pourquoi s’ennuyer avec l’écologie.

Arrêtez de vous inquiéter à propos de votre impact écologique, du recyclage de vos déchets, de l’extinction de vos lumières, de votre consommation en eau ou des arbres que vous devriez planter. Rien de ce que vous ferez ne changera quelque chose. Vivez votre vie et consommez comme vous le voulez. Je ne suis pas contre la protection de l’environnement, bien au contraire, mais je ne veux pas gaspiller du temps et de l’argent pour des initiatives qui n’ont finalement qu’un faible impact à l’échelle planétaire. Selon l'Agence d’Information sur les Energies (EIA), une administration américaine, le Royaume-Uni produit 1,88% des émissions de CO2 sur la planète (564 millions de tonnes de CO2). Si l’ensemble des 61,8 millions de personnes qui habitant au Royaume-Uni s’engagent et réussissent à diminuer de 10% leur production annuelle de carbone, comme le souhaitent les organisateurs de la campagne 10:10, le Royaume-Uni produira alors 1,692% (507,6 millions de tonnes d’émissions de CO2) des émissions globales. Chouette, la crise climatique est maintenant finie, allons tous siroter un mojito dans la véranda. Pendant ce temps, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde et le Japon continuent de polluer l’air.

10 : 10, la preuve de son inefficacité

10:10, une campagne pour le climat lancée en Grande-Bretagne, entend pousser les Britanniques à réduire de 10% leurs émissions de CO2. Tant de consommation de ressources naturelles pour communiquer sur cet évènement... Et les initiatives de la campagne ne réduiraient les émissions globales de CO2 que de 0,2%. Enfin, cela réduirait de 0,2 % les émissions globales de C02 si toutes les personnes avaient réduit leur production de CO2 de 10%. Evidemment, cela n’a pas été le cas, et l’objectif de 0,2% n’a pas été atteint. En étant ultra optimiste, on peut imaginer que la moitié des 15-64 ans ai réduit son empreinte carbone de 10%. Ce sont donc 19,9 millions de personnes ou 32% des Britanniques. Si 100% des Britanniques produisent 1,88% du total des émissions globales de CO2, alors nos consciencieux 19,9 millions de personnes sont responsables d’un tiers (0,626%). Réduire ce pourcentage de 10% grâce à l’objectif de 10:10 nous donne les nouvelles émissions du Royaume-Uni : 1.8174%. Ce n’est pas une diatribe contre le travail de 10:10, simplement un exemple illustrant la difficulté de faire des économies durables d'énergie.

Nous avons réduit notre production de CO2 de 564 millions de tonnes à 545,2 millions de tonnes. Les défenseurs de 10 :10 diront qu’il s’agit de 18,8 tonnes en moins dans l’air. Mais voici le hic. Les chiffres de la production de CO2 des Etats-Unis en 2007 étaient de 6.006,71 tonnes, et ceux de la Chine de 6,283.56 tonnes. Si vous prenez en compte la croissance de l’industrie en Chine et son taux de croissance économique annuel à deux chiffres ajoutés aux chiffres de la pollution des Etats-Unis, ces deux pays atteignent une production d’au moins 13.000 millions de tonnes de CO2. Maintenant comparons cela aux 18,8 millions de tonnes sauvées par les britanniques, vous commencez à comprendre pourquoi je considère que les comportements écolos sont une perte de temps.

Consommer moins pour... payer plus

Les écologistes expliquent qu’en tant que leader des énergies renouvelables, l’Europe doit montrer l’exemple au reste du monde en poursuivant ses efforts pour diminuer son impact sur la planète. Cette théorie n’a guère de sens. Pas plus que cette autre théorie si aimé à droite, celle du « ruissellement ». Cette théorie explique qu’offrir des réductions d’impôts aux riches les amènent à dépenser plus d’argent ; ils dépenseront plus s’ils ont plus, ce qui bénéficiera à l’ensemble de la société. Les riches constituent ainsi le moteur de l’économie, mais en réalité, ce mécanisme ne profite t-il pas avant tout à eux-même ? Faire partie de la petite minorité des pionniers verts est plus ou moins la même chose car l’ensemble de la société mondiale ne peut pas suivre, même si elle le souhaitait. La Chine est préoccupé par le climat – mais elle ne changera rien car cela pourrait avoir des conséquences importantes sur son développement économique. Trier vos déchets vous permet d’avoir le sentiment d’accomplir votre part et donc de vous sentir mieux mais l'impact réel de votre démarche est dérisoire. L’UE conseille d’utiliser des énergies moins chères, comme ces ampoules permettant de réduire de 75% la consommation d’énergie, et de recevoir des factures d’électricité moins salées. Mais les compagnies d’énergies ne veulent pas réduire la consommation d’énergie pour des raisons écologiques. Permettre aux particuliers d’économiser de l’énergie serait inefficace pour ces dernières : vous consommez moins, ils produisent moins, donc les coûts sont plus faibles et l’efficacité plus importante pour eux. Mais pour vous, les prix sont les mêmes voire augmentent... En parallèle avec leurs profits.

« Même si nous avions fait notre maximum pour réduire les émissions, nous n’aurions pas été capable d’avoir un impact à l’échelle planétaire »

Maintenant, si vous voyez une campagne qui promeut la réduction de si ou de ça, ignorez- la. Les 731 millions d’habitants de l’Europe représentent seulement 10% de la population mondiale. Selon l’étude de l’EIA de 2007 sus-citée, l’Europe rejette dans l’atmosphère 4690,43 millions de tonnes (15,7% du total mondial). Même si nous avions fait notre maximum pour réduire les émissions, recycler et utiliser moins de ressources, nous n’aurions pas été capables d’avoir un impact significatif à l’échelle planétaire. 32 Etats européens ont réduit leurs émissions de C02. De leur cotés, les États-Unis et la Chine produisent respectivement l’équivalent de 128% et 133% des rejets de C02 de l’Union européennes. Et leurs rejets augmentent, nous ne pouvons pas faire la différence. Concrètement, combien des 731 millions d’Européens ont la capacité de renoncer aux nécessités de la vie moderne ? De plus, les débâcles de Bali et de Copenhague nous ont appris que nous ne pouvions pas faire confiance aux hommes et femmes politiques en matière d’environnement. La multiplication des intérêts et des discours nous amène parfois à douter des enseignements de la science à propos du climat. Alors stop, arrêter d’isoler votre loft ou de réduire la consommation d’eau de vos toilettes avec une brique, allez plutôt respirer cet air si pur qui contient le plus haut niveau de CO2 depuis 15 ou 20 millions d’années.

Photo : Une : (cc) Lomo-Cam/ Flickr/ Cameron Russell/ camrussphoto.com