De la rue au musée : les œuvres de Banksy, le « maestro » du street art, exposées à Rome

Article publié le 30 septembre 2016
Article publié le 30 septembre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Au Palazzo Cipolla de Rome, l’exposition « Guerre, capitalisme et liberté » célèbre Banksy, icône internationale du street art. 

Voir les œuvres d’un des plus célèbres artistes urbains au monde exposées à l'intérieur du Palazzo Cipolla, qui compte certainement parmi les monuments les plus austères de la mondaine via del Corso de Rome, offre un contraste saisissant. Il s’agit d’un vieil écrin pour un contenu contemporain. Le caractère institutionnel du lieu est en opposition avec les œuvres qui sont des instruments de critique désacralisante. 

Exposer les œuvres d’un personnage troublant comme Banksy demande du courage. À Rome, c’est la fondation Terzo Pilastro - Italia e Méditerraneo (« Troisième Pilier - Italie et Méditerranée ») qui s’en est chargé.

Mais pourquoi faire entrer le street art dans un musée ? Le président de la fondation,Emmanuele Emanuele ​répond : « Le street art sort l’art des musées et l’expose dans des lieux à la portée de tous, afin d’en faire un composant de notre vie quotidienne. Il s’agit d’un phénomène non académique, mais pourtant vivant et vital, dont j’ai immédiatement perçu l’immense portée ainsi que l’exceptionnelle efficacité de communication ».

Jusqu’à présent, l’exposition « Guerre, capitalisme et liberté », qui se conclura le 4 septembre, a enregistré des pics de visite. Les habitants de Rome ont eux-mêmes fait l’expérience des effets d’une requalification urbaine basée sur « l’art de rue » : le quartier périphérique de Tor Marancia attire des centaines de résidents et de touristes, grâce au projet Big City Life, dirigé par « 999 Contemporary », et à ses 22 œuvres murales sur les façades des bâtiments de construction dite « populaire ». Les quartiers populaires et les faubourgs deviennent alors une attraction artistique, un musée à ciel ouvert. 

Un samedi après-midi début juin, j’ai essayé de visiter l’exposition consacrée à Banksy pour la première fois : j’ai rencontré une queue de visiteurs qui attendait tout autour du pâté de maisons. J’ai eu plus de succès un lundi après-midi en juillet, et j’ai enfin réussi à profiter des œuvres de cet artiste éclectique, aussi célèbre que mystérieux.

Pendant de nombreuses années, on s’est demandé si Banksy existait réellement, s’il s’agissait d’une seule personne ou bien d’un collectif d’artistes. Peu de personnes l’ont vu et il n’a jamais été photographié. Il semblerait qu’il soit originaire de Bristol, berceau du street art ainsi que de groupes musicaux ayant écrit l’histoire des années 1990, tels que Massive Attack, Portishead ou encore Tricky.

Il ne donne jamais d’interview en personne ou par téléphone. Il se retranche derrière un rideau de mystère. Et pourtant, ses œuvres sont éclatantes, désacralisantes et fortement critiques envers le « système » et les tendances populaires. Il s’exprime par le biais des techniques du tag et du pochoir. Ses œuvres et ses installations temporaires oscillent entre la volonté d’étonner et une dénonciation politique féroce. Il entre sans être dérangé dans les musées le plus importants pour modifier de manière temporaire des tableaux célèbres. Il a peint le long du côté palestinien de la Bande de Gaza, afin de sensibiliser l’opinion publique à la situation désespérée que connaissent les habitants de cette bande de terre. La première fois qu’il s’est essayé à la réalisation, presque pour s’amuser, il a obtenu une nomination aux Oscars pour son film documentaire « Exit Through The Gift Shop » (« Faites le mur »). À New York en 2013, il a réalisé le projet artistique « Better Out Than In » (« Mieux dehors que dedans »), dans lequel il a vendu ses toiles pour 60 dollars à des touristes chanceux (et peut-être ignorants).

L’année dernière, pour polémiquer sur les parcs d’attractions « traditionnels », constitués de barbe à papa, de sourires et d’attractions très coûteuses, il a monté le projet « Dismaland », un parc artistique contenant des œuvres d’artistes du calibre de Damien Hirst et d’Axel Void. Et dans un acte de dénonciation extrême vis-à-vis du système « d’accueil » destiné aux migrants qui arrivent sur les côtes européennes, Banksy a transféré en décembre 2015 les structures de Dismaland à Calais, afin d’accueillir les réfugiés. Il a également réalisé une série de fresques murales dénonçant fortement la politique, comme par exemple « The Son of a Migrant from Syria », qui représente Steve Jobs en train de fuir : certains ont peut-être oublié que le fondateur d’Apple était le fils d’un syrien ayant immigré aux États-Unis.

Les œuvres qui naissent dans la rue risquent de perdre leur essence si elles sont soustraites à leur contexte. C’est pour cette raison qu’à Rome, ce sont des œuvres prêtées par des collectionneurs privés, et n’ayant donc jamais été dans la rue, qui ont été exposées.  

Le Palazzo Cipolla accueille ainsi environ 150 œuvres de Banksy, qui vont du graffiti pochoir aux pochettes d’albums (comme par exemple celles de Blur, un groupe de rock anglais très en vogue dans les années 1990), en passant par des sculptures. 

Tout ce qui est exposé ne représente qu’une infime synthèse de la pensée de Banksy. Mais cela suffit cependant à mettre en lumière sa réponse artistique aux événements sociaux et politiques internationaux. Parmi ces œuvres, la sérigraphie prophétique mettant en scène des singes affirmant « Laugh Now But One Day I’ll Be in Charge » (« Riez maintenant, mais un jour nous commanderons »).