De la suppression du bilinguisme dans les documents électoraux en Alsace-Moselle ou comment délier les langues

Article publié le 26 décembre 2007
Publié par la communauté
Article publié le 26 décembre 2007
Strasbourg, le 25 décembre 2007 Par Guillaume Delmotte L’annonce de la suppression de l’usage de l’allemand dans les documents électoraux en Alsace-Moselle par le ministère de l’Intérieur a suscité récemment de vives réactions au sein de la classe politique locale, qui a mis en avant le caractère « parisien » de cette décision allant à l’encontre de la tradition, de l’histoire de la région et du
respect dû aux personnes âgées… Devant cette levée de boucliers, le ministère a dû finalement renoncer à cette mesure.

Comme l’indique une réponse ministérielle à une question d’un parlementaire mosellan (1) , le bilinguisme des documents électoraux dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et dans dix-neuf cantons de la Moselle, est un usage qui trouve son origine dans une circulaire du Président du Conseil, ministre de la guerre, d’août 1919. Celle-ci disposa que, pour les élections législatives du 16 novembre 1919, les affiches des candidats pourraient être bilingues dans les départements qui venaient de réintégrer la République française. Cette décision fut confirmée par des instructions verbales du ministre de l’Intérieur après la Libération. Le bilinguisme ne se fonde donc sur aucun texte législatif ou réglementaire. Cette tolérance, puisque l’article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose que « la langue de la République est le français », permet de doubler les circulaires et affiches établies en français par un document rédigé en allemand, le recours au bilinguisme étant facultatif pour les candidats. Depuis près d’un siècle, l’usage de l’allemand dans les documents électoraux en Alsace-Moselle reposait ainsi sur une coutume, c’est-à-dire sur une règle non écrite. Mais on ne badine pas avec la langue, dont on sait depuis Aristote qu’elle est intimement liée au politique. Il a suffi d’une instruction ministérielle, écrite celle-là, pour s’en rendre compte. Etant donné les réactions provoquées par la tentative de suppression du bilinguisme – simple bévue ou volonté réelle ? –, on mesure à quel point l’Alsace-Moselle demeure, à l’heure de la construction européenne, une terre d’élection pour la pluralité des langues.

(1) Cf. Rép. Min. à M. Masson (Question n° 51128) : JO déb. Ass. Nat. Q, 13 janvier 1992, pp. 181-182